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Simon fustige "le bal des faux-culs" : "Chacun veut sauver sa peau dans son coin"

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Gilles Simon en août 2019, à Montréal

Crédit: Getty Images

ParSimon Farvacque
14/05/2020 à 16:13 | Mis à jour 14/05/2020 à 16:58

Interrogé par nos confrères de 20 Minutes, Gilles Simon a porté un regard très critique sur la gestion de la crise sanitaire opérée par le tennis mondial, dans un entretien paru ce jeudi. Le joueur de 35 ans critique notamment l'égoïsme des grands tournois. Quant à la sortie de crise, il se montre optimiste sur la capacité du tennis à repartir... mais sur les mêmes bases, sans remise en question.

Le manque d’unité du tennis mondial est une problématique qui ne date pas d’hier. Mais la crise sanitaire que nous traversons la met en exergue. Gilles Simon a été invité à s’exprimer à ce sujet par nos confrères de 20 Minutes, dans un entretien publié ce jeudi. L’ancien n°6 du classement ATP s’est dit "très critique sur la gouvernance du tennis pendant la crise, avec autant d’entités qui ne pensent qu’à elles", estimant que le "plus gros point faible du tennis" résidait en cet égoïsme.

"Chacun veut sauver sa peau dans son coin", poursuit le joueur de 35 ans. Il estime que le choix de Roland-Garros d’annoncer ses nouvelles dates (20 septembre-4 octobre) dès le mois de mars est symptomatique : "Roland a pris cette décision parce qu’on lui laisse la place pour le faire. Le reste, c’est le bal des faux-culs. Tous les autres étaient en train de se poser la question de se positionner sur ces dates." Et d’ajouter : "L’US Open essaiera de se sauver de la même façon."

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Un mot d’ordre : premier arrivé, premier servi. S’il trouve cela dommageable à une échelle globale, Simon admet que cette stratégie est légitime par un autre prisme : "En déplaçant Roland-Garros, la fédération n’a pas pensé à sauver le circuit mais à sauver le tournoi, les emplois, et je comprends." Qu’est-ce qui cloche alors ? "Le problème, c’est que personne n’a les moyens de les en empêcher."

Quand tu as pris une assurance pandémie, par le plus grand des hasards, qui va rapporter 140 millions quoi qu’il arrive, c’est facile d’avoir le beau rôle

D’après lui, le fait de déplacer les Internationaux de France avec un temps d’avance est ainsi un "mouvement pas très classe, mais à partir du moment où la porte est ouverte…" Wimbledon a opté pour un autre choix, en annulant son édition 2020. Relancé sur cette décision, Gilles Simon a fait dans le cynisme : "Quand tu as pris une assurance pandémie, par le plus grand des hasards, qui va rapporter 140 millions (141 millions de dollars, selon Action Network, ndlr) quoi qu’il arrive, c’est facile d’avoir le beau rôle et de donner des leçons de morale aux autres."

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Quant à l’avenir proche : sera-ce possible de reprendre rapidement la compétition ? Le problème lui semble, en l’état, insoluble : "S’il faut faire 14 jours de quarantaine dans une chambre d’hôtel quand on arrive quelque part, on aura besoin de s’entraîner 15 jours derrière (…) ça veut dire un tournoi tous les mois et demi." Et concrètement… "trois semaines avant Roland, il y a l’US Open, qui va, lui aussi, s’assurer que son tournoi ait lieu. Comment on va faire pour jouer les deux ?"

Toujours auprès de 20 Minutes, Simon considère que l’ATP n’aura aucun moyen de coercition crédible pour garder la main sur le déroulement des opérations : "La fédération américaine va approcher les joueurs, démarcher quelques ‘top players’ (…) On va se retrouver avec d’un côté tous les Américains qui privilégient l’US Open et de l’autre les Français qui vont à Roland, en gros. Alors, l’ATP peut choisir d’en sanctionner un, de ne pas accorder de points… mais si Rafa [Nadal] décide de faire l’autre et que le prize money est aussi important, vous pensez qu’il va se passer quoi ?" Et d’en revenir à sa critique initiale : "Chacun ne pense qu’à lui."

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"A la seconde ou ça sera terminé, ça reprendra comme avant"

Plus la mise en stand-by du circuit s’étend, et plus Simon a l’impression qu’elle n’est pas exploitée pour une remise en question efficace, et ce malgré un souci de répartition des gains prégnant : "Ce qui se passe avec l’arrêt forcé du circuit a tellement mis en lumière que les joueurs ne sont pas protégés qu’à la fin, c’est à nous de payer ceux qui ne gagnent pas d’argent (…) Cette période aurait dû servir à voir que cela ne fonctionne pas comme cela devrait, et à modifier le système en profondeur. Sauf que tout le monde est en train de réfléchir à des ajouts cosmétiques. Les coaches sur le terrain, des formats différents, un super tie-break etc."

Pour autant, Simon n’est pas inquiet pour son sport sur le long terme. Il ne doute pas de sa pérennité : "Je suis assez serein. Quand la vie reprendra, les gens viendront voir du tennis. Forcément, des petits tournois vont disparaître, comme dans la vraie vie, les petits commerces vont souffrir beaucoup plus. Mais s’il y en a qui doivent faire banqueroute, d’autres les remplaceront. De ce point de vue-là, il n’y aura pas d’avant ou d’après épidémie pour moi." Il en est convaincu : "A la seconde ou ça sera terminé, ça (le tennis) reprendra comme avant." Avec ses qualités et ses défauts.

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