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Nadal ? Pas de panique !

Nadal ? Pas de panique !

Le 14/05/2019 à 21:57Mis à jour Le 15/05/2019 à 11:14

Rafael Nadal n'a plus remporté le moindre titre depuis neuf mois. Une disette surtout inquiétante depuis le début du printemps et le retour sur terre battue, où l'Espagnol affiche une fragilité inédite ces dernières années. A deux semaines de Roland-Garros, faut-il vraiment activer le mode panique du côté de Manacor ? Pas forcément.

Sur Twitter, à quelqu'un qui pronostiquait ce week-end que, je cite, "Nadal ne ferait rien à Roland-Garros", je rétorquais "tout dépend ce que vous entendez par 'rien'". Réponse sans appel : "avec Rafa, 'rien' signifie ne pas gagner le tournoi". A l'instar de Roger Federer en 2008 à Melbourne, lorsque le Suisse avait été stoppé aux portes d'une finale de Grand Chelem pour la première fois depuis près deux ans et demi, Rafael Nadal pourrait dire "j'ai créé un monstre".

Après sa défaite contre Stefanos Tsitsipas à Madrid, il l'a évoqué à sa manière samedi soir, dans une formule différente sur la forme mais très comparable sur le fond : "ce qui arrive en ce moment est plus normal que ce qui s'est passé depuis 14 ans". De lui, sur terre, on ne tolère que la victoire. C'est aussi injuste que compréhensible (à défaut d’être légitime) et, au fond, Nadal lui-même ne sera sans doute vraiment satisfait de sa quinzaine parisienne que s'il soulève la Coupe des Mousquetaires pour la 12e fois.

Cette hypothèse se trouve fragilisée par la tournure inhabituelle de son printemps. Trois tournois sur terre battue, pas de titre. Pas même une finale. Du jamais vu depuis 2004, un an avant la prise de pouvoir quelque peu durable sur le monde de la terre par le Majorquin. L'aspect inhabituel de la chose suffit à s'interroger sur le cas du numéro 2 mondial. Battu par Fabio Fognini à Monte-Carlo, Dominic Thiem à Barcelone et donc Stefanos Tsitsipas à Madrid, Nadal apparait dans un état de fragilité qui interpelle.

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Rien à voir avec 2015

A écouter certains, il y aurait même le feu à la maison Nadal. Si les interrogations sont légitimes, l'homme à la "Undecima" n'est pas devenu un bon à rien pour autant. La semaine romaine s'annonce certes importante pour lui. Madrid, historiquement, lui réussit (un peu) moins que Monte-Carlo, Barcelone ou Rome. Il y a aussi ce virus qui l'a affaibli juste avant le tournoi et pourrait au moins en partie expliquer l'impression laissée (et confirmée par l'intéressé) quant à son manque d'impact physique sur la terre castillane.

Si Rafael Nadal disparait à nouveau précocement en Italie, disons, au hasard, une défaite en quart contre Thiem, la jauge du doute sera plus haute que jamais. Surtout si, dans le même temps, Novak Djokovic déroule jusqu'au titre comme à Madrid. Le rapport de forces entre les deux hommes serait alors incontestablement défavorable à Rafa. Pour autant, même dans cette hypothèse, un 12e sacre parisien demeurerait très possible, à défaut d'être aussi probable qu'en d'autres temps, même récents.

D'abord parce que l'Espagnol, même fragilisé, demeure compétitif. Les comparaisons avec 2015, que j'ai pu voir circuler ici ou là, n'ont à ce stade pas grand sens. Nadal a lui-même balayé cette comparaison ("je n'ai pas gagné de tournoi mais en 2015, j'avais gagné à Buenos Aires et pourtant je peux vous dire que je me sens beaucoup mieux et plus fort qu'en 2015") et il a raison. Ce Nadal-là est sans doute plus abordable, mais ils ne seront qu'une poignée à pouvoir le battre à Roland-Garros. Le format trois sets gagnants change la donne, dans des proportions parfois sous-estimées.

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1,8% de défaites sur terre en 3 sets gagnants

Dans sa carrière, Nadal n'a perdu que 36 fois sur terre battue. Dans les rencontres en deux sets gagnants, son taux de victoires s'élève à 89,9%. Mais au meilleur des cinq manches, il grimpe à... 98,2%. Deux défaites en 113 rencontres, face à Robin Söderling en 2009 et Novak Djokovic en 2015, à chaque fois à Roland-Garros. Samedi, Stefanos Tsitsipas a accompli à son échelle un exploit mais, s'il lui avait fallu aller encore plus loin, gratter un set de plus, rien ne dit que le dénouement aurait été le même.

Dimanche, Novak Djokovic a d'ailleurs pris soin de rappeler cette dimension du problème : "Battre Rafa à Roland-Garros, cela reste le challenge ultime dans le tennis actuel. Il a perdu quoi, trois fois ? Deux ? OK. Ça en dit assez long sur la difficulté du défi." Le cas Djokovic est intéressant car il est le seul pour qui aujourd'hui pour qui cette donnée ne constitue pas un problème particulier.

Redoutable d'endurance, prêt à tous les combats physiques, Djokovic est tout aussi apte à battre Nadal à Paris que n'importe où ailleurs sur terre battue. De par l'obsession qu'était devenue la quête du tournoi parisien, le Serbe a longtemps eu un problème avec Roland-Garros, plus qu'avec Nadal. Il l'a réglé depuis 2016. Au sommet de son expression, le Djoker serait tout à fait à même de résoudre cette équation.

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Gare au boomerang

Mais si ce duel devait avoir lieu, il ne pourrait intervenir qu'en finale. Or si Nole est l'incontestable patron du circuit, sa présence sur le Chatrier le dimanche 9 juin ne peut être tenue pour garantie. La répartition des outsiders dans le tableau pèsera lourd, à commencer par Dominic Thiem. Puis, si Roland-Garros approche, sa finale est encore loin. Quatre semaines. D'ici là, quelques roues peuvent tourner. Rappelez-vous où en était Djokovic il y a huit jours. Lui non plus n’était pas exempté de questions.

Vous pouvez retourner le problème dans tous les sens, Rafael Nadal reste un des principaux candidats au titre à Roland-Garros. Après tout, on connait des joueurs clamant leur volonté de gagner Roland-Garros sans les références du Majorquin ces dernières semaines. Et il s'en faut de beaucoup.

Je ne suis pas pleinement convaincu que Rafael Nadal sera à nouveau sacré porte d'Auteuil, mais je suis persuadé qu'il en a tout à fait les moyens. Il lui manque des petites choses pour redevenir pleinement lui-même. Mais rien qui ne soit susceptible d'être corrigé. Cette propension chez certains à le sous-estimer me semble notifier aussi un manque de respect pour ce qu’il a été qu’un manque de discernement pour ce qu’il est encore. Gare au boomerang majorquin.

Rafa Nadal

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