RESUME DE L'AFFAIRE
Richard Gasquet a été contrôlé positif à la cocaïne en mars dernier, en marge du tournoi de Miami. Le contrôle a été fait le lendemain de son forfait (blessure à l'épaule). La veille, le Français de 23 ans s'était rendu dans une discothèque de la ville en compagnie, notamment, de son entraîneur Guillaume Peyre et d'un autre membre du Team Lagardère, Thierry Champion. Peu de temps avant Roland-Garros, la nouvelle de son contrôle surprend tous les observateurs. Après la confirmation du contrôle par l'échantillon B des urines du joueur, ce dernier organise sa défense : il effectue des tests capillaires pour prouver qu'il n'est pas un consommateur régulier de la substance incriminée, et porte plainte devant le Parquet de Paris. Dans le même temps, une certaine confusion entoure la publication du taux de cocaïne retrouvé dans ses urines. L'Equipe publie un taux erroné (1,51 mg au lieu 151 nanogrammes). Le joueur ne s'exprime pas pendant plusieurs semaines tandis que certaines informations quant à la fameuse soirée passée à Miami sont rendues publiques, notamment via Le Parisien (dont un journaliste, Renaud Saint-Cricq, était parmi les invités).
Une fois la défense fixée, Richard Gasquet fait ses premières déclarations publiques : la thèse qu'il défend est celle de l'ingestion involontaire par l'intermédiaire de baisers échangés avec une jeune femme pendant la soirée en question. Dans les médias, l'enquête se poursuit et le scénario assez banal de la soirée est dévoilé sans que les éléments de l'enquête judiciaire ne progressent réellement. Le Français risque jusqu'à deux ans de suspension. Finalement, après avoir comparu devant le tribunal antidopage indépendant de l'ITF, les arguments de Gasquet semblent convaincre tout le monde. Le 15 juillet, il n'écope que de deux mois et demi de suspension à compter de la publication du contrôle. La plainte pour X est classée par le Parquet de Paris. Le soufflet de l'affaire retombe doucement. Puis, coup de théâtre : l'ITF, la Fédération Internationale, et l'AMA, Agence Mondiale Antidopage, font appel de la sanction. Après finalement quatre mois d'absence, Gasquet reprend la compétition, mais il sait qu'il doit retravailler son dossier. Accompagné de ses avocats, il doit s'exprimer, en anglais, ce mardi face aux représentants du TAS.
Tennis
Wickmayer et Malisse suspendus
05/11/2009 À 20:45

French tennis player Richard Gasquet (L) arrives with his agent at a CAS hearing in Lausanne, AP

Crédit: AP


LE CONTEXTE
Au mois de mars, Richard Gasquet est fauché en pleine saison par la nouvelle. Selon tous les témoignages, le joueur est effondré par l'annonce de son contrôle positif. Le monde du tennis est d'ailleurs incrédule. Parmi les témoignages perplexes, Rafael Nadal en personne défend le Français. Henri Leconte, lui, estime qu'il ne fallait pas "jouer avec le feu." Arnaud Lagardère prend du recul, et clarifie la situation au sein même du Team Lagardère. Quelques semaines après l'explosion de l'affaire, les membres du Team Lagardère qui étaient présents avec Gasquet à Miami sont démis de leur fonction. C'est en fait l'ensemble du Team qui est restructuré (d'un encadrement sportif à une structure plus marketing). La réaction de Gasquet est plutôt interprétée positivement par les observateurs. Le joueur, qui est sous les projecteurs depuis son enfance, revient sur le circuit et évite de parler de ce qui fâche sans pour autant se cacher.
Quelques éléments de l'actualité récente viennent cependant éclairer de manière plus ou moins opportune son affaire : tout d'abord la fin de la suspension de deux ans de Martina Hingis. En 2007, la joueuse suisse est contrôlée positive à la cocaïne en plein Wimbledon. Sur le déclin après un premier retour sur le circuit, elle prend sa retraite sportive. Interrogée par L'Equipe à la mi-octobre, elle déclare qu'elle avait "un taux largement inférieur à celui retrouvé dans les urines de Gasquet", pour une sanction de deux ans. Ce qu'elle n'a pas précisé ici, c'est que le Français n'a pas été contrôlé en compétition mais après un forfait, même si celui-ci n'a pas été effectué en temps voulu. Reste que la comparaison et sa médiatisation existent.
Un peu plus tard, les révélations d'Andre Agassi, dévoilées avant même la publication de son autobiographie ("Open"), font trembler les fondations du circuit. L'Américain explique avoir été couvert par l'ATP pour une prise de métamphétamine en 1997. "A l'époque, la lutte antidopage n'était pas aussi complexe", rappelle Agassi qui jure n'avoir jamais joué sous l'influence de cette drogue appelée aussi "Crystal Meth". L'aveu soulage l'intéressé mais place l'AMA en alerte générale, et cette dernière envisage même des sanctions à l'encontre du Kid de Las Vegas. Enfin, il y a une semaine à peine, le tribunal antidopage de la Communauté flamande de Belgique suspend Xavier Malisse et Yanina Wickmayer pendant un an pour ne pas avoir respecté les procédures de localisation. Doit-on y voir la fin d'une certaine indulgence ou une réaction procédurière exagérée d'institutions mises sous pression ? Les réactions de Nadal et de Federer aux écrits d'Agassi montrent leur inquiétude quant à l'image de leur sport donnée par l'Américain. La réaction de Clijsters se veut plus humaine envers Malisse et Wickmayer ("c'est très sévère", a-t-elle dit). D'autres comme Fabrice Santoro dans son propre livre, ou Marion Bartoli interrogée sur le sujet, sont sur une ligne légaliste : en bref, il faut respecter la loi même si celle-ci est très contraignante.
A SAVOIR : Le premier tribunal indépendant avait ainsi "rejeté l'idée que le joueur ait pris délibérément de la cocaïne" et avait accordé à Richard Gasquet une circonstance atténuante au regard du code mondial antidopage, celle de la "faute ou négligence non significative". Devant le tribunal antidopage de l'ITF, le Biterrois avait même remis en cause la validité du règlement de la Fédération, qui considère comme "en compétition" un contrôle passé par un joueur ayant déclaré forfait après le début d'un tournoi. Sans cette précision, il n'y aurait pas eu de contrôle positif puisque la cocaïne n'est pas interdite hors compétition par le code mondial antidopage.

QUELLES CONSEQUENCES ?

French tennis player Richard Gasquet arrives for a hearing at CAS headquarters in Lausanne, REUTERS

Crédit: Reuters

Juridiquement, Richard Gasquet est prêt pour défendre son cas devant le TAS. Il joue une grande partie de sa carrière car il risque toujours de un à deux ans de suspension à un moment décisif de son parcours professionnel. Des cas instruits pour substances récréatives sont rares à son âge et à ce niveau de notoriété dans le monde du sport. La plupart des autres cas concerne des sportifs en fin de carrière. La détermination de l'ITF et de l'AMA, qui ont fait appel de la décision de première instance, est de bon ton dans la lutte antidopage.

La légèreté avec laquelle l'ancienne génération traitait le problème (voir les aveux a posteriori de John McEnroe au sujet de la cocaïne par exemple), n'est plus de mise. L'acte de contrition d'Agassi fait peser une chape de plomb sur sa génération, les procédures antidopages très contraignantes (se localiser une heure par jour, 365 jours par an) sont le contre-point de calendriers sportifs trop exigeants. Nous sommes dans l'ère de la suspicion généralisée, sans réelles solutions contre le développement du dopage, et dans cette perspective, le cas Gasquet est anecdotique. Malheureusement ou heureusement pour lui. Cela, on le saura au maximum dans un mois, quand une sanction du TAS, qui infirmera ou confirmera la première, sera publiée.
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