Quelles sont les conditions de la quarantaine prévue originellement ?

Avant de faire le voyage en Australie, il a été clairement indiqué aux joueuses et joueurs qu’à leur arrivée à Melbourne, ils seraient tenus de rester dans leur chambre pendant 14 jours avec des tests quotidiens. Si le premier test s’avère négatif, ils ont alors le droit dès le 2e jour à cinq heures de sortie supervisée quotidienne principalement pour s’entraîner, s’entretenir physiquement (salle de gym), ou pour manger. Trois hôtels – le Grand Hyatt, le Pullman Albert Park et le View Melbourne –, ont été réquisitionnés pour accueillir quelque 1200 personnes (les joueurs, leurs staffs, personnels et équipes du tournoi), tandis qu’un autre "hôtel sanitaire" est réservé pour les personnes testées positives au coronavirus liées à l’Open d’Australie (il y a une dizaine de cas pour le moment).

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Pourquoi certains joueurs sont finalement en quarantaine complète et combien sont-ils ?

Si tous les participants à l’Open d’Australie sont désormais sur place, certains cas de covid-19 ont été détectés - parmi lesquels trois infectés par le variant britannique plus contagieux - à l’arrivée des 18 charters affrétés par l’organisation pour aller les chercher. Les autorités australiennes ont décidé que tous les passagers des avions concernés devaient être considérés comme cas contacts et donc soumis à une quarantaine totale de 14 jours. En tout, 72 joueuses et joueurs n’ont pas le droit de s’entraîner pendant deux semaines parmi lesquels Victoria Azarenka, Sofia Kenin, Sloane Stephens, Angelique Kerber, Kei Nishikori, Roberto Bautista Agut ou encore Carlos Alcaraz. Une 73e infortunée s’est ajoutée à ce bilan en la personne de l’Espagnole Paula Badosa, première joueuse testée positive et donc transférée à l’isolement dans l’hôtel sanitaire. Une situation qui pose forcément un problème d’équité sportive.

Alizé Cornet quitte son hôtel de quarantaine escortée pour une séance d'entraînement à Melbourne en 2021

Crédit: Getty Images

Qui sont les "privilégiés" d’Adélaïde ?

A propos d’équité sportive justement, l’établissement d’une seconde "bulle" de quarantaine à Adélaïde réservée aux Tops 3 mondiaux féminin et masculin a suscité des remous. Ashleigh Barty étant à Melbourne, elle a été remplacée par Serena Williams, accompagnée de sa sœur Venus, qui ont rejoint Simona Halep, Naomi Osaka, Dominic Thiem, Rafael Nadal et Novak Djokovic (ainsi que leurs partenaires d’entraînement respectifs Dennis Novak, Jannik Sinner et Filip Krajinovic). Tout ce petit monde fait partie des 50 personnes (staffs et accompagnants compris) qui peuvent profiter d’un hôtel de luxe avec des balcons aux chambres et une salle de gym intégrée. Des conditions optimales pour encaisser les contraintes de la quarantaine. De plus, chaque joueur pourra sortir avec toute son équipe lors des cinq heures autorisées, alors qu’un seul accompagnant est toléré à Melbourne.

Pourquoi ont-ils été traités différemment ?

Ce traitement de faveur en a étonné plus d’un. Jérémy Chardy et Guido Pella s’en sont émus notamment. Craig Tiley, le directeur de l’Open d’Australie, a expliqué que le nombre limite de personnes en quarantaine à Melbourne avait été atteint et qu’une seconde bulle devait être créée par conséquent. Les tractations avec l’Etat d’Australie-Méridionale où se situe Adélaïde ont abouti à une sorte de marché gagnant-gagnant : la ville a accepté de prendre le risque d’accueillir 50 personnes et a négocié en retour le montage d’une exhibition avec les stars du jeu le 29 janvier à laquelle Ashleigh Barty participera aussi. Des raisons budgétaires ont aussi été évoquées : le coût de la quarantaine à Melbourne a dépassé les prévisions établies par Tennis Australia, passant de 25 à 40 millions de dollars australiens (25 millions d’euros environ). L’aide de l’Etat d’Australie-Méridionale, en plus de celle de l’Etat de Victoria était donc la bienvenue.

Novak Djokovic au balcon de son hôtel en quarantaine à Adélaïde

Crédit: Getty Images

Pourquoi l’initiative de Djokovic pour alléger la quarantaine totale était-elle vouée à l’échec ?

Réticent à l’idée d’être protégé à Adélaïde, Novak Djokovic avait demandé à effectuer sa quarantaine à Melbourne avec les autres joueurs. Mais le numéro 1 mondial s’est heurté au refus des autorités australiennes. De loin, il a quand même essayé d’aider ses 72 collègues en quarantaine totale en rassemblant leurs suggestions (maisons individuelles, réduction du nombre de jours de quarantaine, nourriture de meilleure qualité, etc.) et en utilisant Craig Tiley comme intermédiaire avec le gouvernement. Mais il était conscient que l’Etat de Victoria ne comptait pas lâcher de lest dans sa gestion stricte anti-Covid et que sa démarche était sûrement vaine. Certains comme Stan Wawrinka et Nick Kyrgios ont vu dans cette initiative une manière de se faire bien voir à peu de frais. D’autres comme Belinda Bencic et Guido Pella ont apprécié le geste, l’Argentin critiquant même le silence de Rafael Nadal et Dominic Thiem.

Quelles sont les sanctions prévues en cas de non-respect de la quarantaine ?

Sachez-le, Tennis Australia et les autorités ne plaisantent pas avec les règles. Si un joueur ou une joueuse ouvre la porte de sa chambre sans autorisation, il ou elle s’expose pour commencer à une amende de 20 000 dollars australiens (plus de 12 600 euros). Et suivant la nature de l’infraction, le degré de sanction peut être de plus en plus radical. Un contrevenant pourrait être exclu du tournoi et devoir renoncer à se gains (tout son prize money). Mais ce n’est pas tout. "Une extension de la quarantaine, une isolation dans une chambre ordonnée par le gouvernement, une arrestation et une expulsion" pure et simple du pays peuvent également s’abattre sur le fautif, selon Craig Tiley.

L'entrée de l'un des hôtels mis à disposition pour la quarantaine des joueurs à Melbourne gardée par la police en 2021

Crédit: Getty Images

Le tournoi peut-il être reporté ?

Les joueuses et joueurs en quarantaine totale n’auront donc, selon toute vraisemblance, qu’une semaine pour se préparer physiquement sur place pour le Majeur australien qui débute le 8 février. La probabilité de blessures parmi les athlètes s’en trouve renforcée, tant et si bien que l’idée d’un nouveau report de l’Open d’Australie a germé dans les esprits. Mais Craig Tiley a coupé court à cette éventualité ces derniers jours et a maintenu les dates de l’épreuve. Les changer à ce stade aurait encore des répercussions sur les calendriers ATP et WTA qui ont déjà dû totalement se réorganiser ces dernières semaines. "Les billets sont déjà en vente de manière à ce que nous puissions accueillir 50 % de la capacité habituelle du site pour profiter d’un tennis exceptionnel pendant deux semaines", a-t-il ajouté (400 000 spectateurs sont attendus, NDLR).

Certains joueurs seront-ils exemptés de 1er tour ?

Coronavirus oblige, le risque de forfaits en cascade est plus élevé qu’à l’accoutumée. John Isner, Christian Garin, Alejandro Davidovich Fokina et Andy Murray ont par exemple d’ores et déjà renoncé. Or parmi les repêchés probables des qualifications, nombreux sont ceux qui ont choisi de ne pas faire le voyage en Australie pour ne pas s’exposer à de la quarantaine et finalement ne pas jouer. Engagés en Challengers ces prochaines semaines, les Français Grégoire Barrère, Arthur Rinderknech (engagé en Challenger à Istanbul) ou encore Mathias Bourgue n'ont ainsi pas tenté leur chance à Melbourne.

Pour autant, le tournoi a pris des précautions puisque 12 potentiels lucky losers (6 en simple dames et 6 en simple messieurs) sont sur place dont un autre Bleu qui a perdu au 3e tour des qualifications le 13 janvier dernier, Alexandre Müller (208e mondial). En cas de forfaits pour tests positifs ou blessures, ce seront eux qui boucheront les éventuels trous. A moins d’une épidémie de renoncements, il ne devrait donc pas y avoir de "bye" au 1er tour, les tournois du Grand Chelem étant les seuls à avoir des tableaux complets, contrairement aux Masters 1000, ATP 500 ou 250. Néanmoins, la présence du variant britannique parmi les cas de coronavirus actuellement isolés renforce les risques de contagion potentielle. La prudence est encore de rigueur.

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Pourquoi une partie de la population locale prend les joueuses et joueurs pour cible ?

L’Open d’Australie est très populaire dans le pays, mais le coronavirus a durement marqué les habitants de l’Etat de Victoria et de Melbourne. Quatre mois de confinement total l’an passé ont finalement permis au mois d’octobre à la ville d’éradiquer l’épidémie. Les seuls cas recensés depuis sont le fait de voyageurs étrangers qui ont bénéficié d’une autorisation exceptionnelle d’entrée dans le pays. Les joueuses et joueurs ont obtenu un laisser-passer similaire, ce qui leur confère le double statut de menace pour la santé publique… et de privilégiés. Car 37 000 Australiens actuellement à l’étranger (ou dans un autre Etat du pays que le leur) ne peuvent tout simplement pas voyager en ce moment. Pas étonnant dans ce contexte que certains considèrent les requêtes des joueuses et joueurs comme celles de divas.

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