"Perdre Jo et Gaël à trois jours d'intervalle nous a fait mal. Ils étaient tous les deux en quart de l'US Open et en grande forme. Gaël était peut-être le seul à pouvoir aller chercher Cilic." A entendre Richard Gasquet, c'était presque sans espoir. Entre son manque de temps pour retrouver son niveau et la défection des deux leaders tricolores, il fallait attendre un miracle pour dominer la Croatie. D'un point de vue extérieur, j'ai l'impression que cette équipe de France a le mauvais oeil. Une sorte de scoumoune qui lui colle aux baskets. Une poisse que même le sorcier Noah n'a pas su écarter.

Pour son retour, celui qui était le sauveur de la patrie n'a pas pu changer les méfaits qui se répètent depuis ces dernières années. Sans les leaders, il n'y a rien à faire. Noah a fait le constat que le dixième Saladier d'argent des Bleus sera très compliqué à aller chercher pour cette génération-là. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir fait émerger un "esprit d'équipe", si cher à son coeur. Mais cela ne suffit pas. "Yannick est le meilleur capitaine que j'ai jamais eu", a même insisté Richard Gasquet après sa défaite fatale face à Marin Cilic. "Il a une passion et un charisme énormes. Cela ajoute à ma frustration."

Coupe Davis
Noah sur Monfils : "C'est vraiment pas de chance qu'il se fasse mal en montant les escaliers"
18/09/2016 À 20:04

Frustration. Le mot est lâché. Avant même de le prononcer, c'était le maître-mot du week-end croate. Le forfait attendu de Jo-Wilfried Tsonga et celui beaucoup plus impromptu de Gaël Monfils deux jours avant le début de la demi-finale ont jeté un froid. Pour la première fois de l'année, c'est eux qui étaient dans une mauvaise posture. Avant, ils ont profité d'un peu plus de chance au premier tour face au Canada, privé de Milos Raonic, et pour le quart de finale face à la République tchèque, que Tomas Berdych n'a pas voulu jouer. Mais à Zadar, la chance s'est volatilisée. Marin Cilic n'a jamais failli, à tel point que c'est lui qui a gobé les trois points de son équipe.

Noah avec Gasquet, Pouille, Mahut et Herbert - France - Coupe Davis 2016

Crédit: AFP

Du coup, force est de constater que Noah a fait avec les moyens du bord. De sorcier, il s'est mué en pompier. Et au final, si la défaite est logique, elle s'est décidée sur peu de choses. Des détails. De ceux dans lesquels se cachent le Diable. Plus de réussite bien évidemment, mais aussi plus d'expérience côté croate, notamment en double, où la perte du point samedi a sonné le glas des espoirs de victoire.

"Je ne me souviens pas d'avoir été autant déçu après une défaite, s'est laissé dire un Gasquet le moral dans les chaussettes. Je sais que je ne suis pas au top. Ce n'est pas pour rien que j'étais remplaçant. Malgré ça il n'y a pas d'excuse. Cilic est un des meilleurs du monde. J'ai un déficit de préparation et de matches de ce niveau-là." Allez, arrête de te flageller Richard, ça ne sert à rien. Au moins, toi, tu étais là.

Au-delà d'une défaillance des joueurs, est-ce que le capitaine a fait des mauvais choix ? Pour moi, non. Il n'a pas reçu ce petit coup de pouce des deux tours précédents. Autant les choix d'Arnaud Clément étaient discutables, autant ceux de Noah étaient logiques. Il a perdu ses deux meilleurs joueurs, il n'a pas réussi à faire revenir à temps le Richard Gasquet qui l'avait tant bluffé à Roland-Garros au mois de juin dernier. Il n'a pas réussi non plus à transcender la paire Mahut - Herbert qui a laissé filer un point crucial de sa raquette. Et il n'a pas réussi à voir ce dont Lucas Pouille était vraiment capable sur cette demi-finale. Autant de frustrations qui jurent maintenant au milieu de maigres satisfactions.

Quelles sont-elles alors ? Noah a affirmé que l'esprit d'équipe des quatre joueurs présents était là. Ne pas avoir un demi-Monfils avec eux a été une chose voulue et assumée par le capitaine, qui a vite compris que cela pouvait être préjudiciable. Mais les joueurs qui étaient là ne se sont pas déchirés.

A voir chanter et crier Mahut et Herbert dans les tribunes lors du dernier match sans enjeu de Lucas Pouille montre qu'une alchimie s'est bel et bien créée. Peut-être même que les absents de cette demi-finale ne reviendront plus... et que le jeune Nordiste sera le leader que l'équipe de France attend. Celui que Noah espère voir éclore en 2017 pour chasser le mauvais oeil une bonne fois pour toute. Si ça se trouve, la solution anti-scoumoune est déjà là, sous nos yeux. Car, mine de rien, la chance, ça se provoque.

Richard Gasquet - Lucas Pouille - Coupe Davis 2016

Crédit: Panoramic

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