On refait l'Histoire, c'est la rubrique débat d'Eurosport.fr, co-alimentée par Bertrand Milliard, commentateur du tennis sur nos antennes depuis vingt ans, et Laurent Vergne, qui contribue à la rubrique tennis sur notre site. Ici, plus que d'actualité, il sera question de la grande et de la petite histoire du jeu. Ici, personne n'aura tort ou raison. Tout sera affaire de goûts, de choix, de souvenirs ou de points de vue.


Tennis
Roger-Vasselin: "S'il y a un nouveau vainqueur de Grand Chelem, j'aimerais que ce soit Medvedev"
IL Y A 6 HEURES

Qu'est-ce qu'un point inoubliable ? Un interminable rallye ? Un coup de génie ? Un échange achevé par une volée parfaite, un passing d'anthologie ? Un grand point, comme un grand match, c'est d'abord celui qui vous parle, qui trouve en vous un écho personnel.

Parmi ceux que vous verrez ci-dessous, certains sont longs, d'autres très brefs. Mais ils possèdent un point commun : ils étaient tous importants dans le contexte de la rencontre où ils se sont produits. Leur impact n'était pas neutre. Sur le fond comme sur la forme, ils ont marqué notre mémoire. La vôtre aussi, peut-être, pour certains.

Voici donc nos "points de légende". Trois chacun dans cette seconde partie, après les trois premiers dimanche dernier.


Bertrand Milliard

Jimmy Connors – Paul Haarhuis

US Open 1991
Quart de finale

Pour le premier match qu’il commente en tant que consultant pour la télévision américaine, John Mc Enroe va être servi. De ce point, il écrira plus tard qu’il est "le plus extraordinaire qu’il ait jamais vu à l’US Open".

Marqué par son vieil "ennemi" Jimmy Connors, ce fameux point est entré dans la légende parce qu’il allie un côté spectaculaire et incroyable à une véritable importance, le moment de bascule de ce quart de finale. Le combo parfait.

Ces nuits américaines sont toujours excitantes à suivre. L’ambiance électrique du court Louis Armstrong est communicative, on la ressent à travers le poste et on vit intensément ces rencontres nocturnes. A 39 ans, Connors vit ses dernières grandes heures de joueur. 302e au classement ATP, il dispute son 21e US Open grâce à une invitation.

Tourmenté par un poignet récalcitrant, il avait fait l’impasse l’année précédente pour la première fois depuis 1970 ! Il sort d’un 8e homérique achevé au tie-break du 5e face à Krickstein, le jour de son 39e anniversaire. Un match dingue, qui constitue aujourd’hui encore pour la télé américaine le "marbre" idéal pour meubler les jours pluvieux du tournoi.

Ce duel a laissé des traces. Face à Paul Haarhuis, le quintuple vainqueur peine à entrer dans la partie. Modeste 45e joueur mondial, son adversaire néerlandais s’est offert le scalp de Boris Becker au 3e tour. Il survole le début de match et se détache rapidement. A 5-4 en sa faveur dans le 2e set, il sert pour mener deux manches à rien. Connors ne s’en remettrait probablement pas. A 30-A, un retour de revers gagnant offre une balle de break au héros local. L’ambiance monte d’un cran.

Sur le service extérieur d’Haarhuis, le retour trop court de l’Américain permet au serveur de suivre au filet son attaque de revers. En bout de course, Connors effectue une remise lobée. Haarhuis prend pourtant le temps de bien se placer sous la balle, mais décentre son smash. Quasiment dans la bâche, l’ex numéro 1 mondial parvient à remettre, en décollant du sol. Rebelote sur le smash suivant, empreint de fébrilité et peu puissant. Connors aimante la balle et oblige le Batave à s’y reprendre une troisième fois.

Têtu, ce dernier ne laisse toujours pas rebondir mais opte pour une zone plus extérieure. Qu’importe, le vieux lion a retrouvé ses jambes de 20 ans, il galope d’un bout à l’autre du court et reste encore en vie, s’arrachant pour remettre, cette fois en coup droit. Le délire s’empare des travées, Haarhuis l’entend, il transpire la nervosité et son quatrième smash, frappé en reculant, tombe dans le carré de service.

Galvanisé, Connors peut jouer un premier passing plongeant de coup droit qui oblige son adversaire à une volée délicate. Puis, avançant très vite dans le court, il vient couper la trajectoire de cette volée pour ajuster avec une lucidité bluffante un second passing imparable, en revers cette fois.

Dans l’hystérie collective, le natif de l’Illinois, déchaîné, vient célébrer avec le public new-yorkais ce débreak dans une gestuelle restée célèbre. "Je n’ai jamais entendu autant de bruit sur un court de tennis", affirmera par la suite le malheureux Haarhuis. La communion est totale, le stade entier est debout.

A l’issue de ce point, devant mon poste, je sais que c’est plié et que Connors va gagner en quatre manches. Il y a parfois des tournants évidents dans un match. Comment se remettre d’un tel scénario, sur un point aussi important, face à un joueur à domicile aussi charismatique et doté d’une telle force mentale ? Impossible. Les derniers rugissements de Jimbo sont beaux, il vivra bien une 14e demi-finale dans son tournoi fétiche.

Roger Federer – Novak Djokovic

US Open 2009
Demi-finale

Quoi de plus beau qu’obtenir balle de match en demi-finale de Grand Chelem en réussissant un coup exceptionnel ? Ce privilège, Roger Federer va se l'offrir à l’US Open 2009 face à Novak Djokovic.

A l’époque, le rapport de force n’est pas le même entre les deux hommes. On n’en est encore qu’au début de leur rivalité, le Suisse mène 8 victoires à 4, il est également devant en Grand Chelem (3-1) et s’est imposé lors de leurs deux affrontements précédents à New York. Certes, le Serbe l'a battu deux fois en début de saison, mais Federer a répliqué en finale du tournoi de Cincinnati quelques jours plus tôt.

Le numéro 1 mondial surfe sur une belle vague de confiance, étant auréolé d’un premier sacre à Roland-Garros enchaîné par un nouveau succès à Wimbledon. Une confiance qui va faire la différence dans ce match spectaculaire, peu avare en beaux points et très disputé.

J'ai le privilège de le commenter, mais en cabine, depuis Paris. Nous ne retournerons sur place que lors de l’édition suivante. On n’y ressent pas les mêmes choses, on se sent éloigné, moins imprégné de l’ambiance de ce Super Saturday. Heureusement, l'opposition tient ses promesses. Breaké en début de match, Federer réagit de suite et ne perdra plus jamais son service. Le Serbe, de son côté, se tend dans les moments clés (si, si !) et concède les deux premiers sets 7-6, 7-5. A 5-6 au 3e, il sert pour rester dans le match et tremble à nouveau. Passing offert sur un plateau, double faute, le voici à 0-30. Le scénario se répète mais le quintuple tenant du titre va l’embellir.

Djokovic passe sa première balle et attaque le revers du Suisse sur son deuxième coup de raquette. Ce dernier remet difficilement la balle, dans le carré de service adverse mais au lieu d'appuyer à nouveau sur l'accélérateur, le Serbe opte curieusement pour l’amortie, pas très bien touchée. Federer s’arrache pour la remettre et subit alors une volée-lob. Nouvelle course, et un coup improbable à réaliser dos au jeu. Le chef d’œuvre se produit alors, un passing supersonique entre les jambes, à la trajectoire parfaite. Transpercé, l’homme de Belgrade semble médusé tandis que Federer célèbre comme rarement l'obtention de ces trois balles de match.

Au micro, la surprise et la beauté du coup provoquent un hurlement moins maîtrisé que le tweener du Suisse. Ce sont des moments privilégiés dans la vie d’un commentateur. Sans redescendre de son nuage, "Rodge" conclut dès le point suivant d'un retour gagnant pour atteindre sa 7e de finale de Grand Chelem d’affilée, la 6e consécutive à l’US Open. Renvoyé à ses études, Djoko aura l’occasion de méditer cette leçon pour la suite...

"On le tente beaucoup à l’entraînement mais ça ne marche jamais!" s’amuse le futur finaliste à l'issue de la rencontre, avant de classer lui-même ce point d’anthologie dans son panthéon personnel : "C’était un moment décisif, c’est pour ça que c’est le plus beau coup de ma carrière."

Novak Djokovic – Roger Federer

US Open 2011
Demi-finale

Deux ans plus tard, lorsque les deux cracks se retrouvent pour la 4e année de suite en demi de l’US Open, les choses ont bien changé. En 2010, Djokovic a gagné en sauvant deux balles de match au 5e . Depuis le "tweener" de 2009, leur bilan s'est équilibré : cinq victoires de chaque côté, deux sur trois en Grand Chelem pour le Serbe, devenu numéro 1 mondial deux mois plus tôt. Devenu, aussi, un monstre sur le plan mental.

Cette année 2011 est hallucinante pour lui. Il a enchaîné 41 victoires en début de saison avant de perdre en demi de Roland-Garros face à... Federer, au terme d’un très grand match. Paradoxal, car le Suisse est plus en souffrance avec un seul titre au compteur (Doha) et trois défaites par ailleurs face à ce nouveau rival. Favori, Djokovic lorgne le Petit Chelem.

La rencontre tient ses promesses. Federer emporte les deux premières manches de haute lutte. Puis cède rapidement les deux suivantes. La partie semble avoir basculé mais, contre toute attente, le Bâlois reprend les commandes au 5e set. Il breake blanc au huitième jeu et se retrouve avec deux balles de match à 5-3, 40-15. Sur son service, contrairement à l’an passé.

Cette fois, nous sommes bien à New York, l’excitation est grande en cabine, aucune fatigue ressentie après 3h30 de commentaire, l'adrénaline est au rendez-vous. Avant cette balle de match, je me lève, comme pour saluer les deux artistes. Je commence à réfléchir à ce que je vais pouvoir hurler en conclusion de ce formidable spectacle. Je sens que la cocotte minute va exploser et que le volume de décibels risque d’être élevé. Mais rien ne va se passer comme prévu.

A 30-15, Djokovic a commis une vilaine faute directe qui a provoqué une explosion de joie dans un stade acquis à la cause de Federer. Le Serbe encaisse mal cette réaction, sa moue en dit long sur ce qu’il ressent de colère et de frustration intérieures face à cette attitude du public envers lui. Sur la première balle slicée de son adversaire, le Belgradois lâche un monstrueux retour de coup droit croisé gagnant. Le relâchement est total, on dirait qu’il l’a joué "les yeux fermés". Il y a mis toute son énergie du désespoir, exacerbée par la sensation d’injustice ressentie.

Federer n’a pu esquisser le moindre geste. Stupéfaction générale. Le numéro 1 mondial lève alors les bras au ciel, comme pour exhorter ce public, le rallier à sa cause. Il s'en sert comme d'un déclic, certainement aussi pour faire douter son adversaire. Son visage, transformé, arbore maintenant un sourire. En face, en revanche, c’est le masque. Djokovic vient de remporter le combat psychologique, pour la deuxième année d’affilée. C’est palpable. Comme pour Connors face à Haarhuis, ça sent le tournant décisif.

Cela le sera. Federer galvaude d'une faute directe en coup droit sa seconde chance. Je me rassois et me tourne vers ma consultante Emilie Loit. Pas besoin de paroles, on se comprend par le regard, il est évident qu'on est encore là pour quelques jeux supplémentaires. C'est une sensation de déjà vu, le cauchemar recommence pour le Suisse, qui cède à nouveau 7-5 au 5e set.

Djokovic, en grand champion, a appris à se construire dans l’adversité. Il est flagrant, sur cette fin de match, symbolisée par ce retour gagnant, qu'il s'en sert pour devenir encore plus fort.


Laurent Vergne

Andy Roddick – Juan Ignacio Chela

US Open 2002
Huitième de finale

Lorsque nous avons commencé à réfléchir aux points de légende qui ont laissé en nous - pour diverses raisons - une empreinte unique, le premier auquel j'ai pensé, c'est celui gagné par Jimmy Connors face à Paul Haaruis. Je détestais Jimmy Connors, autant qu'on puisse détester un joueur quand on est adolescent et sa cavalcade à l'US Open 1991 m'énervait plus qu'elle ne me fascinait. Mais après ce point précis, je me souviens, comme par réflexe, avoir levé les bras devant ma télé. Il était impossible de ne pas être admiratif et de ne pas se dire qu'il n'y avait que Connors pour faire ça et mettre Flushing dans un état pareil.

Comme il n'était pas question que nous racontions tous les deux les mêmes points, j'ai laissé à Bertrand le plaisir de l'évoquer. J'espère qu'il mesure l'importance de ce sacrifice ! Si j'effectue ce préambule, c'est parce que le point que j'ai choisi pour le "remplacer" est ce qui s'approche le plus du Connors - Haaruis. C'est son petit frère. L'US Open. Un Américain mettant en transe le court Louis-Armstrong. Une défense invraisemblable. Un passing de revers pour finir. Et à l'instar du point gagné par Connors, une césure dans le match.

Flushing, 2002. Andy Roddick, 20 ans depuis moins d'une semaine, affronte Juan Ignacio Chela en huitièmes de finale. L'Argentin a remporté le 1er set. Roddick patine. Chela l'a battu six mois plus tôt à Miami, lors de leur unique confrontation. 3-3 dans le 2e. Chela au service. 15 A. Comme souvent depuis le début du match, l'Argentin manœuvre. Une bombinette de coup droit à gauche, une autre à droite. Roddick cavale dans tous les sens. "C'est du bon travail de la part de Chela", souffle John McEnroe au micro. Comme tout le monde, il est convaincu que le point est bientôt fini.

Mais Jean Ignace va avoir le tort de jouer un peu trop au chat et à la souris. Une amortie. Roddick arrive des bâches. Il est dessus. Petite volée lobée de coup droit de l'Argentin. Et revoilà Andy qui sprinte, cette fois vers la ligne de fond. Je ne sais toujours pas comment il a pu expédier ce coup droit au ras du sol, presque dos au filet, avec une telle puissance.

La faible dextérité de Chela sur les deux volées suivantes ouvre alors la voie au dénouement hystérique : d'un passing de revers long de ligne, l'Américain fait exploser la foule. Comme Connors, il va jouer avec elle. Debout devant la tribune, bras levés, il monte ensuite rejoindre les spectateurs pour leur taper dans les mains. "Are you kidding me?", crie McEnroe, qui aurait tout aussi bien pu lâcher un "you cannot be serious !"

Si je n'ai jamais détesté Roddick comme j'ai pu maudire Connors, je n'éprouvais pas non plus une folle passion pour lui. Mais cette nuit-là, j'ai hurlé. Comme Jimbo onze ans plus tôt, il a vraiment été porté pendant ce point. "A chaque frappe, va-t-il expliquer, je sentais le public qui montait, puis il devenait de plus en plus excité. Le pire, c'est que j'avais mal au pied depuis le début du match. Mais là, je ne sentais plus rien. L'adrénaline, c'est quelque chose d'incroyable." Roddick a couru un semi-marathon sur ce point, mais il s'en fout. C'est un des points de sa vie. Il va s'imposer en quatre sets. Il y avait du Connors en lui à cet instant-là. Même pour moi, c'est un sacré compliment.

Marat Safin – Felix Mantilla

Roland-Garros 2004
16e de finale

En quittant Roland-Garros l'an dernier après le 78e sacre parisien de Rafael Nadal, je suis allé faire un dernier tour sur le court numéro 1. Monter l'escalier, me placer tout en haut de cette petite arène unique plongée dans la nuit. Je voulais le saluer une dernière fois, en sachant que lors de la prochaine édition, il ne serait plus là. C'était le court préféré de beaucoup à Roland, joueurs, spectateurs, journalistes. Une architecture et des proportions idéales pour sentir le jeu au plus près et s'en imprégner. Une atmosphère unique. Le Chatrier ou le Lenglen sont bien plus vastes, mais le "1", c'était autre chose. Comme quoi, ce n'est pas la taille qui compte.

Un 5e set au couteau, sur le 1, franchement, je n'ai pas connu beaucoup mieux. Pendant ce Roland-Garos 2004, Marat Safin y bastonne avec Felix Mantilla. L'Espagnol, ancien demi-finaliste à Paris, est retombé à la 93e place mondiale mais il demeure pénible sur terre. Safin mène 4-3 dans ce 5e set. Là, survient un point complètement invraisemblable, que le Russe aurait d'abord dû conclure sur un smash. Mais Mantilla est héroïque. Son lob de défense retombe juste devant la ligne et tout est à refaire.

Deux frappes plus tard, c'est à son tour de prendre l'initiative. Mantilla monte et dépose une fantastique volée de coup droit amortie. Juste derrière le filet. Il ne peut pas mieux la toucher. Ce qui sauve Safin, c'est le fait d'avoir anticipé. Son adversaire n'a pas encore touché la balle qu'il file déjà vers l'avant. Je le revois encore sprinter et je sais qu'il va être sur la balle mais je n'imagine pas qu'il puisse gagner ce point tant sa marge de manœuvre est faible. La balle est juste au pied du filet. Le Russe réussit alors une contre-amortie glissée avec amour pour prendre Mantilla à contre-pied. C'est vraiment du très grand art et un de ces points où presque tout a été exécuté à la perfection.

Le court numéro 1 est évidemment en délire. Dans l'excitation du moment, je n'ai même pas vu que Marat Safin avait... baissé son short. Quand je repose mes yeux sur lui, il est sur ses genoux ! Oui, après ce point affriolant, il n'a pas hurlé, serré le poing, levé les bras. Non, il a baissé son short. C'est n'importe quoi. C'est Marat Safin. Un pléonasme. Ne lui demandez pas où il a eu cette "idée". "Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça, dira-t-il. Ça m'est venu comme ça."

Cela lui coûtera quand même un point de pénalité infligé par Carlos Ramos (il avait déjà pris un avertissement un peu plus tôt) et Mantilla gardera sa mise en jeu. Le règlement, c'est le règlement, mais Safin va piquer une colère. Sur le moment, et après le match : "Ces gars-là ne comprennent rien au tennis. Ce n'était pas méchant. Ils détruisent le spectacle. C'était un super match, un super point, on offrait quelque chose de fort. Et ils foutent tout en l'air." Ce match fou sera interrompu à 7-7 dans le 5e par la nuit. Safin finira par l'emporter 11-9 le lendemain. Sans moi. Mais j'avais vu l'essentiel.

Le point démarre sur la vidéo à 11'30'', avec un certain Bertrand M. aux commentaires.

Rafael Nadal – Roger Federer

Wimbledon 2008
Finale

Il y a tant de passages cultes et de points marquants dans cette finale. L'enchainement des passings de coup droit (Nadal) et de revers (Federer) au cœur du tie-break du 4e set constitue l'indéniable point culminant, mais j'ai choisi ici d'évoquer le dernier point invraisemblable de ce duel. En grande partie parce que, celui-ci, je l'ai vu.

Cet été 2008, je suis sur le Tour de France et le 1er week-end de la Grande Boucle coïncide avec le dernier de Wimbledon. Le jour de la finale Federer - Nadal, le peloton arrive à Saint-Brieuc. Nous écoutons le début du match à la radio dans la zone d'arrivée. Quand nous repartons, Nadal mène deux sets à rien.

Le temps d'arriver à Saint-Malo, où nous devons passer la soirée et d'où repart le Tour le lundi matin, nous sommes persuadés de ne pas voir un seul point du match. Heureusement pour nous, la pluie sera notre alliée. Et Roger Federer, aussi, un peu, en recollant à deux manches partout. De cette finale mythique, je n'aurais donc vu qu'un bout du 5e set. Dont ce point mémorable. Le crépuscule enveloppe inexorablement le Centre Court dépourvu de toit pour la toute dernière fois de son existence. Federer mène 7-6. Il ne le sait pas encore, mais il ne marquera plus un jeu.

Il est quasiment plus de 22 heures à Saint-Malo. Une heure de moins à Londres mais la luminosité est la même. Je regarde dehors, le ciel est chargé, comme à Wimbledon, et je me demande comment ils peuvent encore jouer. On y voit comme dans le cul d'une vache. Nadal mène 40-30. Techniquement, Federer n'est donc qu'à trois points d'un 6e titre de rang. Trois points, c'est ridicule, mais cela paraît affreusement lointain pour lui.

Après un de ces coups droits long de ligne qui ont martyrisé une génération entière d'adversaires, Rafa monte au filet. Il n'a plus qu'à claquer son smash pour égaliser à 7-7. Il ne le manque pas, mais rejoue presque sur Federer qui, malgré la vitesse de la balle, a le temps d'étendre le bras. Incroyable réflexe. La balle décolle, flotte un long moment dans le ciel obstrué du sud de Londres et retombe juste devant la ligne de fond de Nadal. Dans le public, les murmures se transforment en cris.

Le Majorquin a un nouveau smash à jouer, beaucoup moins confortable celui-ci. Il le négocie à merveille. Pas une demi-seconde de tremblement. Federer est pris et, derrière, Nadal l'achève d'un énième coup droit. 7-7. Dans un peu plus de dix minutes, tout sera fini. Il me faudra quelques semaines et la fin du Tour pour appréhender toute l'énormité de ce match. Mais, même douze ans après, quand j'y repense, c'est ce point-là qui, spontanément, me revient à l'esprit.

Pour voir le point, c'est à 5h46'20'' sur la vidéo ci-dessous.

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