C'est l'heure du vrai départ. Et d'une nouvelle vie. Ce lundi, Roger Federer est officiellement retraité du monde du tennis. A 41 ans, le Suisse va découvrir une nouvelle routine. S'il a promis dans un premier temps de se consacrer davantage à sa famille, difficile de l'imaginer inactif. Une retraite à la Sampras, taiseux au possible et très rare médiatiquement, ne semble pas être le chemin qui lui correspond. "Je ne serai pas un fantôme", a-t-il même promis. Mais que va bien faire le Suisse ? Tentative de réponses.

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"Je jouerai encore au tennis à l'avenir, bien sûr, mais pas en Grand Chelem ni sur le circuit". Le message d'adieu de Roger Federer était clair : sa nouvelle vie passe par son amour de toujours. Le tennis reste la passion du Maestro et il semble enclin à continuer dans le milieu. Dans quelles fonctions ?
  • Coach de joueurs
C'est sans doute le débouché le plus naturel pour certains. L'exemple d'Ivan Ljubicic, ancien adversaire devenu son entraîneur, a pu lui donner des idées. Et, visiblement, il y a de la demande. "Roger a déjà reçu plusieurs propositions de joueurs actuels pour devenir leur entraîneur, mais il n’est pas encore prêt à prendre des décisions à ce stade", a ainsi avancé Severin Lüthi, son coach de toujours, à Blick.
Dans l'immédiat, difficile d'imaginer Federer dans le box d'un autre joueur pour le conseiller, hormis lors de la Laver Cup. "Je n'ai pas vraiment envie de coacher sur le tour, avait-il expliqué à des fans lors d'une session questions-réponse organisée par l'ATP en 2021. Je préfèrerais conseiller des jeunes joueurs ou des talents qui montent, pour les inspirer et les accompagner. J'adore vraiment m'entraîner avec ces jeunes, les accueillir en quelque sorte sur le circuit. Rafa, Novak et d'autres font pareil et je trouve ça génial".

Roger Federer et Novak Djokovic lors de la Laver Cup 2022

Crédit: Imago

  • Capitaine de Coupe Davis
Au quotidien, vu son agenda déjà bien rempli, Federer ne devrait pas prendre en main la destinée d'un joueur. Quid de celle d'une nation ? Depuis 2005, c'est Severin Lüthi qui accompagne la Nati dans la compétition, qui ne nécessite pas forcément d'être mobilisé chaque semaine. Ca tombe bien, Lüthi est un compagnon de route qui n'aura aucun mal à s'effacer si d'aventure Federer en ressentait l'envie. On ne refuse pas le poste au plus grand sportif de l'histoire de la Suisse.
Mais l'homme aux 20 Majeurs en aura-t-il envie ? Surtout au vu de l'effectif suisse actuel, avec Dominic Stricker (126e mondial) et Henri Laaksonen (125e) comme principales figures de proue. Le format de la compétition et le manque de compétitivité de sa nation (45e mondial) risquent d'être des freins trop importants.
  • Directeur de tournoi
Au fond, il l'est déjà un peu. A l'origine de la création de la Laver Cup, Roger Federer n'a pas attendu la retraite pour placer ses pions dans le calendrier mondial. La réussite de la compétition et son attrait actuel sont évidemment de son fait. Le choix de se retirer à Londres, lors de cette édition 2022, n'est pas non plus anodin.
Mais Federer pourrait ne pas s'arrêter là. En mai dernier, la rumeur prêtait à Team8, une compagnie détenue par le Suisse et son agent Tony Godsick, l'envie d'acquérir les droits du Masters 1000 de Cincinnati. Pas un hasard puisque RF détient le record de titres (7) dans l'Ohio.
Et comment ne pas penser à "son" tournoi, l'ATP 500 de Bâle. Chez lui, il est venu jouer 19 fois (!) pour remporter la timbale à dix reprises, dont son dernier tournoi pro, en 2019. La longue lettre écrite par Roger Brennwald, fondateur et directeur du tournoi, à l'annonce de la retraite du Maestro témoigne de ce lien unique. Le voir associé à Bâle, d'une manière ou d'une autre, ressemble à une évidence. "Outre la Laver Cup, si un jour l'occasion se présente pour lui de reprendre le tournoi de Bâle, sa ville natale, pourquoi s'en priverait-il ?", résumait son ami Marc Rosset auprès de L'Équipe.

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  • Ambassadeur de l'ATP
Il faut revoir les images de 2019 pour mesurer à quel point Roger Federer est une icône mondiale à la popularité qui restera inégalée par les autres membres du "Big Three". Cette année-là, le Suisse se lance dans un "Latin American Tour" qui le verra arpenter le continent sud-américain, en passant par le Chili, l'Argentine, l'Equateur, la Colombie et le Mexique. C'est à Mexico qu'il affrontera Alexander Zverev devant plus de 42 000 spectateurs, record d'affluence pour un match de tennis qui ne tiendra qu'un an.
En février 2020, c'est un "Fedal" caritatif qui rassemblera presque 52 000 personnes au Cap, en Afrique du Sud. Alors, forcément, utiliser Federer comme outil de promotion à travers le monde ressemble à une arme fatale pour l'ATP. Ces expériences avaient beaucoup plu au Suisse à l'époque, comme l'avait montré le documentaire réalisé par ESPN à l'occasion de sa tournée sud-américaine. Elles permettraient au Suisse de fixer son propre calendrier et de pouvoir ravir ses sponsors, encore nombreux, avec des opérations aux quatre coins du monde.

Le stade de Mexico lors de l'exhibition Federer-Zverev

Crédit: Eurosport

  • Dirigeant de l'ATP
L'avenir du tennis et la direction prise par ce sport restent un cheval de bataille du Suisse. De 2008 à 2014, le Suisse a occupé le poste de président du conseil des joueurs ATP avant de revenir en 2021, accompagné par Rafael Nadal, alors que Novak Djokovic venait de créer sa propre structure (PTPA). La politique, surtout sur le circuit, ça le connaît.
Mais les coups à prendre sont très (trop ?) nombreux à ce poste très exposé, actuellement occupé par Andrea Gaudenzi jusqu'en 2024. Surtout, les contours du poste semblent trop éloignés des courts et trop prenants au quotidien pour représenter une option à court ou moyen-terme.

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En dehors du circuit

  • Consultant TV
C'est une manière comme une autre de rester au contact du tennis, sans forcément se coltiner les contraintes du monde professionnel. Quel diffuseur dirait non à la possibilité d'avoir Roger Federer comme consultant ? (D'ailleurs, Roger, si tu nous lis…). Passionnant en conférence de presse, le Suisse a des anecdotes en pagaille et des analyses techniques captivantes. Bref, c'est le candidat idéal, sur le papier.
"J’espère continuer à jouer, peut‐être aussi à l’avenir comme commentateur à la télévision, avait-il répondu à Sky Italia en novembre dernier. Pourquoi pas ? Même à Sky Italia, comme Ljubicic que je vois en direct maintenant. Je pense que nous devrions en parler en privé, mais en tant qu’entraîneur, il est excellent. Je ne sais pas comment il parle italien, on me dit qu’il le fait très bien, mais je suis sûr que son italien est meilleur que mon français. Il a beaucoup d’histoires à raconter, il est très direct avec moi quand il me coache et je suis sûr que c’est la même chose à la télévision". Le commentaire s'applique facilement à lui-même.
Mais s'il venait à embrasser cette carrière, difficile de l'imaginer à temps plein. "Je ne le vois pas s'engager sur trente semaines par an, c'est certain", estimait encore Rosset. Alors, quid d'une apparition chez un diffuseur lors des Majeurs ? Dans quel pays ? Et avec quelle chaîne ? Beaucoup de questions et assez peu de certitudes dans ce rôle-là.

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  • Businessman
Il l'est déjà et depuis un moment. En 2022, malgré ses derniers mois tronqués sur le circuit, le privant de fait de prize-money ("seulement" 700 000 euros), il était encore 7e dans le classement Forbes des sportifs les mieux payés au monde avec près de 90 millions amassés en dehors des courts.
Le magazine américain estime ainsi à plus d'un milliard de dollars (!) la somme collectée par le Suisse grâce à ses sponsors depuis le début de sa carrière. Crédit Suisse, Lindt, Moët-Chandon, Mercedes ou Rolex (contrat à vie) sont des partenaires de longue date tandis qu'Uniqlo l'a accueilli - pour un contrat de dix ans - après son départ de chez Nike en 2018. Le Suisse a même réussi à récupérer les droits de sa marque "RF", créée à l'époque avec l'entreprise américaine.
En 2019, il s'était pleinement investi dans un projet de chaussure urbaine avec la marque "On". Bien aidé par ce coup de pouce médiatico-financier, l'entreprise suisse a réussi son entrée en bourse avec une levée de fonds estimée à 600 millions de dollars. Bref, le business, Roger, ça le connaît.

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Crédit: Getty Images

  • Philantrope
Une seule casquette suffit-elle pour définir Roger Federer ? Sans doute pas. S'il a fait fortune grâce au tennis et à sa notoriété mondiale, il n'a pas voulu s'arrêter là. Créée en 2003 et gérée par sa mère, Lynette, la "Roger Federer Foundation" devrait bénéficier d'une plus grande présence du tout frais retraité. L'objectif initial est de financer des projets éducatifs pour les enfants en Afrique australe mais également en Suisse. La présence de la superstar devrait aider à lever des fonds.
Ses nombreux matches caritatifs ces dernières années devraient également être au programme, histoire de faire profiter d'autres de sa popularité inégalée.

Roger Federer lors de la Laver Cup 2022

Crédit: Getty Images

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