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Indian Wells vintage : Djokovic - Federer 2014, savoureux sommet dans le désert

Indian Wells vintage : Djokovic - Federer 2014, savoureux sommet dans le désert

Le 14/03/2020 à 21:44Mis à jour Le 15/03/2020 à 14:23

INDIAN WELLS - Il n'y aura pas de tennis à Indian Wells cette année (merci le coronavirus). Cela nous laisse un peu de temps pour nous replonger dans les grandes heures du tournoi. Chaque jour, retour sur une page marquante ou un match inoubliable restés dans l'histoire du Masters 1000 californien. Cap sur 2014 et une finale aussi indécise que savoureuse entre Novak Djokovic et Roger Federer.

Novak Djokovic - Roger Federer

Edition : 2014
Tour : Finale
Vainqueur : Novak Djokovic (Serbie)
Adversaire : Roger Federer (Suisse)
Score : 3-6, 6-3, 7-6 (3)

Depuis quinze ans qu’ils se partagent les rênes du circuit avec Rafael Nadal, Roger Federer et Novak Djokovic n’ont cessé d’étonner et de repousser leurs limites. Mais si la longévité de leur mainmise sur le circuit impressionne, elle masque les périodes de doutes qu’ils ont connues tour à tour. Le Suisse et le Serbe ont eu, au cours de leurs carrières, plusieurs vies tennistiques, et leurs retrouvailles en finale à Indian Wells en ce dimanche 16 mars 2014 marquent un tournant dont on ne peut comprendre la portée qu’en se replongeant quelques mois plus tôt.

A la fin de l’exercice 2013, Nadal a repris le pouvoir après deux ans de règne quasi sans partage du "Djoker". Battu en demi-finale à Roland-Garros et en finale de l’US Open par son rival majorquin, le Serbe n’a qu’une obsession à l’intersaison : retourner le rapport de forces à son avantage. Inspiré par la réussite nouvelle d’Andy Murray, qui a remporté à Wimbledon son deuxième Majeur en deux ans sous la férule d’Ivan Lendl, il décide de faire appel à l’ex-champion allemand Boris Becker pour renforcer son équipe, et pourquoi pas combler les rares lacunes de sa panoplie technique comme le jeu à la volée.

TENNIS Novak Djokovic 2014 Indian Wells

TENNIS Novak Djokovic 2014 Indian WellsPanoramic

La rivalité Becker-Edberg remise au goût du jour

"Boris apporte un regard frais, et associé à Marian (Vajda), ce sera une combinaison gagnante. C’est une vraie légende, qui a une grande connaissance du tennis, et son expérience m’aidera à gagner de nouveaux trophées et des Grands Chelems", estime alors Djokovic. Pour Federer, la situation est plus critique encore. Gêné régulièrement par son dos en 2013, le Suisse de 32 ans commence à faire son âge : éliminé à la surprise générale dès le 2e tour sur son gazon chéri à Londres, il n’a pas réussi à faire mieux qu’un huitième de finale catastrophique (pour lui) face à Tommy Robredo à Flushing Meadows.

Les oiseaux de mauvais augure lui prédisent une fin de carrière difficile, mais le "Maestro" a encore plus d’un tour dans son sac. Il suit aussi la nouvelle mode, s’adjoignant les services de son "héros d’enfance" Stefan Edberg, et change de raquette, s’offrant un tamis un peu plus large qui tolère mieux les erreurs de centrage et lui donne plus de puissance. Et les résultats sont quasiment immédiats en 2014 : bien que battu par Nadal en demi-finale, l’Open d’Australie marque son retour aux affaires. Un renouveau confirmé par sa victoire à Dubaï quelques semaines plus tard, avec au passage un Djokovic renversé en demi-finale (3-6, 6-3, 6-2).

Roger Federer et Stefan Edberg à Wimbledon en 2014

Roger Federer et Stefan Edberg à Wimbledon en 2014Getty Images

Sorti en quart de finale à Melbourne par Stan Wawrinka, alors qu’il n’y avait plus perdu depuis 2010, le Serbe traverse une période incertaine, du moins au regard de ses standards depuis 2011. Moins confiant que les années précédentes à pareille époque et plus emprunté dans son jeu, le numéro 2 mondial pose pourtant la première pierre de son retour sur le trône à Indian Wells. Bousculé par le modeste Colombien Alejandro Gomez, 91e mondial, au 3e tour (6-1, 3-6, 6-1), puis par Marin Cilic (1-6, 6-2, 6-3) en huitième, il doit aussi s’employer pour terrasser John Isner en demie (7-5, 6-7, 6-1). Dans le même temps, Federer, lui, se balade, n’abandonnant pas le moindre set en route.

Federer à l'abordage, Djokovic en résistance

Le combat des chefs tant attendu tient alors ses promesses, alors que les caméras ne se privent pas non plus de mettre en scène un autre duel Becker-Edberg, dans les tribunes cette fois. Surfant sur sa dynamique du moment, le Suisse prend à la gorge son rival : quelques retours-volées en forme d’hommage au tennis de son coach suédois, une agressivité de tous les instants, et il réalise le break d’entrée (3-0). A l’heure de ce 33e affrontement entre les deux hommes, Federer mène encore d’une courte tête dans leurs duels (17-15) et il n’a pas l’intention de lâcher la bride. Impeccable au service, il s’adjuge logiquement le premier set.

Roger Federer - Indian Wells 2014

Roger Federer - Indian Wells 2014Eurosport

Battu quelques semaines plus tôt dans le Golfe, Djokovic semble mal en point, mais il ne panique pas. Ses combats des tours précédents lui ont montré que même dominé tennistiquement, il était capable de laisser passer l’orage. Après un début de deuxième manche équilibré, le Serbe parvient à tenir un jeu de service fondamental pour rester en tête (4-3). A l’affût, il attend la baisse de régime adverse. Moins précis sur première balle (46 % seulement dans ce set), Federer baisse alors légèrement la garde, et la sanction tombe : il concède à son tour le break et les compteurs sont remis à zéro.

Dès lors, le "Djoker" a le vent en poupe, ce que confirmera sans peine son adversaire malheureux après la finale. "A la fin, il s’est assuré de remettre la balle en jeu et j’ai peut-être fait trop de fautes directes quand les points comptaient vraiment. Mais je pense qu’il a réussi à se sortir d’une demi-heure importante entre le milieu du deuxième set et le troisième, où les choses auraient pu tourner autrement. Mais bravo à lui d’avoir su serrer le jeu, gagner la deuxième manche et enlever le tie-break final", analyse-t-il. Plus solide, moins pressé par la vitesse de la balle adverse que sur le dur rapide de Dubaï, le Serbe a réussi à renverser une dynamique qui lui semblait bien défavorable.

Un tournant mental majeur

Jusqu’au bout, cette finale a eu du mal à choisir son camp. Bien que rapidement mené d’un break dans le dernier acte, Federer réussit ainsi à refaire son retard alors que son adversaire servait pour le titre à 5-4. Mais dans la tête, Djokovic, insubmersible, résiste finalement à la pression. "J’ai eu ces trois matches contre Marin Cilic, la demi-finale et la finale, où j’ai joué à chaque fois trois sets très tendus, très durs sur le plan émotionnel. Ca s’est joué à quelques points qui auraient pu aller dans les deux sens, et c’est allé dans le mien. Je suis resté solide mentalement, et c’est quelque chose qui m’encourage beaucoup et qui booste ma confiance, du moins je l’espère, pour le reste de la saison", confesse-t-il, extatique.

Il ne croit pas si bien dire, puisqu’un nouveau doublé l’attend à Miami. Après quelques semaines de flottement, son nouvel attelage avec Boris Becker trouve ses marques, une collaboration qui accouchera de six titres en Grand Chelem en trois ans. Et cette finale à couteaux tirés dans le désert californien a certainement pesé lourd dans la course à la place de numéro 1 mondial entre les deux hommes en 2014. Bien que vainqueur trois fois sur cinq de Djokovic cette année-là sur le court (il a déclaré forfait en finale du Masters à cause d’un dos en vrac), Federer aura perdu les duels les plus importants à Indian Wells donc, et à Wimbledon.

En élargissant la perspective, on peut même y voir le début d’un complexe du Bâlois dans les sets décisifs face à son rival serbe. L'année suivante, il connaît ainsi le même sort sur la même scène, même si le suspense est moindre dans la troisième manche. Bien que supérieur parfois dans le jeu, le "Maestro" a souvent flanché depuis dans les moments brûlants, leur dernier duel sur le gazon londonien est là pour le rappeler.

Novak Djokovic dans les bras de Boris Becker après sa victoire à Wimbledon 2014

Novak Djokovic dans les bras de Boris Becker après sa victoire à Wimbledon 2014AFP

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