Novak Djokovic a-t-il utilisé son joker ? Au-delà du jeu de mots (peut-être trop facile), se cache une réalité spécifique au Masters et dont le numéro 1 mondial n’est absolument pas responsable : aussi exigeant soit-il, le format de ce tournoi d’élite donne le droit à l’erreur. Comme son rival Rafael Nadal la veille, le Serbe s’est incliné mercredi, mais il est toujours possible que les deux meilleurs joueurs de la planète se retrouvent dimanche pour une explication au sommet. Car comme l’Espagnol face à Stéfanos Tsitsipas jeudi, Djokovic jouera vendredi contre Alexander Zverev pour la 2e place de son groupe qualificative pour le dernier carré.

Mais la comparaison s’arrête là. Car si Nadal a rivalisé jusqu’au bout contre Dominic Thiem (7-6, 7-6) dans un match de haute tenue, la résistance du numéro 1 mondial n’aura duré que 7 jeux, le temps de se faire breaker par un Daniil Medvedev en mode métronome. La suite ? Une partition parfaitement jouée par le Russe et un trou noir côté serbe. De 2-3 à 6-3, 3-0, le 4e joueur mondial a inscrit 7 jeux d’affilée contre le patron du circuit. Une série cauchemardesque et suffisamment rare pour le quintuple vainqueur de l’épreuve pour être signalée.

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L’attitude de Djokovic, incapable de se révolter, a interpellé. A tel point que notre consultant Nicolas Escudé s’est demandé dans Eurosport Tennis Club si l’intéressé n’avait pas laissé un peu filer la partie pour se préserver de l’énergie pour la suite. "Djokovic savait que, pour se qualifier dès ce mercredi, il fallait qu’il gagne en deux sets. A partir du moment où il perd ce premier set, ça remet en cause pas mal de choses. Il ne s’est sans doute pas donné tous les moyens pour aller chercher ce match parce qu’il sait qu’il peut aller chercher la qualification contre Alexander Zverev contre lequel il a plus de certitudes", a-t-il supposé.

Djokovic aurait donc, consciemment ou inconsciemment, devant l’ampleur de la tâche, décidé de ne pas forcer. Le précédent récent face à Lorenzo Sonego en quart de finale à Vienne – il avait fait part d’un manque de motivation une fois la première place mondiale en fin d’année assurée – a le mérite d’exister pour accréditer la thèse. Mais Arnaud Di Pasquale, lui, ne partage pas ce constat. Il a préféré mettre en valeur la performance de Daniil Medvedev qui a, par sa couverture de terrain et sa régularité ahurissante en fond de court, posé des problèmes insolubles au numéro 1 mondial.

"De manière un peu naïve, j’ai du mal à souscrire à ce raisonnement, sachant qu’il a un jour de repos et que, physiquement, c’est un joueur très armé. La victoire reste importante, deux sets ou trois, qualif’ ou pas. Pour moi, il fléchit parce qu’en face, c’est un mur qui fait le match parfait. Il n’a pas de solutions. Il craque dans le deuxième set parce que Medvedev est plus fort tout simplement", a souligné notre consultant. La théorie est tout aussi pertinente, car elle peut se prévaloir d’un exemple récent elle aussi : la finale de Roland-Garros voici un peu plus d’un mois où l’envie du Serbe de remporter un 18e titre du Grand Chelem ne pouvait clairement pas être remise en cause.

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Je ne peux pas me permettre de laisser ce genre de choses arriver quand je joue face à l’un des meilleurs joueurs du monde

Assommé d’entrée par Rafael Nadal, Novak Djokovic avait alors semblé K.-O. debout sur le court Philippe-Chatrier, refusant même clairement le combat du fond en multipliant les amorties. Ce coup, il l’a également utilisé par séquences ce mercredi soir à Londres, pour un taux de réussite tout aussi famélique, comme un aveu d’impuissance. Le Serbe ne s’est d’ailleurs cherché aucune excuse. "Ces sept jeux que j’ai perdus consécutivement étaient vraiment mauvais… Je ne peux pas me permettre de laisser ce genre de choses arriver quand je joue face à l’un des meilleurs joueurs du monde. Il était juste meilleur que moi,mais j'aurais pu et dû faire mieux."

Reste que ce regard dans le vide, cette manière de se désintéresser presque par moments de l’issue du match ne ressemble pas au numéro 1 mondial. C’est à se demander si Djokovic n’a pas l’esprit accaparé par d’autres problèmes que sa seule performance sur le court, et parmi ceux-ci l’avenir du circuit. Le Serbe, qui a créé une nouvelle association des joueurs (la PTPA), a confirmé aussi en conférence de presse que sa candidature pour réintégrer le Conseil des joueurs de l’ATP avait bien été déposée.

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Mais il a souligné qu’elle n’était pas de son fait et que plusieurs de ses collègues l’avaient poussé à réintégrer l’instance pour y peser dans la prise de décision. Cette candidature n’a d’ailleurs aucune chance d’aboutir toujours selon le numéro 1 mondial qui a également révélé que l’ATP avait changé ses statuts, interdisant à un membre de la nouvelle PTPA de faire partie du Conseil des joueurs. En résumé, une intense lutte de pouvoir se joue en ce moment dans les coulisses du circuit et il semble tout à fait envisageable (et compréhensible) que Djokovic y ait laissé une part d’énergie considérable.

Plus tôt dans la journée, le Serbe avait reçu le soutien de Diego Schwartzman, aussi engagé dans la PTPA. "Je veux être clair : je ne me bats pas contre l’ATP. Novak et Vasek veulent être au Conseil parce que là-bas, nous aurons une voix. Nous essayons juste de travailler et de faire du tennis un meilleur sport pour tous", avait ainsi plaidé l’Argentin. Toujours est-il que si Djokovic veut égaler le record de Roger Federer et ses 6 titres au Masters, il ne pourra pas se permettre de mener plusieurs combats à la fois, cette semaine du moins. Car de l’autre côté du filet, Alexander Zverev, lui aussi, aura les demi-finales en ligne de mire vendredi.

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