Le sprint final avant Roland est lancé et Daniil Medvedev est à la traîne. A l'instar de Dominic Thiem, le numéro 3 mondial va se tester pour la première fois de la saison sur terre battue à Madrid cette semaine, à un peu moins d'un mois du coup d’envoi du Majeur parisien (30 mai-13 juin). Mais contrairement à l'Autrichien, cette reprise tardive n’a rien de volontaire : un test positif au covid-19 la veille de son entrée en lice à Monte-Carlo l'a contraint à revoir ses plans et à perdre un temps précieux d’adaptation en compétition sur une surface qu’il n’apprécie guère. L’intéressé lui-même en convient, pour un joueur de son standing, ses ambitions sont quelque peu limitées.
Et pour cause, Medvedev ne compte toujours aucune victoire ni à Madrid (deux participations), ni à Rome (deux participations), ni à Roland-Garros (quatre participations). L'objectif est donc simple. "Comme je le dis toujours, c’est un pas après l'autre pour moi. Donc mon but pour les trois tournois, Rome, Roland-Garros et Madrid, c'est de gagner au moins un match dans chacun d'entre eux. Bien sûr, quand je commence un tournoi, l'objectif principal, c'est de le gagner. Mais c'est plus dur sur terre battue que sur dur pour moi, donc je m'ajusterai, j'essaierai de faire de mon mieux, et j'espère montrer du bon tennis, parce que c'est le plus important", a-t-il annoncé.
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Mes coups, mes déplacements et même mon physique ne conviennent pas à la surface
Mais pourquoi le longiligne Russe a-t-il tant de mal à s’épanouir sur ocre ? Résident monégasque comme Novak Djokovic, il a, a priori, tout loisir de s’entraîner dans un cadre idyllique pour apprivoiser la surface. Et puis, il n’est pas non plus du genre à être rebuté par la longueur des échanges et la lenteur de la terre, lui qui est l’un des métronomes les plus performants du circuit en fond de court. Il insiste pourtant : "Mes coups, mes déplacements et même mon physique ne conviennent pas à la surface."
Ces arguments purement techniques suffisent-ils à dissiper le mystère de ses échecs précédents à Roland-Garros par exemple ? En grande partie au moins, selon notre consultante Camille Pin. "Medvedev frappe très à plat, ses trajectoires sont presque plongeantes et rectilignes. Avec ce jeu, pour trouver de la longueur et pour gêner, il faut être assez proche de la ligne de fond et prendre la balle au sommet du rebond. Le problème sur terre battue, c’est que la balle gicle plus et qu’il y a davantage de faux rebonds, donc c’est plus compliqué de la prendre tôt. C’est plus facile de se mettre un peu plus loin de sa ligne et de trouver de la longueur grâce à une bonne hauteur par rapport au filet", analyse-t-elle.
Le Russe sait pourtant aussi faire l’essuie-glace loin de sa ligne en défense. C’est d’ailleurs une de ses grandes forces pour faire disjoncter ses adversaires qui ont l’impression de se heurter à un mur. Notre consultante en convient, mais selon elle, Medvedev se heurte à un autre écueil, spécifique à la terre battue. "En défense, il est monstrueux grâce à ses grands bras de levier, mais repousser son adversaire en mettant de la hauteur et du lift, ce n’est pas du tout son jeu. Le problème de la terre, c’est qu’il faut être capable de générer beaucoup de puissance, et quand on est habitué à utiliser la vitesse de balle de l’autre, c’est dur de s’y adapter. Medvedev est beaucoup moins puissant par exemple qu’un Nadal ou un Wawrinka musculairement sur le haut du corps."

Daniil Medvedev à l'entraînement à Madrid en 2021

Crédit: Getty Images

De l'adaptation à la frustration : un conditionnement mental à l'échec

Et le numéro 3 mondial se heurte à une autre difficulté fondamentale sur ocre : il bouge moins bien que sur les autres surfaces pour être parfaitement placé au moment de frapper la balle. Malgré sa grande taille (1 mètre 98), sa couverture de terrain est indubitablement l’un des grands atouts qui lui ont permis d’atteindre les cimes du tennis mondial. Sur terre battue, c’est beaucoup moins évident pour lui. "Je ne suis pas sûre qu'il soit très à l'aise avec les glissades, avec sa grande taille. Pourtant, il défend très bien. Mais la défense sur dur, c'est autre chose : les appuis sont beaucoup plus fermes pour pousser et changer de direction. Quand on patine, on perd beaucoup en précision. Sur terre, il faut arriver à jouer aussi en déséquilibre", détaille Camille Pin.
Toutes ces considérations tennistiques ne sauraient toutefois faire oublier un autre aspect : le conditionnement mental. "Je ne pense pas que mon rapport à la terre battue changera un jour. La première semaine d’adaptation à la surface, je déteste être sur le court, et c’est très rare pour moi. Puis, je m’y habitue et ça commence à aller mieux", a encore lâché Medvedev en marge de ce Masters 1000 de Madrid. Des propos qui interpellent tant ils semblent indiquer que l’intéressé s’est, en quelque sorte, auto-persuadé que la terre n’était définitivement pas faite pour lui.
Il n’est pourtant pas le seul joueur de premier plan à avoir dû sortir de sa zone de confort technique sur la surface. Andy Murray, pour citer un exemple récent, n’était pas vraiment dans son élément sur ocre, en témoignent ses difficultés à y glisser de manière efficace. Cela ne l’a pas empêché de gagner des Masters 1000 sur terre, ni d’atteindre la finale de Roland-Garros (2016). Chez Medvedev, il semble y avoir une sorte de blocage, assez comparable à celui de Gaël Monfils sur gazon, comme s’il avait décidé qu’il n’y arriverait pas.

Daniil Medvedev associé à Marcelo Demoliner en double à Madrid en 2021

Crédit: Getty Images

Patience et ajustements tactiques, les seuls remèdes

"Ce qui est super dur quand ton jeu ne convient pas d'emblée à une surface, c'est que tu dois revenir aux fondamentaux pour modifier deux-trois trucs et ton tennis devient moins naturel, ce qui n'est pas très agréable. Et quand ce n'est pas agréable et que tu n'as pas de résultats, ça devient pesant mentalement", explique notre consultante qui fait ainsi parler son expérience d’ancienne joueuse dont le manque de puissance était un frein presque rédhibitoire sur terre battue.
Difficile alors de sortir de ce cercle vicieux du manque de sensations et de confiance. "Tout cela entraîne une frustration mentale et de l’inquiétude. Et en plus, dans les premiers tournois, en faisant ces modifications, c’est rare que ça marche bien d’emblée. On en vient à se dire qu’on a hâte que la saison sur terre se termine. Et on a moins envie, ce qui n’arrange rien", ajoute Camille Pin. Pour le transformer en cercle vertueux, il n’y a pas 36 solutions : faire preuve de persévérance pour trouver des clés tactiques qui changent la donne et obtenir finalement les victoires qui effacent les préjugés.
Demi-finaliste à Monte-Carlo et finaliste à Barcelone en 2019, Medvedev a déjà réussi ponctuellement à s’adapter à cette surface pourtant honnie. Et c’est peut-être là que réside son salut. "Mon grand motif d'espoir, c'est que je sais que je suis capable de gagner des matches sur cette surface. Il y a deux ans, j'ai battu des joueurs vraiment bons (Tsitsipas et Djokovic sur le Rocher notamment, NDLR)", a-t-il fait justement remarquer. Avant d’insister également sur les conditions madrilènes particulières qui pourraient lui être favorables malgré ses deux échecs précédents en 2018 et 2019.

A Madrid, des conditions propices pour entamer un cercle vertueux

"Je dirais que c'est plus comparable au jeu sur dur à Madrid, parce que la terre battue est rapide et qu’avec l'altitude, le service va vite. Dans les résultats et dans le jeu, on voit que les gars qui souffrent un petit peu sur terre battue peuvent mieux jouer ici." Sa grande qualité de première balle devrait ainsi lui être d’un grand secours cette semaine, et même l'inciter à enchaîner service-volée de temps à autre, comme il en avait déjà été capable au Masters de Londres pour brouiller les pistes.
Même si ses qualités au filet restent perfectibles par rapport à celles du Suisse, il pourrait ainsi s’inspirer tactiquement de la dernière apparition de Roger Federer à la Caja Magica voici deux ans. Moins capable de multiplier les longs échanges liftés en fond de court avec le poids des ans, ce dernier avait su raccourcir à bon escient les points en s’appuyant sur ses points forts (service, coup droit, volée). C’est au prix de ces petits ajustements que Medvedev pourrait bien changer d’état d’esprit. "Il aura du succès aussi sur terre, il n’y a pas de souci. Il a un tel niveau que même si son jeu ne s’exprime qu’à 70 %, il va gagner des tournois. Après, la question, c’est de savoir s’il va gagner Roland, et là, c’est plus compliqué", considère enfin Camille Pin.
Mais gare à ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Le premier défi du Russe, comme il l’a lui-même assuré, sera d’enchaîner les matches. Et pour ce faire, de se débarrasser d’entrée d’Alejandro Davidovich Fokina qui a déjà bien roulé sa bosse sur ocre cette saison. Se mesurer à un terrien pour prendre ses marques n’a rien d’un cadeau, mais ce match aura au moins un mérite pour Medvedev : il devrait lui permettre de savoir où il en est sur la surface. Une étape fondamentale s’il veut vraiment, un jour prochain, l’apprivoiser.
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