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Alors Roger Federer, on manque de respect au circuit ?

Alors Roger, on manque de respect au circuit ?

Le 17/04/2018 à 16:00Mis à jour Le 17/04/2018 à 16:05

MONTE-CARLO - Absent pour la saison de terre battue, Roger Federer a vu des voix s’élever pour critiquer son choix de zapper l’ocre cette saison encore. Un fait assez rare pour être souligné tant le Suisse a souvent fait l’unanimité sur le circuit. Mais, à 36 ans et étant donné ses objectifs, redéfinir son calendrier n’a rien d’illogique. Au contraire. N’en déplaise à ses détracteurs.

Il y a des petites musiques qui caressent l’oreille et flattent l’ego. Celle qualifiant Roger Federer de plus grand joueur de l’histoire du jeu est évidemment de celle-là. Si souvent fredonnée, elle est devenue entêtante pour beaucoup. Pour lui, ce sera louanges à gogo. Et son retour improbable et éclatant l’an passé a ajouté quelques lignes à un refrain déjà dithyrambique.

Il y en a d’autres qui, en revanche, dérangent l’ouïe. Surtout celle du numéro 2 mondial. Et qui font siffler ses oreilles comme rarement. Celle qui se joue actuellement sur le circuit fait partie de ceux-là. Un résumé simple : Roger Federer manque de respect au tennis mondial en choisissant de manière stratégique de faire l’impasse sur la saison de terre battue. Manque de classe et de panache pour certains, alléchés par l’idée de revoir un "Fedal" sur terre.

Roger Federer

Roger FedererGetty Images

Une réaction d’amoureux transi

Le chef d’orchestre de la symphonie - ou cacophonie, c’est selon - est Espagnol. Et présente l’avantage d’avoir le même âge que Roger Federer. Feliciano Lopez n’a pas le même palmarès que "Rodgeur" mais a une certaine vision du calendrier ATP. En officialisant sa participation au Masters 1000 de Madrid, il a d’abord prouvé qu’à 36 ans, on pouvait encore s’aligner sur terre battue.

Mais c’est finalement la seconde partie de son argumentaire qui doit être mise en avant et analysée : "Je veux que Federer joue à Madrid de nouveau avant sa retraite". Comme un artiste sur sa dernière tournée, la rock-star Federer suscite des déceptions. Des amoureux transis qui espèrent revoir sa classe sur l’ocre et se retrouvent sans possibilité d’acheter un ticket pour le rappel.

Car plus les jours passent, plus Roger Federer s’éloigne d’un match sur la surface orangée. C’est ainsi. Il faut s’y faire. Comme une rupture obligée contre laquelle il n’y a pas grand-chose à faire de plus qu’à l’accepter. Au fond, en tant que Français, nous faisons probablement partie de cette caste-là. Privés du Roi Roger depuis 2015, nous avons été les principales victimes des blessures et autres choix stratégiques du numéro 2 mondial. Mais le réalisme s’impose à nous. Pour revoir le Suisse fouler le sol français, il faudra davantage surveiller la porte de Bercy que celle d’Auteuil. C’est notre dernière chance.

Roger Federer lors de sa dernière apparition à Roland-Garros, en 2015.

Roger Federer lors de sa dernière apparition à Roland-Garros, en 2015.Eurosport

La peur de Nadal ?

Beaucoup, taquins, y ont vu une peur de l’ancien patron du circuit de revivre ses cauchemars passés sur l’ocre. Il faut dire qu’il y a de quoi paniquer. Car entre les deux, ce n’est pas un match sur terre battue. C’est un carnage. L’Espagnol mène 13-2 sur la surface, dont un sévère 5-0 à Roland-Garros, où Rafa a toujours martyrisé le Suisse (15 sets à 4).

Alors, les chocottes Roger ? Il n’y aurait sûrement rien de déshonorant à avouer avoir quelques sueurs froides à l’idée d’affronter le meilleur joueur de l’histoire de l’ocre sur son terrain de jeu favori. Mais, plus que la peur, c’est davantage de la résignation positive qu’a choisi l’homme aux 20 titres du Grand Chelem.

Roger Federer et Rafael Nadal avant la finale de Roland Garros en 2011

L’idée, là encore, est limpide : Roger Federer n’a presque jamais réussi à prendre le meilleur sur Nadal sur terre battue. Pas dans ses plus belles années, au sommet de son art, physique et tennistique. Ce n’est pas maintenant, à 36 ans, qu’il va y parvenir.

Surtout quand on regarde le bilan de l’Espagnol en 2017 sur terre : une petite défaite à Rome mais surtout une Decima conquise sans perdre un set. À part un suicide sportif en mondovision, qu’aurait à gagner Federer ? Du panache ? Du mérite ? Du fair-play ? Sans faire offense à ceux qui le critiquent, il a déjà assez prouvé dans ces domaines pour ne pas recevoir de leçon.

Vidéo - Le tuto : pourquoi Nadal va encore tout écraser sur terre

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La stratégie du bis-repetita

Beaucoup avaient compris son choix de 2017, pourquoi n’en serait-il pas de même en 2018 ? Surtout quand on se souvient du succès de son plan. Son début de saison rêvé avait laissé les romantiques espérer. Mais, comme sur les cours, RF a fait gagner la raison.

"On a convenu avec mon staff que c’était plus facile de rester sur deux surfaces que sur trois en ce moment. J'aimerais encore jouer le plus longtemps possible", avait expliqué le Suisse à Miami, visiblement fatigué, après sa défaite face à Thanasi Kokkinakis (3-6, 6-3, 7-6). En bon communicant, Federer avait adouci son discours.

Car la réalité est connue de tous : le Suisse a beaucoup plus de chances de remporter un nouveau sacre en Majeur à Londres ou New York qu’à Paris. Autant les optimiser en sacrifiant l’ocre. N’en déplaise aux mécontents. Voilà pour la porte ouverte enfoncée. Mais, apparemment, c’est encore nécessaire pour certains. Cette petite musique, beaucoup l’oublieront si le Suisse parvient à rééditer sa stratégie payante lors de la suite de la saison. En dominant le circuit. Sans lui manquer de respect.

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