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2020, année blanche ? "Une idée complètement absurde" pour Harold Mayot

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Harold Mayot - Melbourne 2020

Crédits Getty Images

ParRémi Bourrières
04/04/2020 à 11:57 | Mis à jour 05/04/2020 à 20:01

Auteur d'un début de saison prometteur, le jeune Français Harold Mayot, qui pense avoir contracté le Coronavirus en fin de saison dernière en Chine, a réagi avec virulence à la proposition de certains de rayer de la carte la saison 2020, y compris les tournois déjà joués. Il s'en explique.

Face au confinement et l'arrêt total du circuit qui en découle, tous les joueurs de tennis sont logés à la même enseigne. Mais s'il y a une catégorie d'entre eux pour qui la situation est particulièrement difficile, c'est sans doute pour ceux qui ont été coupés net après un début de saison réussi.

C'est le cas, à son échelle, du Messin Harold Mayot, vainqueur de l'Open d'Australie chez les juniors et qui venait de percer le mur du le top 500 (454e) chez les seniors après avoir notamment atteint deux quarts de finale en Challengers, à Pau et à Bendigo, en Australie, où il avait aussi battu son premier top 100 (Gerasimov).

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Entre les deux, il avait aussi fait des premiers pas honorables sur le grand circuit, à l'Open 13, où il avait bien résisté à Gilles Simon. Dur, quand on a 18 ans et qu'on était sur le point de toucher du doigt son rêve d'enfance, d'entrevoir la perspective de repartir de zéro…

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Question classique, déjà : comment se passe votre confinement ?

H.M. : Je le passe chez moi, près de Metz, en famille, avec mon père, ma belle-mère et mes deux frères. Je n'ai pas accès à un terrain de tennis donc pour garder le contact avec la balle, j'ai installé une petite bâche entre deux arbres, dans le jardin. Et j'essaie de m'entretenir au mieux physiquement. Je fais des footings, dans la limite de l'heure quotidienne à laquelle on a droit, j'ai également des appareils de musculation chez moi. Je n'ai pas de plan précis à suivre, mais j'essaie de tout faire pour être prêt autant que possible quand le circuit reprendra.

Pour un jeune joueur comme vous en pleine progression, être stoppé de la sorte, cela doit être très dur à vivre…

H.M. : Oui, bien sûr, c'est un peu dommage. Mais je crois qu'aujourd'hui, le sport passe vraiment en second plan. Il y a des gens qui meurent tous les jours de ce virus, nous vivons une crise sanitaire mondiale et la priorité doit être de la solutionner. Après, on verra. Moi, en plus, j'habite dans l'Est, l'une des régions les plus touchées en France. Alors ce qui me préoccupe le plus aujourd'hui, c'est la santé de ma famille.

Vous connaissez des proches qui ont été touchés ?

Non. Mais je pense que j'ai été touché moi-même en fin de saison dernière lorsque je suis rentré de Chine (pour le Masters Juniors, Ndlr). J'ai eu une grosse grippe, je n'étais vraiment pas bien pendant quelques jours. Je ne sais pas si c'est cela ou pas, je n'ai pas fait de test, mais cela correspond au moment où l'épidémie a probablement démarré en Chine. En tout cas, tout est rentré dans l'ordre et aucun de mes proches n'a ensuite eu des symptômes. Désormais, bien sûr, on fait très attention.

Vous êtes n°1 mondial juniors, après votre titre en début d'année à l'Open d'Australie. Le titre de champion du monde de la catégorie, c'était un gros objectif ?

H.M. : Finir n°1 mondial juniors était effectivement l'un des objectifs mis en place avec mon coach (Thierry Tulasne) et la Fédération en début d'année. J'espère que cet objectif reste encore d'actualité, si l'on peut rejouer en 2020. On verra bien. A la base, cette saison, le plan était de disputer au moins tous les Grands Chelems juniors, tout en jouant au maximum sur le circuit pro, selon les wild-cards que j'aurais pu obtenir. Forcément, j'avais aussi un peu en tête de jouer mon premier Roland-Garros au printemps. Même si je sais qu'une invitation n'est pas un dû, vu mon bon début de saison, j'avais je pense de bonnes chances de l'avoir.

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Le report de Roland-Garros en septembre, justement, a fait grand bruit. Quelle est votre position là-dessus ?

H.M. : C'est compliqué d'avoir un point de vue dans ma position extérieure. Je ne suis pas un joueur du top 100, je ne rentre pas dans les tableaux de Grand Chelem, je ne suis pas impliqué dans ces discussions. Ce que je peux dire c'est que, pour moi, Roland-Garros représente évidemment un tournoi super important. C'est un peu notre effigie, il faut la protéger et c'est une bonne chose que la FFT essaye de le faire. On a la chance de pouvoir décaler à cette période de l'année, à l'inverse de Wimbledon qui, en raison de la spécificité du gazon, ne pouvait se jouer qu'en été.

C'est sûr que cela peut faire grogner certains tournois qui étaient prévus ou qui visaient cette date. Mais je pense qu'entre un Grand Chelem et n'importe quel autre tournoi, tous les joueurs de l'élite s'accorderont à dire qu'il faut sauver le Grand Chelem en priorité. Financièrement, notamment, pour se relever de cette période. Moi, j'ai la chance d'être soutenu, je devrais bien m'en sortir sur ce plan. Mais pour un joueur hors top 100, qui doit payer tout seul ses coaches, c'est très important de pouvoir jouer un tournoi du Grand Chelem.

Autre débat auquel vous avez en revanche réagi avec virulence : certains, comme le patron du Masters 1000 de Madrid Gerard Tsobanian (interrogé par le quotidien l'Equipe, Ndlr), proposent, si la crise se poursuit, d'annuler purement et simplement l'année 2020. Mauvaise idée selon vous ?

H.M. : Je trouve cette idée complètement absurde, oui. Je prends ça pour un manque de respect par rapport aux joueurs qui ont eu de bons résultats en début d'année et qui ont déjà engagé beaucoup de frais dans ce début de saison. Personnellement, si on m'enlève les points de janvier et février, je redescends 700e. C'est dur, quand même… Pour les joueurs dans mon cas, qui se battent pour grappiller des points et essayer de monter dans la hiérarchie, ce ne serait vraiment pas très juste. Je ne sais pas dans quel contexte Gerard Tsobanian a pu lâcher ça. C'est quand même le patron d'un Masters 1 000, il est agent de joueurs à la base, donc il connaît très bien notre sport…

Il a peut-être une idée en tête, mais je ne la saisis pas. Moi, je ne vois absolument pas comment on peut effacer des résultats déjà acquis. Ou alors, si l'on décrète que 2020 est une année blanche, il faut que tout le monde reparte de zéro. Et je ne crois pas que ce soit possible. Sinon, là, pour le coup, on peut s'attendre à une révolution des joueurs. Demandez à Novak Djokovic s'il accepte qu'on lui retire son Open d'Australie…

Vous avez fait un tweet là-dessus qui a fait réagir…

H.M. : Oui, j'ai peut-être été un peu impulsif, ma manière de le dire est sûrement mal passée. Marc Gicquel notamment m'a répondu, en me disant que sans les organisateurs de tournoi, je ne serais rien. J'ai trouvé cela un peu agressif de sa part. Cela me paraît également bizarre de la part d'un ancien joueur comme lui, qui a été aussi bon, qui connaît très bien les rouages de ce sport, d'avoir de telles idées en tête. Moi, mon but n'était en aucun cas d'agresser qui que ce soit. Juste de souligner à quel point cette idée est hors sujet. Je n'en comprends ni le sens, ni l'intérêt.

Harold Mayot - Roland-Garros Juniors 2019

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