"Je ne vois pas ça comme la fin du monde." Daniil Medvedev a l'art de la formule et sait présenter les choses d'une manière qui reflète le plus fidèlement possible son état d'esprit. Non, ce Masters 1000 d'Indian Wells n'était pas fondamental pour lui, surtout après être allé chercher le premier titre du Grand Chelem de sa jeune carrière à Flushing Meadows. Non, il n'a pas évolué à son plus haut niveau de jeu. Mais ces constats, aussi justes soient-ils, n'empêchent pas celui qui était tête de série numéro 1 dans le désert californien d'être légitimement déçu. L'occasion était belle, grâce à la confiance qui était la sienne, d'aller loin dans un tournoi qui ne lui avait pas réussi jusqu'ici. Il l'a manquée.
Le longiligne Russe n'avait, il est vrai, jamais fait aussi bien que ce huitième de finale à Indian Wells, mais au vu de sa forme récente sur dur, il était en droit d'espérer beaucoup mieux et ne le cachait pas avant son entrée en lice. Certes, tout n'était pas réuni pour qu'il exprime 100 % de son potentiel tennistique : la surface abrasive et les trajectoires de balles bombées ne lui convenaient pas, ce qu'il n'a pas manqué de rappeler.
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Un objectif inavoué qui a peut-être pesé

"Personnellement, je ne me souviens pas d'avoir perdu quatre fois d'affilée mon service sur dur. Ça montre à quel point les conditions sont lentes... Un peu comme la terre battue, que je n'apprécie pas (sourires). C'est juste inacceptable de perdre autant de fois sa mise en jeu. Je savais que pour moi en journée, la balle allait être plus dure à contrôler. C'est pour ça que j'avais demandé à jouer la nuit mais ce n'était pas possible car j'avais eu un jour off tandis que ceux qui avaient joué mardi ne pouvaient qu'être programmés en soirée. Pas de problème", a-t-il indiqué après sa sortie de piste. La sévérité de son jugement était à la hauteur de sa motivation et ses attentes.
Medvedev n'a pas souffert d'une décompression, même inconsciente, post-US Open. D'ailleurs, tout se passait pour le mieux pour lui dans ce huitième de finale face à Grigor Dimitrov jusqu'à 6-4, 4-1 double break. Plus que la défaite, c'est donc la manière qui interpelle : comment ce match a-t-il pu lui échapper alors que sa marge (au score) était si importante et la ligne d'arrivée si proche ? Si les conditions de jeu étaient le principal facteur, le Russe en aurait vraisemblablement souffert avant.
Dimitrov a beau avoir été brillant - Medvedev l'a d'ailleurs volontiers concédé -, peut-être le Russe a-t-il payé autre chose, un objectif inavoué : celui de lancer une fin de saison folle avec potentiellement la place de numéro 1 mondial à conquérir. En cas de doublé US Open-Indian Wells, Medvedev serait revenu à moins de 1000 points de Novak Djokovic à la Race (990). Autant dire que la course pour le trône aurait été totalement relancée. Le Serbe aurait vraisemblablement fait son grand retour à la compétition à Parsi-Bercy avec une pression certaine, tandis que son principal challenger serait arrivé dans la capitale française le vent dans le dos.

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Je me sentais épuisé durant ce tournoi
Assuré de près de 2000 unités de marge (1900) après Indian Wells, le "Djoker" a désormais de quoi garder le sourire et dormir sur ses deux oreilles. Mathématiquement, Medvedev peut encore y croire : en admettant qu'il joue toutes les semaines (à commencer par l'ATP 250 de Moscou dès lundi devant son public, qu'il n'a plus disputé depuis 2018) et gagne tout, il irait chercher jusqu'à 3500 points. Mais l'hypothèse semble pour le moins farfelue, non seulement parce que Djokovic devrait être capable d'augmenter son capital, mais surtout parce que le Russe commence à tirer sur la corde de son propre aveu.
"Pour être honnête, je me sentais épuisé durant ce tournoi. Je ne pouvais pas le dire avant les matches, mais maintenant, je peux. Il s'est passé deux-trois choses concernant mon physique ici. J'ai besoin de faire attention à mon corps." Bien qu'il soit passé maître dans l'art de tout renvoyer et de faire déjouer ses adversaires, Medvedev reste humain et n'est pas increvable. A 25 printemps et après quelques années de circuit derrière lui, il connaît ses limites, même s'il essaie de les repousser.

Daniil Medvedev à Indian Wells en 2021

Crédit: Getty Images

Se trouver d'autres défis pour finir fort 2021 malgré tout

Sans la carotte du trône à aller chercher en fin de saison, saura-t-il alors se relancer pour donner un dernier coup de collier ? Le doute est permis, même s'il serait bien malavisé de le croire déjà en vacances, tant il aime se trouver des défis pour mieux les relever. Comme de devenir le premier joueur depuis Novak Djokovic il y a six ans à conserver son titre au Masters pourrait par exemple ? Pour y parvenir, sa programmation de fin de saison sera déterminante, d'autant que si les jambes pourraient lui manquer, sa motivation, elle, sera toujours là.
Pour s'en convaincre, il suffisait de le voir maugréer vers les tribunes et son coach Gilles Cervara lorsqu'il a senti le vent tourner contre Grigor Dimitrov. "Mais pourquoi contre moi ? Pourquoi il joue son meilleur tennis contre moi ? Quel est l'intérêt de faire ça aujourd'hui (mercredi) ?", s'est-il exclamé de frustration. Le volcanique Medvedev a vu sa série de 9 victoires prendre fin, il lui tarde d'en entamer une nouvelle.
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