En 2016, Gaël Monfils sera le neuvième joueur français à disputer le Masters, grand tournoi de fin de saison qui regroupe les meilleurs tennismen de la saison qui s'achève. Avant lui, Noah, Leconte, Forget, Grosjean, Tsonga, Gasquet et Simon avaient déjà rejoint le club privilégié des joueurs tricolores ayant disputé cette prestigieuse compétition. Mais le tout premier était Pierre Barthès. Joueur dans les années 60-70, celui qui faisait partie des "handsome eight" ("les huit beaux gosses") lorsqu'il était professionnel a vu la naissance de l'ère Open et de cette compétition réservée à l'élite du tennis.
Regrouper les meilleurs du monde à l'issue d'une année de compétition est une idée qui ne date pas d'hier. Mais sans classement, difficile de constituer un groupe fiable. Alors que l'ATP n'est pas encore né et qu'un classement officiel ne verra pas le jour avant 1973, la première édition du Masters nait pourtant en 1970. L'ère Open, qui a vu le jour deux ans plus tôt, a cependant permis le regroupement d'une série de tournois en "Grand Prix" avec, pour la première fois, des points distribués en plus des dotations en fonction des résultats de chaque joueur.
Résultat : un classement a permis d'établir un premier Top 20 mondial et de regrouper les huit meilleurs à joueurs du monde à Tokyo, lors de la toute première édition du Masters. La deuxième est organisée l'année suivante à Paris, au stade Pierre de Coubertin. Une aubaine pour Pierre Barthès, alors meilleur joueur français, classé à la septième place mondiale à l'aube de ses 30 ans. Un joueur privilégié qui sera le premier de l'Hexagone à goûter aux joies de cette grand-messe de fin de saison.
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Pour moi, c'était une énorme satisfaction d'être classé et d'être reconnu parmi les meilleurs
"Participer à ce tournoi était très important pour moi, nous a confié le natif de Béziers. J'avais des choses à prouver car je n'ai jamais gagné Roland-Garros ou Wimbledon,. Je devais montrer à tout le monde que je pouvais gagner des matches face au meilleurs joueurs mondiaux, comme je le faisais lorsque je suis parti de France. Pour moi, c'était une énorme satisfaction d'être classé et d'être reconnu parmi les meilleurs."

TENNIS 2013 Masters Pierre Barthes Richard Gasquet

Crédit: Eurosport

Pierre Barthès vivait alors à une période nouvelle dans sa carrière. S'il a été une personne très populaire en France dans les années 70-80, notamment via certaines publicités, c'était un peu moins le cas dans les années 60. La faute à son passage au statut de joueur professionnel fin 65. "En 1971, je sortais d'une période de 6 ans où je n'ai pas pu jouer Roland-Garros et Wimbledon comme je l'aurais voulu, a-t-il encore raconté. J'étais professionnel, comme d'autres joueurs avec moi, et nous jouions en circuit fermé avec Rod Laver, John Newcombe, Tony Roche ou encore Nikola Pilic, regroupés autour d'un promoteur, Lamar Hunt, qui a lancé la World Championship Tennis."
Dès 1968, l'ère Open a permis de rassembler joueurs amateurs et professionnels au sein de mêmes tournois. Une véritable révolution, surtout pour les joueurs pros, qui étaient barrés de certains rendez-vous importants, comme les tournois du Grand Chelem, à cause de leur engagement sur des circuits fermés à tout amateur, où se déroulaient des tournois s'apparentant plus à des concerts qu'à des matches de tennis : "Nous étions traités comme des rockstars : avec des voitures à nos noms, des tenues spéciales avec des blazers et des t-shirts de couleur, des entrées sur le court sur un show énorme retransmis à la télé. Mais les conditions de jeu étaient très difficiles. Le tennis devait devenir populaire : il fallait que le public participe avant, pendant et après le point : en gros, les gens hurlaient, nous insultaient... c'était vraiment n'importe quoi."
Quand je revenais en france, je ne pouvais même entrer dans le stade de Roland-Garros pour dire bonjour à mes copains
"C'était une période où j'ai vécu des choses incroyables, poursuit Barthès, mais c'était assez mal perçu en France. J'ai gravi les échelons un à un et assez vite, sans leçon, sans coach, sans préparateur physique. Quand on m'a proposé de passer pro pour jouer avec les meilleurs joueurs du moment, je ne pouvais pas dire non : c'était comme un rêve pour moi d'évoluer auprès d'eux. Mais quand cela s'est su, on m'a massacré. A côté, l'affaire de Gasquet avec la cocaïne, ce n'était rien... Quand je revenais en France, je ne pouvais même pu entrer dans le stade de Roland-Garros pour dire bonjour à mes copains."

TENNIS PIERRE BARTHES

Crédit: AFP

Une fois son contrat professionnel terminé, une nouvelle carrière a alors débuté, encadrée par une association désormais célèbre : l'ATP. Avec un sentiment de revanche, en parti assouvi grâce à sa qualification pour le Masters en 1971. "Me retrouver ici après avoir gagné ma place, c'était une belle fierté. Nous étions sept à l'époque dans le round robin : il n'y avait pas de finale, le vainqueur était le premier au classement. J'ai commencé très fort en gagnant mes trois premiers matches, puis je perds mes deux suivants, dont un très serré face à Stan Smith."
Malheureusement pour lui, il ne pourra défendre ses chances jusqu'au bout. "Le dernier, je le perds sur forfait, raconte Barthès. Pendant le tournoi, je sortais avec mes copains, je faisais le beau et je ne faisais pas fait attention à moi. Résultat, j'ai pris froid et suis tombé malade tant et si bien que je n'ai pas pu affronter Ilie Nastase (le futur vainqueur, NDLR) lors de mon dernier match. Du coup, j'ai terminé 4e sur 7. C'était fantastique de vivre un événement pareil." Et de conclure : "Ce que j'ai vécu, cela m'a donné une inouïe force. Je ne regrette pas ce que j'ai fait, le tennis m'a tout apporté et m'a permis de faire des tas de choses grâce à ça." Mais surtout devenir un homme respecté. Et un joueur reconnu à sa juste valeur.
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