Billie Jean King ne cherche pas à être votre héroïne. Je le sais parce que j'ai essayé de lui dire qu'elle en était une pour moi. En vain. Pourtant, son CV pour le poste ne pouvait pas contenir plus d’arguments : joueuse de tennis N°1 mondiale et qui a remporté un total de 39 titres en Grand Chelem, porte-voix pour l’égalité raciale et des sexes, fondatrice du circuit professionnel féminin qui va fêter ses cinquante ans d’existence en 2023, la liste est longue !
Mais pour moi, c’est son travail pour faire adopter la loi historique appelée "Title IX" qui a profondément façonné ma vie et ma personnalité. Et celles d’innombrables athlètes féminines.

Quand Billie Jean King rime avec WTA

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King a fait naître l’idée de la Women’s Tennis Association (WTA) en 1971. Deux ans plus tard, avec les "Original 9", à savoir les joueuses qui composaient son syndicat, elle est parvenue à lancer un circuit viable avec le soutien de sponsors corporatifs. La raison pour laquelle elle l'a fait était que les hommes ne voulaient pas partager : ils avaient profité de la part du lion en termes de prize money (ainsi que des frais d'apparitions déguisés) dans le cadre de la United States Lawn Tennis Association de Jack Kramer. Ils n’avaient pas vu la nécessité d'inclure les femmes... "Nous avons toujours voulu être avec les hommes, mais les hommes ne voulaient pas de nous", avait d’ailleurs déclaré "BJK".

Billie Jean King en discussions sur l'égalité du prize money en 1975 au All England Lawn Tennis Club

Crédit: Eurosport

Mais elle n’a pas seulement rassemblé ses efforts pour s'assurer que le tennis professionnel féminin ait l'argent, les stars et l’attention médiatique pour organiser le circuit et sa réussite (la Bataille des sexes, rencontre entre Billie Jean King et Bobby Riggs en 1973, était sans doute le plus mémorable), elle s'est également attelée à la résolution du problème. Elle a été chercher ce que la diversité et les efforts pour l’équité ont échoué à atteindre : le "pipeline".

La porte-voix du sport universitaire féminin aux Etats-Unis

Avant 1971, les sports féminins recevaient en moyenne 1% des budgets sportifs des universités. Dans les équipes sportives, les hommes étaient plus nombreux que les femmes, à plus de 12 contre 1. La loi "Title IX" a été proposée comme amendement à la loi sur les droits civils de 1964, exigeant des établissements d'enseignement financés par le gouvernement fédéral, de consacrer des ressources égales aux étudiants et étudiantes, y compris dans le sport.
Alors que le projet de loi progressait au sein du Congrès en 1971, King a vu une opportunité de lancer une génération entière d'athlètes féminines déjà prêtes à passer professionnelles pour, dans un sens plus large et plus durable, changer la perception de la société envers les athlètes féminines. C’est l’acte de naissance du sport universitaire féminin.
La N°1 du circuit et de facto, l'athlète féminine la mieux payée au monde, s'est rendue à Capitol Hill, à Washington DC pour témoigner. Les mots de King ont pratiquement assuré le passage du Title IX et ont marqué un changement massif dans l'opinion publique sur la valeur des femmes dans le sport, que ce soit en compétition de haut niveau ou simplement en offrant un accès égal aux filles à pratiquer n’importe quelle discipline. Le fait que les femmes dirigeantes d’entreprises soient aujourd'hui majoritairement des femmes qui ont fait du sport au lycée ou à l’université montre à quel point elle avait raison.
Et on a pu voir que son travail de sape a commencé à porter ses fruits et ce, à mesure que cette génération d'athlètes féminines a atteint sa majorité. L’exemple le plus marquant est celui de l’équipe nationale américaine en football. Les Stars and Stripes ont remporté l'or aux Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996 et la Coupe du monde en 1999, inspirant encore un autre cycle d'athlètes féminines. Tout ça avec la possibilité pour ces dernières de concourir professionnellement dans le sport et sur un même pied d'égalité avec leurs homologues masculins au niveau secondaire et universitaire.

L'équipe américaine de football remporte l'or aux JO d'Atlanta en 1996.

Crédit: Eurosport

Héroïne malgré elle

Mais revenons-en à l’histoire que je vous racontais, à savoir que le "Title IX" était la raison pour laquelle je suis allé à l'université. Je me suis assis avec King pour enregistrer un épisode du podcast "The Racquet Magazine" il y a quelques années. L’un des principaux objectifs de notre discussion était de la remercier personnellement d'avoir fait ce travail : changer la vie des femmes, changer notre sport et notre culture pour le meilleur, montrer aux athlètes comment utiliser leur pouvoir et leur plateforme d’influence pour opérer le changement. Et pour la remercier d'être une héroïne pour moi et pour beaucoup, beaucoup de femmes comme moi.
Billie m'a arrêtée au milieu de mes remerciements, presque lassée. "Je suis allé à l'université grâce à toi…", commençai-je, les larmes aux yeux. Avant qu’elle ne m’interrompe. "Pas grâce à moi ! Vous l'avez fait grâce à la députée Edith Green, Patsy Mink et au sénateur Birch Bayh. J’ai seulement apporté mon aide", m’a-t-elle dit, sans prendre de pincettes. "Si vous comprenez votre histoire, vous comprendrez pourquoi vous avez eu des opportunités."
Elle a poursuivi en expliquant qu’elle n’était pas là pour accepter nos lauriers, pour être inscrite dans du marbre et placée sur une étagère, mais pour passer le relais. Elle m'a mis au défi d'utiliser ce que j'ai reçu d'elle et des autres et de l'intégrer dans mon travail afin de l'enseigner à la génération suivante. La qualifier de héroïne et l’admiration qui l’accompagne, nous permet ainsi de reléguer son travail dans le passé. Et elle n’en a pas vraiment fini avec ce travail.
Et c'est pour cette raison que je dirais que Billie Jean King n'est pas une héroïne, la mienne ou la vôtre, c'est un être humain qui a décidé d'utiliser son excellence dans le sport et de faire de la place à d'autres qui auraient la chance de venir et prendre sa place. Son défi pour moi était de continuer à faire le travail qu'elle a commencé, alors nous devrons cesser de l'appeler une héroïne et plutôt l'appeler une pionnière.
Par Caitlin Thompson, contributrice pour Eurosport Royaume-Uni.

Billie Jean King à l'US Open

Crédit: Eurosport

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