Ses larmes avaient fait le tour du monde. En marge de l’édition 2019 de l’Open d’Australie, Andy Murray annonçait la gorge nouée qu’il en avait probablement fini avec le tennis professionnel, après plus d’un an et demi à se battre sans discontinuer avec une hanche très douloureuse. Un hommage en vidéo préparé par l’ATP et ses collègues joueurs avait suivi après sa défaite en cinq sets au 1er tour contre Roberto Bautista Agut. Une initiative prématurée et maladroite qui avait mis mal à l’aise l’intéressé. Et pour cause, plus de deux ans plus tard, Sir Andy court toujours.
Mais après quoi ? Le triple vainqueur en Grand Chelem veut montrer qu'il peut encore être une force à ne pas négliger sur le circuit. D’ailleurs, après une bonne préparation hivernale, il avait mis toutes les chances de son côté en vue d'un retour symbolique à Melbourne, comme pour narguer le destin funeste qui lui était promis. Forfait à Delray Beach en janvier pour limiter les risques de contamination, le sort s’est pourtant acharné sur lui. Testé positif au coronavirus quelques jours avant de s’envoler vers les Antipodes, il a dû renoncer au dernier moment au premier tournoi du Grand Chelem de l’année, à son grand dam.
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IL Y A UNE HEURE

Andy Murray lors du Challenger de Bielle

Crédit: Getty Images

Si j'étais écrasé systématiquement par les gars classés entre la 20e et la 70e places mondiales contre lesquels je joue à l'entraînement, je ne m’obstinerais pas
"Je n’ai rien regardé de l’Open d’Australie, parce que je voulais y être et ça a été dur à accepter. J’ai encore le sentiment de pouvoir jouer pour de grandes choses. J’aurais aimé pouvoir le montrer en Australie, parce que j’étais prêt à le faire, ça ne fait aucun doute", a d’ailleurs confié Murray en marge du tournoi de Montpellier. Pour évacuer sa frustration, se redonner confiance et du rythme, il n’a pas hésité à reprendre la compétition au Challenger de Bielle 2 en Italie où il a atteint la finale. S’il y a été balayé par Illya Marchenko, 212e mondial, en deux sets (6-2, 6-4), le joueur de 33 ans a pu enchaîner cinq matches sans souffrir, une vraie victoire dans cette seconde carrière.
"Quel exemple d’humilité ! C’est ça qu’il faut montrer aux jeunes", applaudit Paul-Henri Mathieu qui sait de quoi il parle pour être aussi revenu d’une très lourde opération, pas de la hanche mais du genou gauche. "Franchement bravo ! Alors il a perdu en finale, mais s’il avait gagné… Je suis sûr que ça aurait eu autant d’importance pour lui que s’il avait gagné, peut-être pas un Masters 1000, mais un ATP 500. Quand j’ai rejoué à Roland-Garros sur le Central, quand j’ai gagné un match en 5 sets (en 2012 contre John Isner, NDLR), c’était comme si j’avais fait demie en Grand Chelem. Pour moi, c’était insensé", se remémore notre consultant.
Murray a regoûté aux joies d'un sacre depuis son come-back, et sur le circuit ATP qui plus est, à Anvers en octobre 2019. Il s’est donc prouvé qu’il pouvait, périodiquement du moins, élever son niveau de jeu bien au-dessus de son classement actuel (121e à l'ATP), ce qui a aiguisé son appétit. "J’ai fait des matches d’entraînement contre beaucoup de joueurs et je sais comment je me comporte contre eux. Si j’étais écrasé systématiquement par ces gars classés entre la 20e et la 70e places mondiales, je ne m’obstinerais pas. Or, je m’en sors parfaitement bien. Tout ça en n’ayant quasiment pas joué les deux dernières années", a d’ailleurs observé l’Ecossais dans l’Hérault.

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Redéfinir ses objectifs pour se relancer

La crise du coronavirus et la suspension des circuits pendant cinq mois l’ont en effet empêché de tester son corps comme il l’aurait voulu sur la longueur d’une saison. Mais force est de constater que Murray a souffert aussi régulièrement de gênes au bassin lors des 18 derniers mois et n'a pu prendre part à un certain nombre de tournois, comme l’édition 2020 de… l’Open d’Australie. Ces piqûres de rappel expliquent en partie les limites actuelles de sa progression.
C’était particulièrement frappant mardi lors de sa défaite (7-6, 6-2) au 1er tour de l’Open Sud de France contre le Biélorusse Egor Gerasimov, 83e joueur mondial et éparpillé à Melbourne par la révélation Aslan Karatsev (6-0, 6-1, 6-0). Murray n’a pu rivaliser qu’un set, handicapé par une première balle grippée et montrant rapidement des signes d’essoufflement à l’échange. Pour le dire franchement, il était difficile de ne pas éprouver une certaine mélancolie voire tristesse en comparant ce joueur en difficulté au monstre indébordable qui pestait à la moindre imperfection il y a quelques années.
Comment le principal intéressé n’en serait-il pas lui-même affecté d’ailleurs ? "S’il veut aller plus loin, s’il veut procéder étape par étape, et essayer d’atteindre d’autres objectifs, il faut l’accepter. S'il se dit qu’il veut regagner des tournois du Grand Chelem et être encore champion olympique, il n’y arrivera pas. Dans ces moments-là, il ne faut pas vivre avec le passé. C’est un gros travail sur soi-même. Je n’ai pas sa carrière, mais je suis passé par là, et j’ai eu des moments de grande détresse", observe Paul-Henri Mathieu.

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Des limites rédhibitoires en Grand Chelem ?

Et c’est peut-être ce qui est le plus difficile : contempler l’écart entre ce qu’il est actuellement capable de faire et ce qu’il a été. D’autant que Murray s'est à nouveau frotté au plus grand des défis pour un tennisman de haut niveau, celui des cinq sets en Grand Chelem. Et il n’a pas été très concluant, à l’exception d’une belle remontée au 1er tour de l’US Open 2020 contre Yoshihito Nishioka (4-6, 4-6, 7-6, 7-6, 6-4). Lors de son match suivant, il avait été ramené à la réalité par un Félix Auger-Aliassime sans pitié (6-2, 6-3, 6-4). Puis à Roland-Garros, apparu encore limité dans ses déplacements, il n’avait pu faire que de la figuration face à Stan Wawrinka (6-1, 6-3, 6-2).
A tel point que pour certains, comme Mats Wilander, Murray n’aurait pas dû bénéficier d'une wild-card (invitation) à Paris, qu’il aurait fallu réserver à un jeune. Un avis que ne partage pas Paul-Henri Mathieu qui connaît, là aussi, bien le sujet. "J’ai été dans la même situation. Avoir des wild-cards en Grand Chelem, c’est une chance quand tu es français, américain, australien ou britannique. Il y a donc déjà une injustice pour les autres pays qui n’en ont pas. Sur le principe, je suis presque opposé à leur existence. Mais à partir du moment où il y en a, ça ne me choque pas si une ou deux sur 8 sont données à des légendes de notre sport pour les aider à revenir."

Conjurer des précédents inquiétants : la hanche, cette blessure dont on ne revient pas

Malgré ses difficultés du moment, il semble encore prématuré d’enterrer l’Ecossais et con caractère de champion. Mais tous les espoirs et l’ambition de l’ex-numéro 1 mondial restent suspendus à une donnée essentielle : sa santé. Sa hanche sera-t-elle assez stable pour lui permettre de progresser de semaine en semaine et revoir ses objectifs à la hausse ? Lui-même ne le sait pas. "C’est difficile de monter au classement à cause de sa réforme sur deux ans. (…) Les gens n’arrêtent pas de me poser la question de savoir si je peux rivaliser avec les meilleurs. Ce qui est important, c’est ce qui se passe sur le court. Est-ce que je peux encore le faire ? On le découvrira."

Passings puissants et amorties assassines : Murray en a fait voir de toutes les couleurs à Zverev

Les précédents en la matière ne sont pas de nature à le rassurer. Gustavo Kuerten, Lleyton Hewitt ou encore Juan Carlos Ferrero, qui ont tous connu des problèmes de hanche, n’ont jamais pu ni retrouver leur meilleur niveau, ni redevenir une menace potentielle pour les meilleurs sur le circuit. Il y a fort à parier que Murray, qui avait d’ailleurs cherché conseil auprès de l’ancien numéro 1 mondial australien, se contenterait bien de devenir un joueur de (gros) coups, y compris uniquement sur le format des trois sets.
D’ailleurs, ne s’était-il pas offert son premier Top 10 depuis Roland-Garros 2017 en la personne d’Alexander Zverev lors du Masters 1000 de Cincinnati délocalisé à Flushing Meadows l’été dernier ? Si toutefois Murray restait dans les prochaines semaines voire mois dans les dispositions entrevues à Montpellier, l’immense compétiteur en lui pourrait bien s’en vexer et décider d’arrêter les frais. A moins que l’amour du jeu ne soit plus fort que tout.

Choisir sa fin, c'est rester maître de son destin

"On a toujours cette épée de Damoclès quand on est sportif de haut niveau d’arrêter sur blessure. On refuse ça. Ça a été aussi un moteur pour moi. Quand on voit tous les efforts et ce qu’on a enduré pour arriver à ce niveau, quand tout s’écroule, ce n’est pas évident à accepter. Prenez Tommy Robredo : il n’est pas blessé et il joue encore à 38 ans. On peut lui dire : ‘T’es 200e mondial (220e exactement, NDLR), t’étais 5e à un moment, pourquoi tu continues ?’ Mais il y a cette passion qui est difficile à mettre de côté. On fait ça depuis tout petit. On est né là-dedans, on s’est conditionné pour jouer au tennis, voyager, faire des tournois, jouer sur des grands courts. C’est notre vie", explique encore notre consultant.

Andy Murray au Challenger de Bielle en Italie en 2021

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A l’image d’un Jo-Wilfried Tsonga, lui aussi éliminé d’entrée dans l’Hérault et simplement heureux de rejouer sans douleur, Murray poursuit sa route malgré le scepticisme de bien des observateurs. Pour se donner encore l’opportunité de rêver et de regoûter, ne serait-ce qu’en infimes quantités, aux émotions intenses qui ont jalonné sa carrière de champion. Dans quelques jours, il sera à nouveau sur le pont à Rotterdam grâce à une wild-card, encore une, pour retenter sa chance dans l’espoir que le sort (ou le destin, selon les points de vue) et le temps lui donnent raison.
Dans le cas contraire, il sera temps de siffler la fin du match… ou pas. Car la fin d’une vie de sportif de haut niveau prend rarement les atours d’un dénouement hollywoodien. Seul comptera alors le sentiment d’avoir tout donné pour ne rien regretter. Et sur ce point, on peut faire confiance à Sir Andy. Lui qui s’est déjà offert un second souffle auquel il n’osait croire un jour de janvier, les yeux embués et la voix enrouée derrière un micro à Melbourne Park.
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