Par Maxime Battistella, Rémi Bourrières et Laurent Vergne

30. Ilie Nastase - Björn Borg

ATP Finals
Rallyes de folie, revers ravageur et tweener vain : le Top 5 des ATP Finals
23/11/2020 À 19:09
Edition : 1975
Finale
Vainqueur : Ilie Nastase (Roumanie)
Adversaire : Björn Borg (Suède)
Score : 6-2, 6-2, 6-1
Il est connu pour avoir été l’un des grands "bad boys" du tennis des années 1970. Mais Ilie Nastase fut aussi et surtout un immense joueur. Premier numéro 1 mondial de l’histoire du classement ATP le 23 août 1973, le Roumain a aussi dominé 4 des 6 premières éditions du Masters (1971, 1972, 1973 et 1975), une performance seulement surpassée par Ivan Lendl, Novak Djokovic, Pete Sampras (titrés à 5 reprises chacun) et Roger Federer (6), recordman du nombre de sacres dans ce tournoi d’élite. Il a même enchaîné 5 finales (battu en 5 sets par Guillermo Vilas en 1974 sur le gazon de Melbourne), seul le grand Ivan a fait mieux (9).
Tout le paradoxe Nastase n’a peut-être jamais été mieux résumé que lors de cette édition 1975 à Stockholm. Odieux en poule contre Arthur Ashe (voir par ailleurs), il avait été particulièrement fidèle à son surnom "Nasty" ("méchant" en anglais), provoquant le départ de son adversaire avant même la fin du match et sa propre disqualification. Et pourtant, quelques jours plus tard, il s’est adjugé le trophée après une démonstration de tennis indoor face à Björn Borg, l’idole d’un public suédois aussi médusé qu’admiratif.
Jamais en 50 ans d’histoire de la compétition une finale (en trois sets gagnants) n’a été aussi vite expédiée : 65 minutes de jeu à sens unique au cours desquelles le Roumain a méthodiquement détruit son adversaire qui s’était mis en tête d’enchaîner service-volée et l’a payé très cher. A 19 ans, le jeune Borg a fait son âge, manquant de maturité mentale et tactique pour changer son fusil d’épaule. Mais il y a fort à parier que d’éventuels ajustements, aussi importants soient-ils, n’auraient pas pour autant changé le cours de la partie.
Sur son nuage, Nastase est au sommet de son art lors de cette finale. "Je n’ai jamais été aussi concentré en 29 ans", s’exclamera, extatique après son triomphe, celui qui avait justement 29 ans. Puis, il ajoutera dans l’euphorie : "A partir de maintenant, j’essaie de ne pas plaisanter. Aussi longtemps que possible. Je me rends compte que ce n’est pas bien pour mon jeu." Une promesse jamais vraiment tenue malgré le durcissement du code de conduite dont il fut l’une des causes. Nastase ne rejouera plus le Masters après ce dernier coup d’éclat "suédois".

Ilie Nastase en 1975.

Crédit: Getty Images

29. Ivan Lendl - Jimmy Connors

Edition : 1984
Demi-finale
Vainqueur : Ivan Lendl (Etats-Unis)
Adversaire : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Score : 7-5, 6-7, 7-5
Au Madison Square Garden, il n’était pas le plus aimé. Mais Ivan Lendl a souvent produit son meilleur tennis dans l’arène new-yorkaise. "J’adorais y jouer. C’est la salle la plus célèbre du monde et le monument a tant de caractère et d’histoire, c’est juste spécial", s’est-il d’ailleurs remémoré voici quelques jours lors d’un entretien avec Tim Henman. L’Américain d’adoption a disputé 9 finales consécutives du Masters à New York, un exploit inégalé depuis.
Bien qu’extraordinaire, cette immense performance a aussi été facilitée par un changement de format de la compétition pendant trois ans, permettant notamment au cours de cette édition 1984 (jouée en janvier 1985) aux 4 têtes de série principales d’entrer en lice en quarts de finale. Après une victoire sur Joakim Nystrom (6-4, 7-6), Lendl défie Jimmy Connors et les 18 741 spectateurs du Madison Square Garden. Une tâche déjà difficile qu’il se complique encore après avoir vu une balle de match sur le service adverse à 5-4 en sa faveur dans le deuxième set lui filer sous le nez.
Finalement revenu à un set partout après avoir gagné le tie-break, "Jimbo" surfe sur cette dynamique positive et mène 5-2 dans le troisième et ultime acte. Aux anges, le public new-yorkais se prépare à la victoire d’un de ses chouchous (avec Vitas Gerulaitis et John McEnroe, les héros locaux) et un homme, caméra au poing, se rapproche du court, sûrement pour capturer l’éventuelle balle de match de Connors. C’en est trop pour Lendl qui, excédé, lui fait signe de la main de bien vouloir débarrasser le plancher.
La colère fait office de véritable déclic pour le natif d’Ostrava qui ne laisse plus le moindre jeu à "Jimbo". "Toutes les victoires contre Connors sont importantes, mais celle-ci est l’une des plus agréables. Si je ne me trompe pas, c’est la première fois que je l’emporte quand le match est si serré entre nous", se délectera-t-il. Doucement mais sûrement, quelques mois après avoir privé McEnroe du Grand Chelem en carrière à Roland-Garros, Lendl se défait de cette réputation de "poule mouillée" que Connors avait contribué à lui tailler. Ce dernier ne prendra d’ailleurs plus jamais le dessus dans leurs duels.

28. Guillermo Vilas - Jimmy Connors

Edition : 1977 (jouée en janvier 1978)
Match de poule
Vainqueur : Guillermo Vilas (Argentine)
Adversaire : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Score : 6-4, 3-6, 7-5
Si ça n'est pas encore fait, on ne saurait trop vous conseiller de regarder le documentaire Netflix "Un classement contesté", consacré à la croisade d'un journaliste argentin, Eduardo Puppo, pour réhabiliter son compatriote Guillermo Vilas à la place de n°1 mondial qu'il n'a jamais occupée, à cause selon lui de plusieurs erreurs de calculs.
Le mode de calcul du classement, qui n'était pas hebdomadaire et se basait sur une moyenne de points lors des semaines où il n'était pas publiés, ne favorisait certes pas Vilas, qui jouait énormément. Malgré tout, les mathématiques auraient forcément fini par lui rendre grâce fin 1977 si " Wali ", auteur d'une saison stratosphérique (16 titres dont Roland-Garros et l'US Open, finale à l'Open d'Australie face à Tanner), avait clos son chef d'œuvre par un titre au Masters.
Un Masters qui s'accompagne cette année-là d'un prestige inédit. Non seulement c'est le premier au Madison Square Garden de New York, mais il doit en plus arbitrer la place de n°1 mondial en fin de saison entre Vilas, donc, ainsi que Jimmy Connors et Björn Borg.
Vilas et Connors sont opposés dès les poules, dans une revanche de la finale de l'US Open remportée quatre mois plus tôt par l'Argentin. La victoire revient à nouveau à ce dernier au terme d'un match magnifique de 3h, devant une foule record de 18 500 spectateurs qui lui offrent une standing-ovation de plus de 2 minutes. Invaincu depuis Wimbledon – si l'on excepte une défaite par abandon lors de la finale d'Aix-en-Provence face à Nastase et sa raquette "spaghetti" -, Vilas paraît sur le toit du monde.
Ce qu'on ne sait pas, c'est qu'il s'est tordu la cheville en cours de match, ce qui le forcera à déclarer forfait pour la dernière rencontre de poules, alors qu'il est déjà qualifié pour les demies. Une demi-finale qu'il va perdre contre Borg, lui-même battu en finale par Connors.
La victoire de Connors, ou plutôt la défaite de Borg (sacré pour sa part à Wimbledon cette année-là), propulse par ricochet Vilas en Une du magazine américain World Tennis, qui le désigne comme le meilleur joueur de l'année. Un titre honorifique mais important pour l'Argentin qui a préféré partir se ressourcer à Woodstock plutôt que d'assister à la finale. Il est, de toutes façons, le n°1 aux yeux de tout le monde. Sauf pour l'ordinateur balbutiant de l'ATP.

Guillermo Vilas.

Crédit: Getty Images

27. Roger Federer - Gaston Gaudio

Edition : 2005
Demi-finale
Vainqueur : Roger Federer (Suisse)
Adversaire : Gaston Gaudio (Argentine)
Score : 6-0, 6-0
Dans le couloir menant au court central du Qi Zhong Stadium, Roger Federer se fait une grosse frayeur. En sautillant pour chauffer ses muscles, le Suisse perd l'équilibre. On craint pour sa cheville droite qui semble le faire souffrir. Finalement, tout rentre dans l'ordre. Ce sera le moment le plus délicat à gérer de sa demi-finale contre Gaston Gaudio. L'Argentin, invité de dernière minute après le forfait de Lleyton Hewitt, puis client surprise du dernier carré, va vivre un cauchemar contre le numéro un mondial.
Dès son premier jeu de service, le vainqueur de Roland-Garros 2004 commet quatre doubles fautes. Le ton est donné. Federer déroule et, en moins de cinquante minutes, se qualifie pour la finale en infligeant un terrible 6-0, 6-0 à Gaudio. Le tout premier, et le seul à ce jour, double "bagel" de toute l'histoire du Masters. Qui plus est dans une demi-finale. "Je pense que j'ai joué contre un gars qui est le plus grand de l'histoire du tennis", souffle Gaudio, blasé.
A l'époque, Federer ne compte pourtant encore "que" six titres du Grand Chelem. Mais il est en train de boucler une des plus extraordinaires saisons jamais vues. C'est sa 35e victoire consécutive, la 81e en 84 matches dans cette campagne 2005. Il sait ce qui l'attend : en cas de victoire en finale contre un autre Argentin, David Nalbandian, Federer achèvera 2005 avec 82 victoires pour 3 défaites, pour égaler la marque mythique de John McEnroe en 1984. Mais ça, c'est une autre histoire...

26. Stan Smith - Ken Rosewall

Edition : 1970
Match de poule
Vainqueur : Stan Smith (Etats-Unis)
Adversaire : Ken Rosewall (Australie)
Score : 6-4, 6-5(4)
Smith-Rosewall. Telle est l'affiche décisive de cette édition originelle du Masters, compétition imaginée par Jack Kramer et lancée par la Fédération internationale pour contrer la puissance des deux promoteurs privés encore très influents en ce début d'ère Open, Lamar Hunt (WCT) et George MacCall (NTL).
On ne parle pas de finale car pour cette grande première, la compétition, jouée en décembre à Tokyo, et dotée de 50 000 dollars, se dispute en une poule unique de six joueurs, sans phase éliminatoire. Les six heureux élus sont ceux ayant marqué le plus de points au Pepsi Cola ILTF Grand Prix (le naming, déjà...), un circuit regroupant 20 tournois lors de cette saison 1970, dont les Grands Chelems. Manquent toutefois à l'appel le leader surprise du Grand Prix, Cliff Richey, malade, ainsi que son premier remplaçant, John Newcombe, blessé.
Les principales vedettes sont là, toutefois. Et après trois premières journées de poule, Stan Smith et Ken Rosewall sont les deux seuls encore invaincus. En cas de nouvelle victoire, Smith, tombeur de Rod Laver, est mathématiquement assuré de terminer 1er de poule – donc d'être titré. Ce qui n'est pas le cas de Rosewall, qui doit encore affronter Laver lors de la dernière journée.
A l'image de la compétition en général, jouée dans une salle (le Metropolitan Gymnasium) ultra-rapide et non chauffée, sur un court bordé de tables sur chevalets et de chaises pliantes, cette "petite" finale est baroque. Alors que Smith s'apprête à servir pour la victoire, elle est interrompue pendant une vingtaine de minutes pour un problème de jointure au niveau de la surface. Les deux joueurs sont contraints de regagner la pièce austère qui leur sert de vestiaire, éclairée d'une simple ampoule et chauffée par un petit radiateur portatif. On est loin des loges luxueuses dans lesquelles sont reçues les maîtres aujourd'hui.
Finalement, Stan Smith s'en sort au jeu décisif, joué à 5-5 sous l'ancienne formule, c'est-à-dire en 9 points maximum, avec point décisif à 4-4. Malgré sa défaite lors de la dernière journée face à Arthur Ashe, il sera donc titré au bénéfice du "match-average" particulier sur Rod Laver, finalement 2ème après avoir lui aussi battu Rosewall. Un beau cadeau pour le jeune Américain, le jour même de ses 24 ans. Un beau tremplin aussi, avant une saison 1971 qui sera la plus belle de sa carrière.

25. Roscoe Tanner - Jimmy Connors

Edition : 1981 (jouée en janvier 1982)
Match de poule
Vainqueur : Roscoe Tanner (Etats-Unis)
Adversaire : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Score : 7-6(2), 6-7(1), 7-6(7)
Le match le plus serré de l'histoire du Masters, étonnamment le seul en tout cas, sur le format des trois sets, à s'être disputé en trois tie-breaks. Un match bouillant, électrique et d'une grande importance, en plus, puisqu'il va sceller l'élimination de Jimmy Connors dès la phase de poule.
Jimbo a du mal à l'encaisser d'autant que son vainqueur, Roscoe Tanner, n'a lui plus rien à gagner. Avec deux défaites initiales, il est d'ores et déjà éliminé. Mais il joue le jeu à fond, remonté aussi par son adversaire avec qui il se prend le bec dans le 2e set, lorsque, après avoir encaissé une volée chanceuse, celui-ci le toise du regard en s'enfonçant le grip de sa raquette dans la bouche.
Tanner s'agace mais pour autant, Tanner garde ses nerfs. Il le faut, lorsqu'il manque 5 balles de match à 5-3 dans le 3e set alors qu'il sert pour la victoire. Puis pour sauver à son tour deux balles de match à 6-4 dans le dernier jeu décisif. Au bord des crampes, le vainqueur de l'Open d'Australie 1977 manque une 6e opportunité à 7-6 avant de conclure à 8-7.
En plus d'éliminer Connors, furibard au point de sécher la conférence de presse (ce qui rajoutera 500 dollars d'amende à son addition de 1 200 dollars pour conduite anti-sportive), la victoire de Tanner sème une sacrée zizanie dans cette poule uniquement composée d'Américains.
Un peu plus tôt, en effet, John McEnroe a joué en roue libre et perdu face à Eliot Teltscher (6-4, 6-1), parce que, selon lui, les organisateurs lui avaient signifié la veille qu'avec deux victoires, il était sûr de finir 1er de poule. Il s'était d'ailleurs couché à 3h du matin après s'être rendu à un concert des Pretenders. Or, l'information était erronée. McEnroe n'aurait fini 1er que si Connors avait battu Tanner, comme tout le monde le pensait. Et si McEnroe avait battu Teltscher, là, c'est Connors qui serait passé, malgré sa défaite. Le charme, mais aussi le problème éternel du Round-Robin...

24. Vitas Gerulaitis - John McEnroe

Edition : 1979
Match de poules
Vainqueur : Vitas Gerulaitis (Etats-Unis)
Adversaire : John McEnroe (Etats-Unis)
Score : 3-6, 7-6, 7-6
En trois duels face à John McEnroe, Vitas Gerulaitis n'a pas encore pris le moindre set lorsque les deux joueurs se retrouvent au Masters (pardon, le Colgate-Palmolive Masters) en janvier 1980. Le grand blond s'est notamment incliné sèchement face au "Superbrat" en finale du dernier US Open au mois de septembre (7-5, 6-3, 6-3). Mais lors de ce Masters, Gerulaitis vit une des plus belles semaines de sa carrière.
Avant d'entrer sur le court, les deux voisins de Long Island, comme à la maison, savent qu'ils ont déjà leur billet en poche pour les demi-finales après la défaite de Vilas contre Solomon. Ils peuvent donc jouer pour le plaisir. Borg et Connors les attendent dans le dernier carré : le vainqueur prendra Connors, le perdant Borg. Peste ou choléra, il n'y a ni à choisir ni à calculer. Juste à jouer.
En qualité pure, ce match de poule entre deux grands potes est sans doute un des plus beaux joués dans le tournoi des Maîtres. S'il avait été une demie ou, mieux encore, une finale, il aurait figuré beaucoup, beaucoup plus haut dans ce classement. Plus de deux heures et demie de tennis d'attaque à l'ancienne, avec du service-volée dans tous les sens, des numéros d'équilibriste au filet, des points spectaculaires et un Madison Square Garden surchauffé par ce derby entre les deux enfants du pays.
Dans le premier set, Gerulaitis ne parvient à prendre que trois points sur le service de McEnroe. Le cadet des deux New-Yorkais parait en mesure de plier l'affaire en deux sets mais Mac, qui s'aligne également en double avec Peter Fleming dans ce Masters, a joué jusqu'à deux heures du matin la veille.
Il obtient une balle de match dans le tie-break du 2e set, sauvée d'un service gagnant par Gerulaitis qui l'emporte 9 points à 7. Puis Vitas remet ça dans le set décisif, à nouveau au tie-break (7-4, cette fois) en concluant d'une volée amortie de coup droit. McEnroe n'en revient pas. "John a beaucoup plus de talent que moi, mais désormais, il n'est plus le seul maître de New York. Ce soir, j'ai repris une partie du Bronx", se marre Gerulaitis. C'est un "feel good" match, de ceux qui donnent le sourire.

John McEnroe et Vitas Gerulaitis, rivaux mais potes avant tout.

Crédit: Getty Images

23. Nikolay Davydenko - Roger Federer

Edition : 2009
Demi-finale
Vainqueur : Nikolay Davydenko (Russie)
Adversaire : Roger Federer (Suisse)
Score : 6-2, 4-6, 7-5
Nikolay, profession nettoyeur. Dans ce Masters 2009, Davydenko s'offre d'abord Rafael Nadal puis élimine le tenant du titre, Novak Djokovic, condamné par ricochet par la victoire du Russe lors de son dernier match de poule face à Robin Söderling. En demi-finales, il signe ensuite une des plus grandes victoires de sa carrière face à Roger Federer. Il avait pourtant perdu ses douze premiers duels contre le Suisse, redevenu numéro un mondial en cette année 2009 après ses succès à Roland-Garros et à Wimbledon.
Il est en pleine bourre, Nikolay, en cet automne 2009. Titré à Kuala Lumpur et surtout lors du Masters 1000 de Shanghai, il cueille donc pour la première fois Federer au terme d'un match superbe. Car ce n'est pas un petit Federer face à lui. Mais le Suisse entame mal sa demi-finale. En panne de premières balles, il concède deux breaks et la première manche rapidement. C'est là, selon lui, qu'il va perdre ce match. "Je rate à nouveau mon début de match et cela me coûte sans doute la victoire. Contre les meilleurs joueurs du monde, on ne peut pas toujours jouer avec le feu", va-t-il pester après son élimination.
A partir du deuxième set, le duel est superbe. Federer retrouve son service, limite ses fautes directes. Logiquement, il recolle à un set partout et dans le dernier acte, on le sent prêt à porter le coup de grâce. A 5-4 en sa faveur, sur le service adverse, il sort un improbables smash de défense du chapeau consécutif à un smash de Davydenko pour mener 0-30. Le voilà à deux points de la finale. Pour le Russe, qui l'a parfois accroché sans jamais pouvoir le battre, ça sent le nouveau crève-cœur. "Là je me suis dit 'non, ça ne va pas recommencer !', rigolera Davydenko. Tous les gens qui me soutiennent se demandaient quand j'allais enfin le battre."
Cette fois, il va tenir. Son service sauvé, c'est lui qui breake à 5-5. Federer obtient une balle de débreak dans le dernier jeu, magistralement sauvée par Davydenko d'un coup droit croisé lumineux. Puis vient la libération sur un dernier coup droit dans le filet de Federer. Enfin, il l'a battu. "J'avais gagné contre tous les Top 10, sauf contre lui, savoure-t-il. Je ne me prends pas pour le N.1 parce que je l'ai battu, mais ça me donne confiance." Il remportera ensuite le titre finale contre Juan Del Potro. La seule finale du Masters qui, entre 2003 et 2016, se tiendra sans au moins un membre du Big Four.

22. Andre Agassi - Stefan Edberg

Edition : 1990
Finale
Vainqueur : Andre Agassi (Etats-Unis)
Adversaire : Stefan Edberg (Suède)
Score : 5-7, 7-6, 7-5, 6-2
C’est au Masters qu’Andre Agassi a décroché le premier très grand titre de sa carrière. Deux ans après sa première participation, il devient à 20 ans le deuxième plus jeune joueur à s’adjuger la prestigieuse épreuve après son compatriote John McEnroe qui l’avait remportée à 19 ans en 1979. C’est dire la performance du "Kid de Las Vegas" qui n’avait gagné qu’un match sur 6 lors de ses deux précédents essais, tous deux soldés par une élimination dès la phase de poules.
Mais en finale à Francfort où le tournoi a lieu en 1990, Agassi a une double revanche à prendre : sur une saison frustrante et sur Stefan Edberg. Cette année-là, il a ainsi perdu ses deux premières finales de Grand Chelem dont il était pourtant légèrement favori, respectivement face à l’Equatorien Andrés Gomez à Roland-Garros puis contre son futur grand rival Pete Sampras à l’US Open. Et quelques jours avant ce rendez-vous majuscule, il avait dû s’incliner d’un rien en phase de poules contre le Suédois (7-6, 4-6, 7-6).
La tâche s’annonce toutefois difficile, car Edberg a le vent en poupe. L’élégant serveur-volleyeur vient d’assurer sa place de numéro 1 mondial en fin d’année et reste sur un titre à Bercy et une finale à Stockholm. L’indoor est incontestablement l’un de ses terrains de jeu favoris, il n’a d’ailleurs jamais perdu face à Agassi sur cette surface. Et le début de finale confirme la tendance entre les deux hommes. "A 4-2 contre moi dans le premier set, je pensais que je n’avais aucune chance de gagner, je me sentais si mal", confie Agassi, qui souffrait d’un rhume depuis deux jours. Mais une fois le nez dégagé, le "Kid de Las Vegas" entre dans la partie.
Et s’il perd le premier set 7-5, dans le deuxième, il fait jeu égal avec le numéro 1 mondial et remet les compteurs à zéro en s’adjugeant le jeu décisif. Le niveau atteint des sommets au début du 3e, Agassi résistant aux assauts répétés d’Edberg. Il finit par prendre totalement la direction des opérations, faisant cavaler son aîné grâce à ses prises de balle précoces en demi-volée. Le 4e et dernier acte est une formalité. L’Américain a trouvé la clé contre le Suédois qui ne le battra plus. Extatique et incrédule, "Dédé" en lance sa raquette dans le public. Un an et demi plus tard, il débloquera son compteur en Grand Chelem mais ne triomphera plus au Masters.

21. Manuel Orantes - Wojtek Fibak

Edition : 1976
Finale
Vainqueur : Manuel Orantes (Espagne)
Adversaire : Wojtek Fibak (Pologne)
Score : 5-7, 6-2, 0-6, 7-6(1), 6-1
Les gazettes sportives ont largement fait écho, en début d'année, de la mort à 103 ans du légendaire acteur américain Kirk Douglas, inoubliable figure de films comme Spartacus, Règlements de Comptes à OK Corral ou Vingt Mille Lieues sous les mers. Le rapport avec le Masters ? On y vient.
Il s'avère que le père de Michael Douglas, passionné de sport et de tennis en particulier, promenait régulièrement sa célèbre fossette au menton dans de prestigieux tournois aux Etats-Unis ou même à Roland-Garros. En décembre 1976, il était ainsi présent à Houston pour assister à la finale du Masters, encore itinérant à l'époque avant de s'établir l'année suivante à New York.
Cette édition 1976 est particulière puisqu'elle est amputée des trois meilleurs joueurs du monde (Connors, Borg et Nastase), le premier par choix, les deux autres parce qu'ils n'ont pas participé à un nombre suffisant de tournois du Grand Prix de la Fédération internationale, qui régit alors encore la qualification. Une aubaine pour les outsiders, notamment Wojtek Fibak et Manuel Orantes, qui se retrouvent en finale.
Moins bien classé à l'ATP (14e seulement, contre 4e), le Polonais, en indoor, est pourtant donné favori, fort en plus de sa victoire sur l'Espagnol en poules. Survolté, il se détache 2 sets à 1, 4-1 (double break) dans le 4e. Sur une surface aussi rapide, c'est quasiment fini. Pour relancer un peu l'ambiance, l'ancien joueur américain Vic Braden, reconverti dans la télévision, entreprend alors d'interviewer quelques célébrités au bord du court. Dont Kirk Douglas, qui déclare que malgré son adoration pour Orantes, la victoire peut difficilement échapper à Fibak. Son épouse, assise à ses côtés, l'interrompt alors avec tendresse : "Attends, Orantes est un gros combattant, il n'a pas encore perdu..."`
L'interview, retransmise via deux écrans géants aux 13 500 spectateurs présents, mais aussi pour la première fois en mondovision, fait sourire sur sa chaise le gaucher espagnol, jusqu'alors résigné. Elle paralyse en revanche Fibak, qui se met à penser aux enjeux. Le futur entraîneur d'Ivan Lendl (et conseiller de Novak Djokovic) perd tout de suite un premier break, se liquéfie au moment de servir pour le titre à 5-4, puis s'effondre dans la foulée, peut-être fatigué aussi par une demi-finale en cinq sets, déjà, contre Vilas. A 27 ans, Orantes devient ainsi le premier Espagnol à remporter le Masters.
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