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Coupe Davis : Guerre froide en tribunes à Lille

Guerre froide en tribunes
Par AFP

Le 15/09/2018 à 20:07Mis à jour Le 16/09/2018 à 11:49

Une fracture nette. Deux clans se toisent depuis vendredi à Villeneuve-d'Ascq où se dispute la demi-finale de Coupe Davis, remportée par la France face à l'Espagne: des dirigeants qui ont voté sa réforme face aux joueurs et supporters, qui ne s'en remettent pas. Une cohabitation froide.

Drôle d'ambiance dans les gradins samedi dans le stade Pierre-Mauroy. Pourtant la journée ne devrait pas prêter à autre chose qu'à fêter la qualification des Bleus pour leur deuxième finale consécutive. Mais un malaise suinte. D'un côté, des supporters euphoriques après la qualification des Bleus en finale mais avec un tee-shirt noir, en signe de deuil. De l'autre, des dirigeants en blanc assis à quelques mètres. Le blanc. Une couleur sans doute pas choisie au hasard, comme pour bien montrer le fossé qui les sépare.

Pendant la rencontre, les supporters français, relayés par leurs homologues espagnols, ont déployé une banderole "Change it back". Pendant le match, une autre banderole a été sortie, cette fois avec une tombe affublée du saladier d'argent et une main pleine de billets qui fracasse le trophée. Un chant a également été entonné par les supporters, sur l'air d'une chanson de Michel Sardou: Ne m'appelez plus jamais Coupe Davis.

Alors que la France est en train de réaliser une performance de haut vol, sortir l'Espagne, ce qui n'est pas rien, même sans Rafael Nadal, les tribunes sont, au même moment, le théâtre d'un divorce. Un divorce entre des fans d'une Coupe Davis enterrée, selon eux, par la Fédération internationale de tennis cet été mais, surtout, votée par le président de la FFT Bernard Giudicelli alors qu'aucun joueur n'en voulait. Encore moins les fans.

Bernard Giudicelli, le président de la Fédération Française de Tennis

Bernard Giudicelli, le président de la Fédération Française de TennisPanoramic

Pouille : "C'est sûr que ce ne sera plus jamais pareil"

"On a voulu manifester aujourd'hui, une seule journée sur les trois", a expliqué à l'AFP Brigitte Valade, la présidente de l'Aseft (Association des supporters des équipes de France de tennis). "Regardez: on gagne 3-0, il y une ambiance incroyable sur la balle de match. Et cette ambiance, et bien, on sait, qu'après la finale, ce sera fini. Donc c'est triste, voilà". Une tristesse contenue aussi dans les propos du capitaine de l'équipe de France. "On sait que c'est une année particulière. On ne va pas en rajouter", a lâché Yannick Noah.

Les joueurs français ont tous pris position contre cette réforme votée en août par la Fédération internationale de tennis. Rachetée par le groupe Kosmos et Gérard Piqué, la star du Barça, la nouvelle compétition, qui devrait voir le jour la saison prochaine, n'aura plus rien à voir avec le format actuel. La Coupe Davis new look sera condensée sur deux semaines, une de qualifications et une phase finale, dans un lieu unique. Fini, les matches en cinq sets au cordeau, les ambiances de feria, les scénarios improbables...

Interrogé sur cette fracture visible en tribunes, Lucas Pouille, qui s'en était pris à l'ITF cet été, a rappelé tout le mal qu'il pensait de cette réforme. "Je pense tout simplement qu'on est différents", a-t-il estimé. "Eux vivent dans leur monde, ils ne connaissent pas le côté sportif. Ils ne vivent pas les mêmes émotions que nous, on vit sur le court. Les gens qui nous supportent vraiment le vivent. C'est grâce à eux qu'on a ce petit plus d'énergie. Donc c'est sûr que ce ne sera plus jamais pareil. Malheureusement, on ne peut rien y faire car ce sont eux qui décident. C'est assez triste mais c'est comme ça." Rien de mieux qu'une qualification en finale pour un enterrement de première classe...

Yannick Noah et Lucas Pouille lors de France-Espagne / Cuope Davis

Yannick Noah et Lucas Pouille lors de France-Espagne / Cuope DavisGetty Images

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