Masters ATP Turin | Opposé à Novak Djokovic, Jannik Sinner a l'Italie à sa botte : "Ici, tout le monde est fou de lui"

Du haut de ses 22 ans, Jannik Sinner, qui tentera de réaliser l'exploit face à Novak Djokovic mardi soir pour son deuxième match au Masters, est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands champions de sa génération en Italie. Au pays du Calcio, le numéro 4 mondial est parvenu à se frayer une place médiatique à travers ses performances et ses exploits.

6-4, 6-4 : Sinner n'a pas fait de détail face à Tsitsipas

Video credit: Eurosport

Le cercle des "Carota Boys" risque de s'agrandir dans les prochains mois. Mais si, souvenez-vous de ces six Italiens, tous fans de Jannik Sinner et venus le supporter lors de la dernière édition de Roland-Garros, en se déguisant en... carottes. Après une première apparition du côté du Foro Italico lors du Masters 1000 de Rome quinze jours plus tôt, les six amis avaient mis de la couleur dans les tribunes du tournoi parisien. "Je ne sais pas du tout d'où ils viennent ! Quand je suis entré sur le court, ils étaient sur la droite. J'étais en mode : 'Okay, bienvenue les gars, c'est un plaisir de vous voir !' C'est sympa. J'ai des cheveux de couleur orange, un peu rouge. C'est un bon surnom jusqu'à un certain point. J'ai aussi mangé une carotte à Vienne", s'était alors amusé l'Italien. Il pourrait en manger d'autres dans les prochains mois, tant sa cote de popularité ne cesse de grimper dans son pays.
Désormais numéro 4 mondial au classement ATP, vainqueur de son dixième tournoi à seulement 22 ans, égalant ainsi le record de l'ancien grand champion transalpin Adriano Pannata, Sinner est désormais l'un des grands noms du sport transalpin. "Ici, il est devenu une vraie institution, nous confirme Federico Gennarelli, journaliste à Radio Sportiva, écoutée quotidiennement par plus d'un million de personnes. Ce qui plaît, ce sont plusieurs choses, dont sa façon d'être. Il fait toujours profil bas, on parle d'un garçon qui n'a jamais dépassé les limites, comme a pu le faire Fognini. Il ne fait jamais parler de lui pour des choses extra-sportives. Son arme principale, c'est sa simplicité. Il parle peu et quand il le fait, il mesure chaque parole dite et les gens apprécient, surtout dans un "sport vitrine" comme le tennis aujourd'hui. Disons qu'il préfère parler sur le court."
Un sentiment partagé par notre confrère Carlofilippo Vardelli, journaliste à Eurosport Italie. "Sinner est l'une des premières attractions en Italie, indique-t-il. Notre pays attendait un tel joueur depuis des années, capable de jouer et gagner contre les plus forts du monde. De plus, Sinner est un garçon disponible et gentil, avec de l'éducation et beaucoup de respect. Le "garçon parfait", bon dans le sport et impeccable dans la vie de tous les jours. Ses prestations mettent en accord tout le pays, qui rêve en grand avec lui. Depuis peu, il a dépassé la barre des 1 million de followers sur Instagram."
Pourtant, pas simple de se faire une place dans un pays qui vit au rythme du Calcio. Et pas que, puisque le tennis arrive généralement assez loin dans les pages des trois quotidiens sportifs (Gazzetta dello Sport, Corriere dello Sport et Tuttosport), derrière le football, donc, mais aussi la F1 ou encore le cyclisme. "Le succès de Sinner augmente aussi vite que son suivi, s'enthousiasme Federico Gennarelli. A Turin, actuellement, tout le monde est fou de lui et il a même un fan club, les "Carota Boys", un vrai virage qui le suit partout. Sa chevelure rousse est devenue un trait bien distinct et facilement reconnaissable pour l'identifier. Il a même commencé à faire des publicités, devenant ainsi une image même en dehors des courts."
picture

Jannik Sinner

Crédit: Getty Images

Alors qu'il affronte Novak Djokovic, mardi soir, dans une ambiance qui s'annonce exceptionnelle, ce discret ambitieux, deuxième Italien à entrer dans le Top 5 mondial depuis Adriano Panatta en 1976, doit maintenant composer avec la lumière qu'il mérite. "Les journaux veulent tous l'avoir, c'est un nom qui marche beaucoup, révèle Vardelli. Il a même fait la Une de plusieurs magazines. Les gens sont très attentifs à son ascension, puisqu'il a des objectifs très importants. Je ne veux pas exagérer, mais Sinner est actuellement l'un des cinq sportifs italiens par importance et popularité." "Il est le premier nom qui vient à l'esprit quand on prononce la parole 'tennis'", poursuit Gennarelli. Au moins, c'est clair.
Conscient de cette popularité, Sinner garde toutefois les pieds sur terre. Comment ? Son entourage, d'abord, qui demeure attentif sur tout ce qui pourrait lui nuire. Puis son staff, évidemment, à l'image de Riccardo Ceccarelli, médecin du sport et spécialiste en psychologie, qui aide le numéro 4 mondial à franchir des paliers sur le plan mental. "J'ai rarement vu un garçon aussi mûr et déterminé que lui, malgré son jeune âge. Si ce chemin que nous faisons ensemble porte ses fruits, le mérite lui en revient en grande partie parce qu'il a la volonté de se poser des questions pour atteindre ses objectifs", nous confiait-il récemment.

"L'héritier des plus grands noms"

Pour notre confrère de Radio Sportiva, Sinner est devenu "l'homme du futur" du sport italien. "Et il peut relancer tout le mouvement italien du tennis, affirme-t-il. Dans le passé, avant sa saison stratosphérique en 2023, Sinner avait été critiqué pour avoir manqué des rendez-vous importants. Ses détracteurs estimaient qu'il était incapable de remporter un Masters 1000. Mais il a su faire démentir tout le monde." "Les seules critiques concernent uniquement son jeu, les aspects à améliorer, constate Carlofilippo Vardelli. Pour le reste, il n'y a rien à redire. Sa personnalité, toujours discrète et respectueuse, fait l'unanimité. Si on doit vraiment chercher la petite bête, son comportement sur le terrain semble parfois mécanique, peu naturel. Mais c'est vraiment une goutte d'eau dans la mer."
Du côté de Turin, où se déroule actuellement le Masters, la folie Sinner est totale. Ses matches sont tous à guichets fermés. "Tout le monde veut le voir, notamment contre Djokovic, mardi, annonce Gennarelli. Les tifosi rêvent de le voir aller au bout du tournoi. Un garçon comme lui, humble, mais actuellement en pleine ascension, autorise de penser que nous sommes peut-être face à un héritier des plus grands noms. Je n'ose pas imaginer ce qu'il se passerait s'il venait à gagner le Masters..."
Derrière Sinner, c'est tout un mouvement qui est en pleine expansion. Comment oublier les divers Musetti, Sonego et Arnaldi ? Et Berrettini, surtout, de cinq ans son aîné mais actuellement en proie à des blessures qui plombent sa trajectoire? "The Fox" fait donc logiquement office de chef de meute. "Il est devant toute la troupe, estime Vardelli. Derrière lui, on peut rajouter Cobolli, Darderi, Nardi, etc... Si le football reste le premier sport du pays, le tennis est en pleine croissance exponentielle, au point que ce groupe pourrait remporter la Coupe Davis, qui manque depuis 1976. Il y a une plus grande attention, outre le désir de regarder encore plus de matches. En Italie, il y a certes les ATP Finals, mais aussi le Masters 1000 de Rome, l'un des plus beaux de tous les temps." Depuis 1976 et Adriano Panatta face à Guillermo Vilas (2-6, 7-6, 6-2, 7-6), jamais un Italien n'est d'ailleurs parvenu à s'imposer sur la terre romaine. Une mission de plus pour Sinner.
picture

Jannik Sinner lors des ATP Finals 2023

Crédit: Getty Images

Rejoignez Plus de 3M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité