Un silence assourdissant, seulement entrecoupé par les frappes de balles, les annonces arbitrales et quelques cris des joueurs en plein effort. Le tout agrémenté d'une poignée d'encouragements individuels pour tenter d'entretenir la flamme. Voilà à quoi a ressemblé l'atmosphère de l'édition 2020 du Rolex Paris Masters. De quoi générer bien des frustrations pour les acteurs sur le court, mais aussi les spectateurs devant leur télévision, d'autant que la qualité était bien au rendez-vous à commencer par la finale entre Daniil Medvedev et Alexander Zverev, remportée par le premier (5-7, 6-4, 6-1). Mais ceci ne sera plus qu'un mauvais souvenir lundi.
Car un an après les restrictions liées au coronavirus, le dernier Masters 1000 de l'année va à nouveau faire salle comble. Et c'est loin d'être anodin. "On a hâte de retrouver du public, je pense qu'on va dépasser les ventes de Roland Garros (la jauge avait été limitée à 35 %, puis 65 %, sans oublier un couvre-feu à partir de 21h, NDLR) alors que le tournoi se dispute sur une semaine et sur un seul court principal. On est sur une jauge à 100 %. Quand elle est pleine à craquer, il y a une énergie dans cette salle (de Bercy) qu'on ne trouve nulle part ailleurs", s'est d'ailleurs réjoui Guy Forget.
Rolex Paris Masters
Pioline succède à Forget en tant que directeur de Paris-Bercy
16/02/2022 À 14:11

"La victoire en Coupe Davis a commencé à se dessiner avec le succès de Forget à Bercy en 1991"

A l'origine, un public plus populaire qu'à Roland

Sur le plan financier, le directeur du tournoi a de quoi être satisfait quand on sait que l'épreuve avait accueilli 152 000 spectateurs en 2019. Mais il sait surtout que l'événement va retrouver tout son sel et que cela ne peut nuire au spectacle proposé sur le court. Car l'atmosphère à Bercy a toujours été particulière depuis sa première édition en 1986, très différente de celle de l'autre événement majeur tennistique organisé en France, Roland-Garros.
"Au moment de la création du tournoi, c'était un public spécifique : un public de tennismen, mais Roland-Garros étant très difficile d'accès, ce n'était pas le même. Il était sans doute plus populaire socialement", observe Jean-François Caujolle, prédécesseur de Guy Forget en tant que directeur de l'épreuve de 2007 à 2011. Dans l'enceinte que l'on nommait autrefois le palais omnisports de Paris-Bercy, la foule est indomptable : tout aussi capable de porter son favori, que d'enfoncer celui qui fera l'objet de ses récriminations.
Si Guy Forget s'en était servi pour aller conquérir le titre au terme d'une magnifique finale contre Pete Sampras (7-6, 4-6, 5-7, 6-4, 6-4) en 1991 - une performance qui allait lui servir face au même "Pistol Pete" en finale de Coupe Davis -, son compère Henri Leconte, pris en grippe, avait, lui, vécu un vrai cauchemar face à John McEnroe trois ans plus tôt. Puis, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, la désertion du tournoi (qui a souvent payé sa place tardive dans le calendrier) par une partie des meilleurs joueurs du monde a quelque peu douché l'enthousiasme populaire.

Night session et show de lumières pour attirer les jeunes : le tournant de 2008

"Quand je suis arrivé (en tant que directeur du tournoi en 2007, NDLR), il y avait entre 45 000 et 48 000 billets achetés. C'est-à-dire pas grand-chose par rapport à la capacité de la salle de 15 000 places. Si on fait le plein, on s'aperçoit qu'on est à plus de 100 000 spectateurs. Le reste était souvent des invitations pour combler les trous sur les trois, quatre premiers jours", explique Jean-François Caujolle. Pour refaire de Bercy un événement attractif, la nouvelle équipe d'organisation prend alors deux décisions fondamentales : faire des offres couplées de billets (ceux qui en achetaient pour le tournoi disposaient d'une priorité sur ceux de Roland) et instaurer une "night session".
L'effet est immédiat : dès 2008, la barre des 100 000 spectateurs payants est franchie. Forcément, le public évolue. Socialement, il est désormais plus proche de celui que l'on peut retrouver à Roland-Garros, mais il ne se comporte pas de la même manière que du côté de la Porte d'Auteuil. Pour s'en convaincre, il suffit de se souvenir de l'ambiance de feu qui avait porté Gaël Monfils en demi-finale de l'édition 2010 face à Roger Federer, pourtant idole des foules.
"On se retrouve dans une arène où on ne bouge pas. A Roland, on a toujours la possibilité de sortir, de se reposer un petit peu, de se calmer, d'écouter les oiseaux… À Bercy, il y a le bruit de la balle, la violence des échanges. Il y a eu cette ambiance exceptionnelle, parce qu'il y a eu balle de match pour Federer (cinq même dans ce match d'anthologie, NDLR) et un retournement de situation en faveur de Gaël. Je crois aussi que c'est tout ce qu'on avait amené autour : le show, les lumières faisaient que l'ambiance était aussi beaucoup plus électrique. On se retrouve dans une salle fermée avec une partie du public qui était aussi des habitués de concerts. C'était un choix délibéré d'amener le tennis sur un terrain plus jeune. On était un peu les Andy Warhol de la petite balle jaune", s'amuse Caujolle.

Gaël Monfils face à Roger Federer à Bercy en 2010

Crédit: Panoramic

Un public capricieux mais toujours électrique : les Bleus en auront bien besoin

Comment oublier de la même manière l'épopée d'un Jo-Wilfried Tsonga sacré devant les siens en 2008 ? A l'instar de Monfils, le Manceau avait su se servir du public pour successivement venir à bout, à chaque fois au bout des trois sets, d'adversaires aussi prestigieux que Novak Djokovic, Andy Roddick et David Nalbandian. Sans cet appui fondamental, y serait-il parvenu ? Peut-être, mais ce supplément d'âme n'a pas de prix. "Celui-là, je vous le dédie. Il est pour vous. Tout le monde a participé à ma victoire", avait-il d'ailleurs lancé au public en brandissant le trophée.
Qui sait d'ailleurs si Ugo Humbert n'aurait pas poussé encore un peu plus loin son aventure l'an dernier dans de telles conditions ? Vainqueur magnifique de Stefanos Tsitsipas au tie-break décisif au 2e tour, il s'était incliné in extremis 9 points à 7 dans le même exercice contre Milos Raonic en quart. Avec le public derrière lui, dans une atmosphère d'arène du cirque presque brutale sous les projecteurs, "underground" comme la qualifiait la communication du tournoi voici quelques années, un match aussi serré aurait pu basculer.
Dans l'état actuel du tennis tricolore, un tel soutien ne sera pas de trop. Et ce même si la foule est versatile, comme Benoît Paire l'avait appris lui aussi à ses dépens en 2013 après avoir cassé une raquette. "Certaines personnes sont là pour le spectacle. Quand c’est bien, ils tapent des pieds, hurlent, beaucoup plus qu’à Roland. A l’inverse, quand un joueur s’énerve, ils crient 'ouhhhh'. Il faut essayer de ne pas voir ça d’un œil critique", avait justement fait remarquer Guy Forget. C'est à la fois la limite et le charme de Bercy. Et c'est surtout ce qui lui donne son âme unique, qu'il s'apprête à retrouver.

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