J'ai donc dû attendre six ans pour réaliser mon rêve. Pourtant, en 2013, avant Wimbledon, j'étais complètement perdue. Il faut être honnête, ça ne sert à rien de se raconter les histoires. J'ai toujours été honnête par rapport à tout ça, quand ça n'allait pas. En 2013, je n'avais plus rien en moi. Pour une joueuse comme moi, avec un jeu très demandeur en termes d'énergie et de vivacité, c'était compliqué. J'avais du mal à me lever le matin pour aller m'entraîner. Je ne prenais plus de plaisir. J'essayais de trouver des solutions, d'autres coaches, d'autres préparateurs physiques, mais rien ne marchait.
Là, Amélie (Mauresmo) vient me donner un coup de main. La Fed Cup me fait du bien aussi, je gagne une rencontre décisive qui me prouve que je suis encore capable de remporter des matches importants. Mais j'arrive sur Wimbledon sans aucune ambition précise, peut-être pour la première fois de ma carrière. Je voulais simplement tout donner, parce que je sentais que c'était probablement un de mes derniers Wimbledon. Et puis un match, deux matches, trois matches. Je commence à sentir que, comme en 2007, tout se goupille bien. Quand je suis dans une fin de set accrochée, je m'en sors toujours. Tout tourne de mon côté. Tu sens la machine qui se remet en route.
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Marion Bartoli aux côtés de Andy Murray : les deux triomphateurs de Wimbledon en 2013.

Crédit: Getty Images

En prime, je vois toutes les têtes de série dans ma partie de tableau qui commencent à tomber les unes après les autres. Alors je joue des filles qui ont coupé ces têtes, mais elles sont moins bien classées que moi, donc j'ai plus confiance. Ce ne sont pas des filles qui me battent d'habitude. A nouveau, les planètes s'alignent et en mon for intérieur, je commence à me dire que c'est ma chance, que je ne peux pas la rater. Cette deuxième chance que j'attends depuis six ans.
Je me sens plus affûtée aussi, plus vive. Je fais de bonnes séances d'entraînement. Le kiné de la Fed Cup est là aussi pour m'aider, il soulage mon épaule. Ces douleurs insupportables que j'avais disparaissent comme par miracle. L'adrénaline aide à les masquer, aussi. Donc tu rentres à nouveau dans un cercle vertueux, dans cette spirale où tu te dis 'C'est le moment'. J'avais à nouveau cette joie de vivre, j'allais m'entraîner en étant heureuse.
Pour ma deuxième finale, j'affronte Sabine Lisicki, qui m'avait battue deux ans plus tôt en quarts de finale. Mais moi, j'ai déjà l'expérience d'une finale à Wimbledon. Elle, non. Avant d'entrer sur le Centre Court, tu es dans cette petite antichambre. Là, je croise son regard et je me revois dans ses yeux six ans plus tôt, pétrifiée de stress. Je me dis 'ça va être mon match, je ne vais pas perdre cette finale'. Si j'avais joué Radwanska, face à qui j'avais toujours perdu, j'aurais peut-être été dans un autre état d'esprit. Mais Lisicki la coiffe sur le poteau à la fin. Encore un petit signe du destin. C'est aussi Lisicki qui sort Serena cette année-là. Si j'avais dû jouer Serena, ça n'aurait pas été pareil...
Sur le court, pendant la finale, Amélie est là. Chaque fois que je la regarde, je sens beaucoup de bienveillance chez elle. Il y a aussi mon papa qui est là pour cette finale. Bref, je sens beaucoup d'apaisement intérieur. En 2007, je passais mon temps à me dire 'Il faut que j'y arrive, il faut que j'y arrive'. Là, je pense juste à dérouler mon tennis. J'étais dans un autre état d'esprit.
Je mène 6-1, 5-1 15-40. Elle est complètement perdue, moi je ne ratais pas une balle. A ce moment-là, je me dis 'C'est bon, j'ai gagné Wimb''. Et là... Evidemment, chaque seconde d'avance que j'avais jusque là devient une seconde de retard, parce que j'ai les chaussures collées au sol. Mon jeu de jambes s'arrête. Je retourne moins bien, elle me met un coup droit gagnant, puis une volée liftée et ça fait 5-2. Au moment où je sers pour le match, je rate la cible de 20 centimètres et elle peut retourner plus facilement. Tout s'inverse. 5-3. Le jeu suivant, je n'essaie même pas m'en occuper. Je me concentre déjà sur mon prochain jeu de service à 5-4.
Là, je me revois très bien être assise sur ma chaise au changement de côté. Je me dis : 'Bon, c'est très simple, avec la dynamique qu'elle a, si ça fait 5-5, tu perds cette finale. C'est le jeu de ta vie. Tout ce que tu as mis en place depuis plus de 20 ans, c'est maintenant ou jamais.' J'avais une minute pour faire une sorte d'auto-coaching mental et me remettre dedans.
On le voit sur les images, quand je me relève, je suis déterminée, je fais des talons-fesses. J'y vais conquérante, pas avec la peur au ventre. Je crois que je finis sur un jeu à 40-0. Je sors quatre premières balles et je termine par un ace. Le plus bel ace de ma vie. J'avais à la fois la conscience de ce qui se jouait, donc ne surtout pas le nier, mais aussi la certitude de ne pas passer à côté. Oui, je m'étais plantée à 5-2, mais je ne me planterais pas à 5-4.
Deux ans plus tôt, je n'avais pas gagné le tournoi mais j'avais vécu un très grand moment en battant Serena Williams en huitièmes de finale. Je pense que c'est un des meilleurs matches de ma carrière. Quand je revois la vidéo de ce match, j'ai l'impression de voler sur le terrain. Je fais 16 aces ce qui, par rapport à mes stats habituelles, était extrêmement élevé. C'est dans le top 3 des matches de vie. Voire le meilleur. Puis battre Serena en Grand Chelem, sur gazon, il n'y en a pas beaucoup qui l'ont fait. Tennistiquement, c'était une apothéose. Ça me montrait que j'avais quand même quelques qualités et que je n'étais pas totalement une sous-douée (rires).
C'était spécial, parce que j'avais un respect colossal pour elle, de l'admiration pour la championne, de l'affection pour le personnage parce que j'adorais ce qu'elle représentait. Je jouais contre la plus grande joueuse de l'histoire. Mais pendant deux heures, il faut mettre tout ça de côté. Je n'ai jamais ressenti contre une autre joueuse ce que je ressentais contre elle. C'est-à-dire que, face à Serena, ça ne dépendait pas du tout de moi. Quoi que je fasse. Sauf peut-être dans ce match à Wimbledon où je frappais tellement fort, je prenais tellement de risques, je collais mes aces à 175-180 km/h sur la ligne. Peut-être que ce jour-là, ça dépendait un tout petit peu de moi. Et encore, c'était très serré, ça se joue à rien sur le tie-break du deuxième set. Si elle prend cette deuxième manche, elle gagne en trois. Ça reste un superbe souvenir.
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