Derrière les Jeux Olympiques, la finale Coupe du monde de football serait, selon les statistiques, le deuxième événement sportif le plus regardé dans le monde. La dernière finale qui a vu le sacre de l’équipe de France a d’ailleurs rassemblé 884,37 millions de personnes devant leur poste de télévision. Dont 56 millions de téléspectateurs en Chine, soit la meilleure audience sportive du pays depuis les JO de Pékin en 2008.
Si le score est relativement élevé, notamment si l’on prend en compte l’horaire tardive du coup d’envoi en Chine (23h), il est pourtant loin de l’audience de la chaîne CCTV-5 en 2005 pour la finale de l’Open de Chine de snooker. Ce jour-là, 110 millions de chinois - un record pour un match de snooker - étaient devant leur écran pour voir Ding Junhui, tout juste majeur, remporter son premier tournoi classé en dominant le septuple champion du monde Stephen Hendry (9-5). Avec ce succès de Ding Junhui, la Chine s’est ainsi trouvée un nouveau héros et s’est aussi trouvée une nouvelle passion : le snooker.

Ding Junhui et Stuart Bingham

Crédit: Getty Images

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Un génie précoce

Quand Ding Junhui voit le jour dans la "petite" ville de Yixing, le snooker n’est pas vraiment populaire dans l’Empire du Milieu. Par chance, son paternel aime manier la canne et emmène son fiston lorsqu’il va défier les professionnels de la ville. La suite n’est que légende. Alors âgé de 8 ans, “The Dragon” profite que son père aille aux toilettes pour se rapprocher de la table. À son retour, le père découvre que son fils a eu le temps d’humilier le joueur pro. Il ne lui en faut pas plus pour inscrire le fiston dans un club et pousser sa femme à vendre maison et épicerie pour déménager à Dongguan, épicentre du snooker chinois.
Ding n’a alors que 11 ans lorsqu’il décide de tout miser sur le snooker. Entraînement 8 heures par jour, arrêt de l’école, tout est mis en place pour le voir percer au haut niveau. Un choix risqué mais payant puisqu’il devient à 15 ans le plus jeune vainqueur des Championnats du monde U21. Un record qui tiendra jusqu’en 2012 et la victoire de Lyu Haotian à 14 printemps. Déjà trop grand pour la Chine, Ding Junhui fait alors le grand saut et s’installe au pays du snooker : le Royaume-Uni. Le début d’une éclosion.
Parmi les principaux fait d’armes de celui qui en parallèle de sa carrière a étudié la gestion des affaires à la Shanghai Jiao Tong University on retrouve une victoire au Masters, trois au UK Championship dont une en 2005 à 18 ans qui lui permet de devenir le premier joueur hors Grande-Bretagne et Irlande à remporter ce tournoi. Mais aussi 558 centuries et ses 6 breaks maximum. Dont celui de 2007 face à Anthony Hamilton au Masters qui permet à Ding Junhui de devenir le premier joueur à réaliser un 147 dans le tournoi depuis Kirk Stevens en 1984. Mais surtout de devenir le plus jeune à en réaliser un lors d’un match télévisé, battant ainsi le record de précocité de Ronnie O’Sullivan. Rien que ça.

La relève est là, mais il reste le patron

Pendant que Ding Junhui devient le premier joueur asiatique - et toujours le seul - à s’emparer de la première place mondiale en 2014, la Chine se met à produire d’autres champions. Il faut dire que le pays est désormais fan de snooker avec plus de 50 millions de joueurs à travers le pays et 1500 clubs ouverts à Shanghai en 2015 contre 200 en 2008. Autant de joueurs qui rêvent de marcher dans les pas de leur héros. Un rôle de précurseur que Steve Davis, battu en finale de l’UK Championship en 2005 a très vite imaginé : “Je pense que d'autres joueurs chinois vont émerger grâce à cette victoire”.
Steve Davis ne pensait pas si bien dire. 16 ans plus tard, ils sont désormais 5 Chinois - Ding Junhui, Tian Pengfei, Lyu Haotian, Liang Wenbo, Yan Bingtao - à s’être qualifiés pour les Championnats du monde, le seul tournoi de la Triple Couronne qui manque à Ding Junhui qui est pourtant chez lui à Sheffield où il vit depuis de longues années et pendant lesquelles il est devenu un fervent supporter de Sheffield United.
Une course aux Championnats du monde qui aurait pu se terminer en 2016. Cette année-là, Ding Junhui est passé tout proche du succès. Il faut dire que celui qui a vu sa vie résumée dans un épisode de Dragon Ball N°1 était au sommet de son art. Il y a d’abord eu cette victoire face à Judd Trump au 2e tour (13-10) puis cette raclée à Mark Williams en quart de finale (13-3). Avant une demi-finale victorieuse contre Alan McManus (17-11) durant laquelle Ding Junhui à réaliser sept centuries. Un record aux Championnats du monde. Et malgré ses 15 centuries sur l’ensemble du tournoi - à une unité du record de Stephen Hendry -, "The Dragon" s’est incliné en finale face à Mark Selby (14-18).
Cinq ans plus tard, Ding Junhui n’a pas oublié cette opportunité manquée. Et il compte bien devenir le premier joueur chinois à remporter ces Championnats du monde afin de montrer à nouveau la voie à la relève. Et cela commence par un premier tour piégeux face au champion du monde 2015 Stuart Bingham. Et à en croire le gain de la frame qui permet à Ding de mener 5-4 à la “mi-temps” avant la reprise du match ce mardi à 15h30, la chance est de son côté. Jusqu'à quand ? Telle est la question.

Championnat du monde : Le coup chanceux de Ding Junhui pour remporter la frame

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