Incroyable, surhumain, future légende… Prenez le terme que vous voulez, mais Carlos Alcaraz, déjà attraction du circuit ATP depuis ses premiers faits d’armes à l’US Open en septembre dernier, est entré dans une nouvelle dimension - une de plus en seulement quelques mois - cette semaine à Madrid. D’autant plus après sa victoire épique au bout de 3h35 de jeu en demi-finale face au numéro 1 mondial Novak Djokovic (6-7, 7-5, 7-6).

Un ultime décalage coup droit pour une finale : revivez la balle de match d'Alcaraz

Un succès déjà immense quand on sait que le dernier à avoir battu le meilleur joueur au classement ATP à un si jeune âge s’appelait… Rafael Nadal. Le Taureau de Manacor avait réalisé ce coup de force face à Roger Federer en 2005. Carlos Alcaraz s’est permis de sortir le maître de la terre battue avec autorité vendredi en quart de finale (6-2, 1-6, 6-3).
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Djokovic au pas de charge
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Après le match, dans les entrailles du court Manolo Santana, le joueur semblait lui-même hagard, pas encore retombé sur terre après cet enchaînement de rêve, et ce début d’année où il a déjà conquis trois titres dont son premier Masters 1000, à Miami : "Je ne sais pas ce qui a pu faire la différence entre une victoire et une défaite. Il (Djokovic) était si proche, il a eu les occasions de me breaker à la fin du deuxième set. On a tous les deux joué un superbe match", s’est félicité Alcaraz.

Battre Nadal et Djokovic coup sur coup : une première sur terre

Sortir Nadal, puis Djokovic, coup sur coup ? Jamais aucun tennisman n’avait réalisé une telle performance jusqu’ici sur terre battue. Une surface où les deux membres du "Big 3", et c’est un euphémisme, excellent. Le premier est le meilleur joueur de tous les temps sur la surface, 13 titres glanés à la Porte d’Auteuil peuvent en témoigner, et le second, tenant du titre à Roland-Garros, a été le seul à pouvoir rivaliser avec Nadal sur ocre. Jusqu’à aujourd’hui, semble-t-il.
Certes, il faut rappeler que Nadal revenait de blessure, et que la donne sera sûrement différente dans deux semaines, lorsque débutera le deuxième tournoi du Grand Chelem de la saison. Djokovic, lui aussi, n’est peut-être pas au meilleur de sa forme, même s’il est monté franchement en puissance en Espagne, après son retour sur les courts à Monte-Carlo suite à deux mois d’absence. Le niveau affiché par le Serbe dans cette demie, et le panache avec lequel Alcaraz, du haut de ses 51 coups gagnants, a fini par terrasser le "Djoker", forcent quand même le respect quant à la performance du Murcien.
Pour quelqu’un de son âge, jouer de façon si mature et courageuse est impressionnant
Des éloges dont n’a pas tarit sa victime du jour : "Il a très bien résisté mentalement. Pour quelqu’un de son âge, jouer de façon si mature et courageuse est impressionnant", a déclaré Novak Djokovic, qui en a vu d’autres, pourtant. Pour lui, les certitudes reviennent petit à petit, et le plaisir de jouer, après un début d’année chaotique, aussi : "C’était un match fantastique, une grande bataille, s’est réjoui l’homme aux 20 titres du Grand Chelem. Mais je suis déçu de n’avoir pas mieux exploiter mes chances dans le deuxième set", regrettait le Serbe, en référence à ces deux balles de break obtenues à 4 partout, et finalement sauvées par Alcaraz.
Le numéro 1, dans son analyse, vise juste, car au-delà d’un niveau de tennis qui n’est plus à encenser, c’est surtout l’impressionnante force mentale de son adversaire pour survivre à ces moments de tension extrême qui laisse béat. S’il avait montré quelques failles, lors du Masters 1000 de Paris, en novembre dernier, face à Hugo Gaston, étouffé par la pression du public français pour finalement s’incliner en deux sets (6-3, 7-5), il semble désormais insubmersible.
Je sais que j’ai fait un très bon match, et pour le reste de la saison, je peux jouer les meilleurs joueurs du monde et les battre
Comme en quart de finale, où après avoir dégoupillé dans le deuxième set suite à une douleur ressentie dans la cheville, puis dans la main droite, il a retrouvé la volonté d’aller de l’avant. "Je suis allé aux toilettes et je me suis dit : ‘Si tu n’abandonnes pas, alors arrête de penser à ta cheville et joue’", racontait-il ainsi vendredi. Il a précisé sa pensée après sa demi-finale, lors qu'il a été questionné sur sa gestion des moments clés : "Je veux me distinguer dans ces moments-là en allant chercher le match. Je veux être agressif. Si je perds, je peux me dire au moins que j'ai osé. C'est à ça que j'ai pensé dans le tie-break" du troisième set. Un état d’esprit conquérant qui rappelle la soif de vaincre des trois plus grands monstres de l’histoire du tennis, et notamment l’abnégation de son idole, Rafael Nadal.
Lorsqu’on lui demande ce que représente ce coup de force monumental, Alcaraz, lui, répond logiquement que "ça [lui] donne beaucoup de confiance, avant de jouer la finale demain (dimanche). Je sais que j’ai fait un très bon match, et pour le reste de la saison, je peux jouer les meilleurs joueurs du monde et les battre". De quoi effrayer tout le monde sur le circuit.
Car la comète Alcaraz ne semble pas prête à s’arrêter de briller. "Si je pense que j’ai une limite ? Je ne crois pas", a-t-il lâché avec un grand sourire. Difficile, en tout cas, de lui en imposer, lui qui semble se complaire à faire tomber les records les uns après les autres, et qui vient de devenir le plus jeune finaliste de l’histoire à Madrid. Pour décrocher le 4e titre de sa saison, il devra affronter Alexander Zverev. Qui, malgré son expérience et son classement supérieurs à la 9e place du prodige espagnol, est désormais loin de faire figure de favoris.

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