Vous voilà donc directeur d'un tournoi WTA 125 000. Racontez-nous la genèse de ce projet.
Nicolas MAHUT : J'ai toujours eu cette envie de créer un évènement chez moi, parce que j'estime que le tennis m'a tellement apporté ces 25 dernières années, que je ressentais le devoir d'une certaine manière de rendre ça au tennis. C'est une idée que j’ai eu en tête tout au long de ma carrière. Il y a sept huit-ans, je suis venu jouer une exhibition à l'Arena Loire (basée à Trélazé, près d’Angers, cette salle inaugurée en 2013 offre une capacité de 5000 spectateurs en configuration sport, NDLR), et je me suis dit "là, on a un outil qui nous permet de faire un vrai bel évènement."
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De l'envie et l'idée à la matérialisation, le chemin a-t-il été long ?
N.M. : Depuis un an et demi, c'est devenu plus concret. J'ai rencontré les différentes institutions, le maire d'Angers, le maire de Trélazé, le président de région, etc. Je voulais faire un évènement d'une certaine qualité, et durable. Un projet comme celui-ci, c'est un million d'euros de budget, donc il nous fallait le soutien des collectivités. Sans elles, ce projet n'aurait pas vu le jour. Elles ont été enthousiastes au fait que ce soit moi, un local, un Angevin, qui s'investisse dans le sport féminin. J'ai reçu beaucoup de retours positifs.
Le paradoxe, c'est que vous lancez cet évènement dans une période très difficile pour les organisateurs...
N.M. : Oui, c'est un vrai défi de me lancer au moment où les conditions sanitaires incitent plus à l'annulation de tournois qu'à la création. C'est un challenge supplémentaire de mener ce projet à bien. Evidemment, le contexte nous incite à une grande prudence. C'est certain. On travaille déjà sur plusieurs options, sur le fait de pouvoir s'adapter, avec une jauge réduite ou pas.
Vous restez optimistes malgré tout ?
N.M. : Le fait d'être positionné au mois de décembre, ça nous laisse un peu de temps ce qui, encore une fois, ne nous empêche pas de travailler sur différents scénarios et des adaptations possibles. On espère avoir une édition "normale" et si ce n'est pas possible, on discutera avec les différentes parties, les partenaires privés, les villes d'Angers et de Trélazé, pour savoir si c'est judicieux ou pas de la garder, mais je reste très optimiste. Ce qui m'a agréablement surpris, c'est que malgré le contexte économique que l'on connait, il y a un soutien très fort de nos partenaires.
Prenez-vous du plaisir dans ce nouveau rôle ?
N.M. : Pour moi, c'est un défi, une totale découverte de voir comment ça se passe de l'autre côté. C'est assez lourd comme organisation. Ça me permet de rencontrer d'autres acteurs. C'est une expérience très riche. Je ne suis pas tout seul, je me suis entouré. Il y a une agence, Rivacom Events, qui a l'expérience de l'organisation d'évènements. J'ai un directeur opérationnel, Mathieu Blesteau. Parce que tout seul, en étant encore en activité, ça n'aurait pas été envisageable.
Avec ce rôle, vous passez de l'autre côté du miroir. Avez-vous rencontré des problèmes qu'en tant que joueur, vous ne soupçonniez pas ?
N.M. : Il y a des décisions à prendre, certaines promesses qui ne sont pas tenues, des engagements sur lesquels on revient. Pour moi, c'est aussi l’apprentissage de la patience. Je suis quelqu'un de très impatient, j'ai envie que les choses aillent vite. Mais on a mis un an et demi pour faire une conférence de presse et lancer officiellement le projet. J'apprends. Tous les jours.
Est-ce le début d'une reconversion ? Nicolas Mahut directeur d'un plus grand tournoi, un jour, en France, est-ce envisageable à long terme ?
N.M. : L'important, c'était de le faire à Angers. C'est ce que je voulais. Je n'ai pas de plan de carrière ou d'idée de reconversion. Je vais mettre autant d'exigence dans cette mission que j'en ai mis dans ma carrière de joueur. J'ai envie de proposer quelque chose de qualité pour les joueuses, pour les gens qui viendront voir le tournoi et pour nos partenaires. Mais comme je vois ce qu'il peut y avoir derrière votre question, non, je n'ai pas fait de plan sur autre chose (sourire). Je veux faire rayonner ma ville, lui offrir un bel évènement.
L'idée, c'est d'ancrer ce nouveau tournoi dans la durée ?
N.M. : Oui, c'est l'idée. Ne pas faire qu'un ou deux ans mais s'installer dans la programmation durablement, que ce soit un rendez-vous récurrent important. Ensuite, pourquoi pas grandir, devenir un plus grand tournoi.
Quels sont vos objectifs en termes de plateau pour cette première édition ? Convaincre, déjà, les meilleures joueuses françaises ?
N.M. : Sur un 125 000, le règlement dit que l'on ne peut pas avoir de joueuses du Top 10. L'inscription se fait à partir de 50, mais on peut avoir jusqu'à six wild-cards dans les 50 premières mondiales. C'est aussi pour cela que j'ai demandé à Pauline (Parmentier, NDLR) de me rejoindre en tant qu'ambassadrice. Une de ses missions, ce sera de parler aux joueuses françaises, d'essayer de les convaincre de venir. On veut en priorité avoir les joueuses de l'équipe de France. J'espère qu'elles répondront à l'appel. C'était aussi une demande de leur part d'avoir plus de tournois, donc j'espère qu'elles viendront. Le fait de l'avoir mis la semaine avant Limoges, je me dis que ça peut être l'occasion pour elles de faire une mini-tournée avant de partir en Australie. Tous les éléments sont réunis pour avoir un maximum de joueuses.

L'équipe de France de Fed Cup à Trélazé, en 2016, lors de la demi-finale contre les Pays-Bas.

Crédit: Getty Images

Vous êtes directeur, mais vous êtes toujours joueur. Comment avez-vous vécu cette dernière année, si particulière ?
N.M. : Ce n'est pas une période facile. Au début, les joueurs étaient vraiment contents de reprendre, de retrouver le circuit, même si c'était dans des bulles sanitaires. Ce n'était pas spécialement mal vécu. Ils ont aussi accepté des baisses drastiques de prize money parce que c'était important de pouvoir reprendre notre activité, tant pour les joueurs que pour les tournois. C'est vrai que c'est beaucoup plus difficile aujourd'hui, et je ne parle pas spécialement de manière personnelle mais de façon globale.
Vous l'avez ressenti en Australie ?
N.M. : Je vois de plus en plus de joueurs ou de joueuses qui acceptent d'être en isolement avant de pouvoir s'entrainer, de ne pas pouvoir voyager en famille. Il y a beaucoup de contraintes. Après, l'Australie, ce qui était bien, c'est que, s'il y a eu deux semaines difficiles en arrivant, après, on a eu un semblant de vie normale, on pouvait aller au restaurant, sortir librement. Il y avait du public, ça nous a fait beaucoup de bien aussi. Je pense que c'est dans cette direction que le circuit devrait évoluer, c'est-à-dire essayer de regrouper des tournois à un endroit, pour que les joueurs puissent vivre plus normalement. Et peut-être voyager en famille.

Nicolas Mahut lors de l'ATP Cup en 2021.

Crédit: AFP

Gilles Simon a annoncé qu'il avait besoin de couper parce qu'il vivait assez mal cette période. Cela vous a surpris ?
N.M. : En tout cas, c'est une décision que je comprends. On en a beaucoup parlé avec Gilles, parce qu'on a partagé la quarantaine ensemble en Australie. Ça devient compliqué de voyager dans ces conditions, sans famille. De jouer sans public le plus souvent.
Vous posez-vous ce genre de questions ?
N.M. : Non, je ne ressens pas tellement ça. Parce que je sais pourquoi je le fais. J'ai vraiment les Jeux Olympiques dans la tête. Il est évident que si la situation devait perdurer, après les Jeux, ou l'année prochaine, ma motivation en prendrait un coup.
Sans les Jeux de Tokyo, vous auriez coupé, vous aussi ?
N.M. : Disons que j'aurais certainement fait des choix. J'aurais pu me permettre de le faire, parce que le classement nous protège pour le moment. Par exemple, je ne serais sans doute pas allé aux Etats-Unis, à Miami. J'aurais pris le temps de rester en famille, de préparer tranquillement la saison sur terre battue. Donc, oui, je peux comprendre qu'on prenne ces décisions.

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