Ils ont croisé le fer à 56 reprises. Plus que toute autre rivalité du tennis masculin dans l’ère Open. Mais il n’y a pas que sur le court que Rafael Nadal et Novak Djokovic s’affrontent. Ce début de saison 2021 en est la démonstration parfaite : alors qu’ils n’ont toujours pas joué l’un contre l’autre, ils s’adressent régulièrement quelques piques. Ce fut le cas en Australie quand le premier avait émis quelques doutes (du moins en creux) sur l’ampleur de la blessure aux abdominaux du second. Et cette semaine, alors qu’ils ne disputent pas le même tournoi, ils se sont livré une autre passe d’armes par médias interposés.
L’objet du débat ? La course aux records évidemment entre eux. Qui terminera avec le plus de Majeurs en poche entre Roger Federer (20), Nadal (20) et Djokovic (18) ? Une obsession de fans et de journalistes, diront certains. Et pourtant, pas seulement selon… l’Espagnol. "Bien sûr que je veux gagner plus de Grands Chelems, il n’y a aucun doute là-dessus. Mais ce n’est pas… Je veux dire que Novak est plus obsédé par ça, plus concentré… Pas d’une manière négative. Non, il est juste plus concentré sur ces choses, tout ça signifie beaucoup pour lui. Comme il le dit lui-même, il parle toujours de ces records, et tant mieux pour lui… Mais je n’ai pas la même approche de ma carrière dans le tennis."
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Nadal et l'obsession de Djokovic pour les records

Ces propos, Nadal ne les a pas tenus à Barcelone, où il s’entraîne actuellement avant son entrée en lice dans le tournoi. Ils datent d’il y a quelques jours, avant même sa sortie de route en quart de finale à Monte-Carlo. Il profite de cette interview accordée au quotidien britannique Metro, pour expliquer ce qui le motive toujours pour repousser ses limites, et se démarquer encore un peu plus de son rival. "J’ai une ambition saine. Bien sûr que je suis ambitieux, sinon je ne serais pas dans la position dans laquelle je suis aujourd’hui. Mais j’ai probablement une ambition d’un autre type que la sienne. (…) Je suis super satisfait de la carrière que j’ai, et c’était déjà le cas il y a des années, mais je ne me démotive pas par rapport à ce que j’aurais pu faire. Je ne me frustre pas si je perds un tournoi", a-t-il notamment ajouté.
En creux, il y a l’idée chez Nadal qu’il reste guidé par sa passion, plutôt que par la volonté absolue de laisser son empreinte dans l’histoire du jeu qui caractériserait davantage Djokovic. Cette distinction n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle faite il y a plus d’une décennie dans un autre sport par un certain José Mourinho, à la veille d’une demi-finale retour de Ligue des champions restée célèbre entre son Inter Milan d’alors et le FC Barcelone. Le technicien portugais opposait alors le rêve supposé pur des Italiens de décrocher la Ligue des champions, à "l’obsession" catalane de le faire à Santiago-Bernabeu, stade du rival honni madrilène.
Maître du "mind game", le Mou avait peut-être instillé à l’époque un supplément d’âme à son groupe en s’exprimant ainsi. Nadal s’est-il inspiré de la séquence ? On peut en douter, tant le personnage aime avant tout s’exprimer sur le court. Il a simplement dévoilé en partie son intime conviction. Mais l’entretien n’a été publié que lundi. Et son contenu est arrivé aux oreilles de Novak Djokovic en conférence de presse à Belgrade. La réponse, bien que diplomatique par bien des aspects, a été ferme.

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Je cherche à atteindre mes objectifs et je n’ai jamais eu de problème pour les verbaliser. Peut-être que certains ne peuvent pas les afficher clairement de peur de ne pas les atteindre
"Je ne peux pas parler pour lui, je ne connais pas sa façon de penser, mais il a le droit d’exprimer son opinion sur la façon dont il me voit par rapport aux records, etc. Personnellement, je n’ai pas le sentiment d’être obsédé par quoi que ce soit dans la vie. Ce que je ressens, c’est de la passion et un immense désir. Je cherche à atteindre mes objectifs et je n’ai jamais eu de problème pour les verbaliser. Peut-être que certains ne peuvent pas les afficher clairement de peur de ne pas les atteindre, mais ça ne m’a jamais semblé difficile de dire : ‘Je veux battre tel record ou atteindre tel but.’ Je ne vois pas pourquoi cela serait une mauvaise chose. Que ce soit en ce qui concerne les records, mais aussi par rapport à la politique du tennis, par exemple", a considéré le numéro 1 mondial.
En termes de ping-pong sémantique et psychologique, la séquence vaut le détour. Le Djoker n’est pas le dernier venu dans le délicat art de la communication : à sa présumée obsession, il a trouvé un équivalent pour tenter de déstabiliser. A l’entendre, si Nadal ne s’exprime pas clairement dans cette course effrénée à l’Histoire, il est possible que ce ne soit pas directement lié à l’humilité qui le caractérise, mais à une éventuelle peur de l’échec. Là aussi, les amateurs de football et de joutes verbales se souviendront d’un célèbre échange d’amabilités entre Arsène Wenger et José Mourinho en 2014, toujours lui. Soupçonné par l’entraîneur français d’Arsenal de craindre l’échec dans la quête du titre de champion d’Angleterre, le coach de Chelsea lui avait répondu qu’il en était "spécialiste".

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Une rivalité aussi attisée par la politique du tennis

En évoquant la "politique du tennis", Djokovic défend autant la nouvelle association de joueurs qu’il a créée l’été dernier avec Vasek Pospisil (la PTPA) que son action pour alléger les conditions de quarantaine en Australie voici quelques mois. Les deux sujets l’opposent à Nadal qui est revenu au Conseil des joueurs en compagnie de Roger Federer. L’Espagnol estime qu’en période de crise majeure, l’heure est plutôt à préserver l’unité, ou en tout cas à ne pas aggraver potentiellement les dysfonctionnements de la gouvernance du tennis mondial. Il a également reproché implicitement à son rival de vouloir monopoliser l’attention médiatique.
Bien que plusieurs centaines de kilomètres les séparent entre Barcelone et Belgrade, les deux mastodontes n’ont donc pas eu besoin de croiser le fer pour entretenir le feu de leur rivalité. De quoi plus que jamais avoir envie d’en découdre à Roland-Garros. Mais avant un éventuel règlement de comptes en finale du côté de la Porte d’Auteuil, ils ont du chemin. Car sportivement, leurs trajectoires actuelles sont plutôt semblables : celles de deux favoris qui n’ont pas été à la hauteur des attentes et qui sentent que la concurrence de la jeune génération s’intensifie.

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Avant la grande explication à Roland, une mission commune : mater encore la jeune génération

"Medvedev, Zverev, Tsitsipas, Thiem – même s’il n’est pas aussi jeune que les autres – bien sûr Shapovalov, Félix (Auger-Aliassime), Rublev (contre lequel il a d’ailleurs perdu à Monte-Carlo, NDLR)… C’est une génération avec de super joueurs qui ont de la puissance et du potentiel. Nous verrons ce qui se passera dans les deux prochaines années", a souligné Nadal.
Même son de cloche du côté de Djokovic qui sent les jeunes pousser derrière eux. "Rafa, Roger et moi, on va devoir accepter de ne plus être dans les premières places car d'autres vont nous remplacer, c'est le cycle de la vie. On va continuer à tout donner contre ces jeunes. Ils sont forts, ils jouent bien et ils sont motivés", a-t-il affirmé dans le sillage de la finale Tsitsipas-Rublev sur le Rocher.
Car pour continuer à écrire l’Histoire et à repousser les limites de l’impossible, il faudra bien continuer à mater ces jeunes ambitieux. Et cette semaine, en Espagne comme en Serbie, ils n’auront qu’un objectif commun : celui d’accumuler les victoires et de faire respecter leur statut de tête de série numéro 1, pour faire oublier leurs "accidents" à Monte-Carlo. A moins d’un mois et demi de Roland, le face-à-face psychologique a commencé, autant qu’une course contre-la-montre pour s’avancer dans les meilleures conditions possibles face à leur destin.
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