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Comment la Fed Cup a (toujours) transcendé Garcia

Comment la Fed Cup a (toujours) transcendé Garcia

Le 08/11/2019 à 21:25

FED CUP - Si sa carrière individuelle contient encore des relents plus ou moins justes de promesses non tenues, la Française Caroline Garcia, forcément très attendue ce week-end pour la finale de Fed Cup en Australie, déçoit en revanche rarement dans une compétition avec laquelle elle vit une histoire d'amour à la fois passionnelle et tortueuse.

Supporters de l'équipe de France, ne vous faites pas exagérément de bile. Caroline Garcia sort certes d'une saison 2019 pour le moins difficile, qu'elle terminera à la 45ème place mondiale, une "anormalité" lorsqu'on a été 4e mondiale un an avant, qu'on est dans la force de l'âge (26 ans) et que l'on sort d'une saison complète. Mais pas (trop) d'inquiétude, donc. Caroline Garcia peut tout à fait ressusciter à temps pour porter la France vers la troisième Fed Cup de son histoire. C'est même d'ailleurs presque trop d'attentes par rapport à son statut puisqu'entre temps, Kristina Mladenovic, qui compte davantage de capes et de victoires en Fed Cup, lui a "chipé" la place de n°1 française et arrivera pour sa part en confiance après avoir conquis son deuxième Masters de double. Mais porter la France, même sans certitudes préalables, Caroline l'a déjà fait. Souvent. Presque toujours. Et dans l'esprit collectif, l'étiquette de "Madame Fed Cup" lui colle aujourd'hui à la peau, malgré un rapport aussi passionnel que tortueux avec une compétition qui lui a procuré certains de ses plus grands souvenirs comme de ses plus grands drames.

Tout avait commencé à Saint-Louis, en 2014, lors d'une rencontre de barrages contre les Etats-Unis de Sloane Stephens et Madison Keys. A l'époque, la Lyonnaise, 20 ans, suscitait les espoirs les plus fous. Elle avait inspiré depuis longtemps les gazouillis élogieux d'Andy Murray et Martina Navratilova et arrivait en planant dans la foulée d'un premier titre remporté à Bogota. Lancée par Amélie Mauresmo, elle n'allait pas atterrir avant d'avoir, pour sa première "vraie" titularisation (après un double joué en 2013 au Kazakhstan), survolé ses deux simples et le double. Un véritable avion, et c'est d'ailleurs en la définissant comme tel, dans un sourire, que le kiné de l'équipe de France, le regretté Patrick Bordier (décédé deux ans plus tard durant les J.O. de Rio), lui avait inspiré la fameuse célébration en vol plané qui allait elle-même donner naissance au hashtag #flywithcaro.

Caroline Garcia avec l'équipe de France en Fed Cup 2014, avec Kristina Mladenovic et Alizé Cornet

Caroline Garcia avec l'équipe de France en Fed Cup 2014, avec Kristina Mladenovic et Alizé CornetPanoramic

Un souvenir impérissable, spécial, mais Caroline garde plus encore dans son esprit la "remontada" de Gênes, en quart de finale de l'édition 2015. Menée 2-0, la doublette "Kiki/Caro" avait tout renversé jusqu'à coller "1 et 2" au double décisif aux n°1 mondiales de l'époque, Errani/Vinci. Des Italiennes auxquelles Garcia avait infligé un nouveau "hat trick" (deux points en simple et un en double) en quart de finale l'année suivante, en 2016. Avant d'arracher une demi-finale mal embarquée face aux Pays-Bas, à Trélazé, où, après une défaite initiale face à Bertens, elle avait égalisé à 2-2 avant de triompher lors du double décisif, toujours avec Mladenovic. La finale à Strasbourg, face à la République tchèque, reste autant le point d'orgue sportif que la plus brûlante cicatrice de sa carrière internationale. "J'y ai disputé mes deux meilleurs matches en Fed Cup, contre Safarova et plus encore contre Kvitova." Mais l'affaire s'était mal finie, lors d'un double perdu au côté de celle (Mladenovic) avec laquelle elle avait pourtant entre-temps triomphé à Roland-Garros. Caroline en était sortie meurtrie, épuisée, et avait finalement décidé de mettre sur pause ses états de service en bleu pour privilégier sa carrière en simple.

" J'étais prête mentalement à revenir (Caroline Garcia)"

La suite, on la connaît. Le "lol Gate", le jugement sévère de ses coéquipières, la fin de son association en double avec Mladenovic, et au final deux ans d'absence en Fed Cup, comblés en revanche par sa meilleure saison sur le circuit, en 2017. De quoi au moins lui épargner le jugement du public, qui semble ne l'avoir jamais totalement prise en grippe même au plus fort de ses difficultés. "Ah si, j'ai quand même été bien critiquée quand j'ai pris la décision de ne plus jouer la Fed Cup !, en rigole aujourd'hui la Lyonnaise. On ne s'est pas gênée à l'époque pour me faire comprendre que ça n'était pas la bonne décision. Moi, je pensais que ça l'était et j'ai essayé de l'expliquer du mieux possible, sans essayer de vouloir prouver quoi que ce soit. Après, tu peux revenir sur une décision, cela ne signifie pas pour autant que celle-ci était mauvaise..."

Revenir sur sa décision, et donc dans l'équipe, Caroline a fini par le faire deux ans plus tard, en 2019. Parce qu'il y avait une nouvelle dynamique, avec nouveau capitaine (Julien Benneteau). Parce qu'elle avait "mûri certaines choses", parce qu'elle était "prête mentalement à le faire." Caro est revenue et la magie a réopéré : deux victoires contre les Belges Van Uytvanck et Mertens, en quart de finale, à Liège ; puis une demi-finale magnifique remportée au bout du suspense face à la Roumanie, à Rouen, lors d'un double décisif qui marquait la reprise de son duo avec Mladenovic. Il a bien fallu ça, au moins, pour commencer à déglacer ses relations avec sa blonde coéquipière. Lors de ce week-end rouennais, Caroline a également disputé en simple, face à Simona Halep, et malgré la défaite, son meilleur match de la saison ("à égalité avec la finale de Nottingham face à Donna Vekic").

Caroline Garcia et Kristina Mladenovic remportent le double décisif face à la Roumanie, en demi-finale de Fed Cup

Caroline Garcia et Kristina Mladenovic remportent le double décisif face à la Roumanie, en demi-finale de Fed CupGetty Images

Trop récurrent pour être un hasard : la Fed Cup donne des ailes, littéralement, à Caro(Air)line. L'intéressée a son explication : "C'est un ensemble de choses. Déjà, le fait d'avoir un capitaine sur la chaise, qui peut te donner des conseils tactiques mais aussi t'apporter de la confiance, de la lucidité… Et puis, il y a ce petit plus de jouer pour la France, le soutien du public et de l'équipe, une atmosphère différente de celle que l'on connaît d'habitude."

" Elle affiche une personnalité différente en Fed Cup (François Lemaire, préparateur mental)"

Atmosphère, atmosphère… Pour François Lemaire, préparateur mental autodidacte ponctuellement intervenu dans l'ombre de l'ex-n°1 française entre 2016 et 2017, voilà bien la clé de ses performances répétées en bleu. "Un point important que j'avais identifié avec Caroline, c'est qu'elle a un fort besoin d'appartenance à un groupe qui est comblé dès lors qu'elle arrive en Fed Cup, confie cet ancien militaire de la direction des ressources humaines. Elle affiche une personnalité très différente en Fed Cup du reste de l'année, où elle évolue en vase clos. Je crois qu'elle apprécie d'être soutenue de manière expressive. D'ailleurs, regardez son langage du corps : sur le terrain, elle est elle-même beaucoup plus expressive que sur le circuit. Ensuite, c'est quelqu'un qui a beaucoup de motivations extrinsèques, c'est-à-dire qu'elle joue beaucoup pour les autres. Enfin, c'est une fille très sensible et émotive, elle est sincèrement touchée par le soutien du public."

De Perth, les images qui ont filtré cette semaine de la préparation des Bleues ont laissé apparaître une Caroline radieuse, affûtée, bref comme d'habitude, à une petite différence près : la présence de son papa depuis le début du stage préparatoire, pour superviser certains de ses entraînements. Une nouveauté en équipe de France, où les entraîneurs privés étaient auparavant enjoints à rejoindre le groupe plus tardivement. Une nouveauté toutefois discrète, Louis-Paul Garcia nous ayant indiqué ne pas souhaiter s'exprimer afin de ne pas interférer avec la communication du staff.

Caroline Garcia à Pékin en 2019

Caroline Garcia à Pékin en 2019Getty Images

Avec ou sans son père, Caroline Garcia saura-t-elle perpétuer à Perth sa belle tradition en Fed Cup ? Question capitale, dont la réponse influera probablement en grande partie sur l'issue de la finale. On veut croire que oui, même si on a un peu "tiqué" d'entendre la Lyonnaise déclarer que "c'est un peu plus dur de se motiver en fin d'année quand ça fait dix mois que tu t'entraînes". Probablement les réminiscences d'une déception latente d'un bilan 2019 qui restera quoi qu'il arrive terne à ses yeux. "Je ne sais pas précisément ce qui s'est passé. J'ai travaillé aussi dur que d'habitude mais sans arriver cette fois à le mettre en place en match, surtout sur les gros tournois. Au bout d'un moment, ça pèse... Si l'on gagne la Fed Cup, ce serait magnifique car c'est un objectif depuis toujours, mais cela ne suffira pas à sauver ma saison."

Un paradoxe ? Peut-être. Mais après tout, c'est peut-être ce détachement non feint, teinté d'un soupçon de légèreté induit par l'effet de groupe, qui emmène Caroline, dès lors qu'elle évolue en Fed Cup, à lâcher enfin un peu de lest. Pour reprendre de l'altitude…

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