Federer jouera au moins une demie en Grand Chelem

Par Maxime BATTISTELLA
Quand on connaît le pedigree du bonhomme, ce "pari" peut sembler manquer d'audace. Au sommet de son art, Roger Federer a joué pas moins de 23 demi-finales d’affilée en Majeur. C’est dire si à son échelle un dernier carré est presque un non-événement. D’ailleurs lors de ces trois dernières apparitions sur les plus grandes scènes, il y est parvenu à deux reprises : une finale à Wimbledon en 2019 et une demie à Melbourne l’an passé, pour un quart à Flushing dans l’intervalle.
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IL Y A UNE HEURE
Oui mais voilà, le temps fait tout de même son œuvre et le vieux bougre a les jointures qui couinent. Son genou droit, "arthroscopié" à deux reprises en 2020, l’aura tenu un petit peu plus d'un an (dans le meilleur des cas) éloigné du circuit. Aussi talentueux soit l'animal, retrouver le rythme et un physique capable d’encaisser plusieurs matches au meilleur des cinq sets sera un véritable défi. Ce n'est d’ailleurs pas un hasard si Federer a zappé l’Open d’Australie : il ne se sentait tout simplement pas capable d'aller chercher la gagne.
Or, le bonhomme ne fonctionne qu'à ça : la certitude qu'il pourra encore jouer les premiers rôles. Sinon, il ne reviendra pas. Et c'est d’ailleurs bien pour ça que, malgré son genou flageolant et ses soucis dorsaux récurrents la quarantaine approchant, je le pense capable d’aller encore en demi-finale d’un Grand Chelem. Même s’il ne devrait avoir que deux chances d'y parvenir : Wimbledon et l'US Open. Melbourne déjà aux oubliettes, il paraît hasardeux de l’imaginer hypothéquer un été très chargé (avec les Jeux de Tokyo) sur l’exigeante terre battue de Roland-Garros.
Alors que Federer lui-même a envisagé la possibilité qu’il ne puisse pas reprendre le cours de son immense carrière, une demie en Majeur serait une sacrée performance. La renaissance époustouflante de 2017 serait sans doute trop demander, mais en 2016, à Wimbledon, il avait frôlé la finale sur une jambe (à l’époque, c’était le genou gauche qui grinçait). Raquette en main, aucune raison donc que la magie n'opère plus : le voir rééditer l’exploit avec un bon tirage ne relève pas de la chimère, j’en suis convaincu.

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Djokovic ne remportera pas plus d'un Grand Chelem

Par Rémi BOURRIERES
Je suis toujours un peu surpris quand j'entends dire qu'il ne fait aucun doute, au rythme où il va, que Novak Djokovic rejoindra et dépassera rapidement Roger Federer et Rafael Nadal au nombre de Grands Chelems remportés. Cela revient, je trouve, à banaliser la valeur et la difficulté d'une victoire dans un tournoi majeur. D'accord, c'est un peu sa faute, à Djoko. Durant la décennie écoulée (2011-2020), il en a empilé 16, au rythme moyen de quasiment deux par saison si on enlève 2017, la seule où il n'a rien remporté car il était blessé. Vu comme ça, ça a l'air facile, c'est vrai. Ça ne l'est fichtrement pas.
Et ça va l'être d'autant moins pour le Serbe qu'il aura bientôt 34 ans, un âge où malgré l'allongement de la durée des carrières, l'air des sommets commence à se raréfier. La coupure "covidienne" de la saison 2020 n'a pas semblé avoir les meilleurs effets sur lui et la reprise a montré deux choses :
1. Sa marge sur ses rivaux s'est amincie
2. Il semble se mettre une énorme pression sur cette histoire de palmarès des Grands Chelems, un objectif dont il est le seul du Big 3 à avouer qu'il compte énormément à ses yeux.
Je fais partie de ceux qui pensent que Novak Djokovic est le joueur le plus fort du monde (de l'histoire ?) mentalement, peut-être aussi physiquement. Ce sont clairement les deux piliers de sa gloire. Mais c'est une arme à double tranchant. Il lui suffit de baisser de 2% sur l'un de ces paramètres pour que l'ensemble de son jeu s'effrite et qu'il se retrouve à la merci d'un grand nombre de joueurs, là où le niveau "moyen" d'un Nadal à Roland-Garros, par exemple, suffit à le préserver d'une défaite contre 95% de ses adversaires.
Or, j'ai peur pour Djokovic que cette pression qu'il s'est mise en Grand Chelem, la réduction de son ascendant psychologique, la progression des jeunes et l'érosion naturelle des années ne finissent par lui coûter cher. Je parierais peut-être encore sur lui en Australie. Mais pas plus.

Novak Djokovic lors du Masters 2020 à Londres.

Crédit: Getty Images

La parité en Grand Chelem entre le Big 3 et les autres

Par Maxime DUPUIS
A force de l'attendre et de l'annoncer, la NextGen va finir par arriver à bon port. Ainsi va la vie et le cours du temps. En 2020, lors d'une saison à nulle pareille et amputée d'un des quatre Majeurs (qui avait eu la riche idée de souscrire une assurance), un "intrus" s'est déjà invité au palmarès des trois Grands Chelems restants : Dominic Thiem. L'Autrichien n'est techniquement pas de la NextGen, façon marque déposée par l'ATP, mais sa victoire à l'US Open a donné un petit coup de jeune au circuit alors que les honneurs étaient réservés aux trentenaires ces dernières années. A Djokovic, Nadal ou Federer, pour ne pas les citer.
Si ces derniers, en remportant l'Open d'Australie (Djoko) et Roland-Garros (Rafa) ont mathématiquement conservé la majeure partie des Majeurs dans l'escarcelle du fameux "Big 3" dont on espère qu'il finira par être reconstitué en 2021 avec le retour de qui vous savez, je serais étonné que le bilan soit meilleur en 2021. Je pense que, pour la première fois depuis 2016, la moitié des titres du Grand Chelem au mieux sera glanée par les immortels du circuit.
Rafael Nadal sera grand favori à sa propre succession à Roland, comme d'habitude, Novak Djokovic devrait bien trouver un terrain de jeu pour glaner un 18e titre du Grand Chelem. Mais je vois bien un Alexander Zverev, finaliste à New York en 2020, un Daniil Medvedev, à un doigt du sacre dans la même ville un an plus tôt, un Stefanos Tsitsipas ou un Andrey Rublev grimper d'un cran en 2021. Leur évolution n'est peut-être pas aussi spectaculaire que le marketing le souhaiterait, mais quand on prend du recul, elle est plus linéaire qu'elle en a l'air. Ces dernières années, ou mois, ils ont payé pour apprendre. Le temps joue pour eux, désormais. Et il est fort possible qu'il soit venu.

Thiem et Medvedev plus proches que jamais de Federer, Nadal et Djokovic

Humbert dans le Top 10 mondial

Par Sébastien PETIT
A première vue, ce n’est pas gagné. Mais pourquoi pas ! Voir un nouveau joueur français dans le Top 10 mondial aujourd’hui, ce serait comme jouer à la roulette : pas mal de potentiels, mais peu de numéros gagnants. Sur les quinze dernières années, nous avons eu la chance d’avoir plusieurs Tricolores qui sont entrés dans ce cercle fermé : Richard Gasquet, Gilles Simon et Jo-Wilfried Tsonga, puis Gaël Monfils a rejoint ce petit groupe, lui même dernier à y avoir encore figuré. Mais cette génération, qui a déjà levé le pied, attend toujours la relève. Ça tombe bien : c’est pour cette année !
Alors, qui pour prendre leur relais ? J’écarte Lucas Pouille, le dernier 'nouveau' Français à être passé par le Top 10 deux petites semaines en mars 2018, mais trop juste physiquement et mentalement pour faire un retour de folie en 2021. Et sans faire offense à leur talent, je ne vois pas non plus les trentenaires Benoît Paire et Adrian Mannarino y parvenir.
Pour moi, le Français qui a le plus de potentiel est Ugo Humbert. Il est 31e mondial à 22 ans (mais 15e sur les points pris en 2020) et a déjà des victoires importantes à son actif face à des joueurs de sa génération : comme Stefanos Tsitsipas, Casper Ruud, Denis Shapovalov ou encore Daniil Medvedev, alors 5e mondial, à Hambourg, sa meilleure performance jusqu’ici. Il a décroché deux titres en 2020 et a disputé un huitième de finale à Wimbledon en 2019, signe qu’il est capable de gagner des trophées et percer dans un grand tableau.
Quand on voit que des joueurs comme Isner, Sock, Bautista Agut, Rublev ou encore Schwartzmann y sont parvenus ces dernières années, je me dis qu’Ugo Humbert a le jeu, la tête et les épaules pour y faire lui aussi une apparition dans le Top 10 mondial. Mais il ne faut pas se leurrer : y rester, ce sera une autre histoire. Niveau classement, il est actuellement à 1400 points de la 10e place tenue par Matteo Berrettini. Quasiment le double de son total actuel. Mais en réussissant son début de saison, il aura une possibilité de faire son trou. Il est déjà sûr de garder ses 250 points acquis à Auckland, ce tournoi gagné l’an passé étant annulé en 2021. Il ne lui manque qu’à franchir un cap en Majeur ou Masters 1000… ce qui sera pour cette année !

Ugo Humbert lors du Rolex Paris Masters en 2020

Crédit: Getty Images

Thiem va devenir N°1 mondial

Par Laurent VERGNE
Ce serait une révolution et, en l'écrivant, j'avoue avoir besoin de me pincer moi-même. Mais si je ne miserais pas toute ma modeste fortune dessus, je pense que ce n'est pas impossible : oui, Dominic Thiem a les moyens de renverser la table pour devenir numéro un mondial, un trône que, depuis maintenant 17 ans, quatre joueurs seulement ont occupé : Federer, Nadal, Djokovic et Murray. Et encore. Les trois premiers nommés ont trusté le pouvoir 95 % du temps sur cette période.
Novak Djokovic tient toujours fermement la première place. Rafael Nadal reste son dauphin, mais à la faveur des résultats gelés de 2019. Sur les seuls points pris au cours de l'année 2020, Dominic Thiem serait numéro 2 mondial derrière le Serbe. S'il devenait officiellement N°2, ce serait déjà une petite révolution. Le dernier joueur en dehors du Big Four a être monté aussi haut ? Lleyton Hewitt en... juillet 2005.
Mais il a des atouts pour aller encore plus haut. A 27 ans, il est dans la force de l'âge et au sommet de son expression physique et tennistique, avec l'expérience comme atout sans le poids des ans comme boulet. Si Djokovic et Nadal connaissent un petit coup de moins bien (un énorme "si", convenons-en), il pourrait en profiter.
Le protégé de Nicolas Massu est devenu un joueur ultra-complet. L'an dernier, il s'est imposé à l'US Open, a disputé la finale en Australie et au Masters et le repositionnement de Roland-Garros à l'automne comme la maigreur du calendrier terrien l'ont desservi. En dehors du gazon (où je reste cela dit convaincu qu'il peut être compétitif à défaut d'être dominateur), il peut gagner partout. Mais pour accéder au pouvoir, outre un petit coup de main du duo Djokodal, il aura aussi, et surtout, besoin de gagner plus de grandes finales qu'il n'en perd. Son ratio est très déficitaire dans ce domaine. Il devra y remédier.
Je ne vois pas Thiem en "Dominator" du tennis masculin mondial des années durant. Son règne, s'il intervient, s'apparentera sans doute davantage à une forme de régence. Mais il a une chance à saisir et c'est maintenant qu'elle se présente à lui.

Dominic Thiem

Crédit: Getty Images

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