ROGER RASHEED, comment évaluez-vous la saison qui commence ?
R.R. : Je pense que Gaël peut s’appuyer sur son deuxième semestre 2010 pour se catapulter dans une autre dimension en 2011. 2010 a été une saison riche pendant laquelle il a appris beaucoup de choses en fonction d’événements négatifs ou positifs. Pour tout un tas de raisons à la fois liées à des blessures ou à des soucis personnels, il est passé un peu à côté des six premiers mois. Mais après cela, il a été capable de se stabiliser et de tirer sa carrière vers le haut en étant notamment très performant entre l’US Open et la finale de Coupe Davis. Il y a eu quelques premières intéressantes pour lui en 2010 : première finale de Coupe Davis, première victoire sur Federer, premier succès sur Murray depuis que celui-ci est devenu très fort, il domine aussi Tsonga qu’il n’avait jamais battu. Il a continué d’apprendre.
Pourquoi n’est-il pas plus régulier dans ses performances ?
Open d'Australie
Monfils: "Un dernier match de réglages"
19/01/2011 À 13:43
R.R. : Dans sa carrière, il n’a jamais connu une saison complète. C’est son problème et c’est la chose à laquelle nous devons remédier. Cette année, il faut qu’il soit plus présent et plus performant en Grand Chelem et en Masters 1000. Il doit apprendre à enchaîner les résultats. De ce point de vue, sa fin de saison a été intéressante. J’ai beaucoup aimé son match contre Tipsarevic en finale de Coupe Davis. Dans une circonstance aussi exceptionnelle qu’est le premier match d’une finale qui donne le ton du week-end, il a réussi à surmonter sa peur. J’aurais aimé qu’il soit plus électrique contre Djokovic, mais on ne doit pas enlever à ce dernier le fait qu’il a superbement joué ce jour-là.
Extérieurement, en raison de sa personnalité extravertie, le public a tendance, parfois, à considérer que Gaël Monfils n’est pas un joueur très sérieux. Fausse impression ?
R.R. : Il a beaucoup grandi depuis deux ans et demi. S’il m’a choisi, c’est qu’il n’avait clairement pas l’intention de s’amuser. Je ne passe pas pour être un entraîneur particulièrement laxiste (sourire). J’aime la discipline et le respect et ce sont des valeurs auxquelles Gaël a souscrit en décidant de travailler avec moi. Et je le respecte comme il me respecte. J’ai eu la chance de travailler avec Lleyton Hewitt qui est l’un des plus gros bosseurs du circuit et je n’imagine pas collaborer avec quelqu’un qui prendrait son métier par-dessus la jambe. Gaël, ce n’est plus quelqu’un que vous verrez faire le clown dans les vestiaires. Parfois, il peut décrocher lors d’un match, mais j’encourage ses détracteurs à revoir sa rencontre du premier tour ici contre De Bakker. Il y a deux ans, ce Gaël-là aurait perdu en trois sets.
En même temps, il a le droit d’avoir sa personnalité...
R.R. : Le bon exemple est Novak Djokovic qui n’arrête pas de faire des blagues dans le vestiaire. Est-ce que cela l’empêche d’être N.3 mondial ? Il sait seulement qu’il y a un temps pour tout, notamment pour le travail. Gaël a sa personnalité et je ne suis pas là pour la changer. Je suis là pour qu’il travaille mieux. Laissons-lui son extraversion qui lui permet aussi de gagner des matches dans la mesure où il est l’un des rares à avoir ce contact particulier avec le public.
En raison de la finale de la Coupe Davis qui s’est terminée début décembre, sa préparation a été écourtée. A-t-il fait le travail qu’il devait faire pour arriver ici avec les meilleures chances à Melbourne ?
R.R. Je suis d’autant plus satisfait que c’est moi qui ai bâti le programme (sourire). Il a fini sa saison le 5 décembre. Il était nécessaire pour lui de couper au moins dix jours pour se remettre de la tension physique et mentale de la Coupe Davis. Après, il a fait un travail physique pendant une dizaine de jours avec Patrick Chamagne. Il est arrivé ici une huitaine de jours avant l’Open. Ce n’était pas trop tard puisque le travail physique avait été fait. Le coup de raquette est revenu très vite. Je ne suis pas inquiet. J’aimerais qu’il ait ce type de préparation tous les ans, cela serait bon signe pour lui en Coupe Davis.
Quels sont vos objectifs en 2011 ?
R.R. : Je n’ai pas d’objectif chiffré en termes de classement. Avant tout, je souhaite le voir accomplir une saison complète. La terre battue reste sa meilleure surface avant les courts en dur. Je pense que s’il est prêt physiquement et que s’il a assez de matches dans les jambes, il sera l’un des favoris à Roland-Garros. Et ce sera toujours le cas dans le futur à Paris, à condition qu’il ait fait le travail au préalable. Il a vraiment un jeu pour la terre battue.
Lorsqu’il a des soucis dans sa vie privée, cela rejaillit puissamment sur son entraînement et ses matches. En quelque sorte, il n’est plus là. Comment l’analysez-vous ?
R.R. C’est un trait marquant, en effet. Il y a des gens qui parviennent à bloquer leurs problèmes une fois sur le court. Ce n’est pas le cas de Gaël qui est très émotionnel. Peut-être est-ce dû à ces origines antillaises, très passionnées d’après ce que j’ai pu comprendre. Il a conscience de cela, mais en même temps, on ne va pas le changer complètement, mais on peut le faire évoluer, l’amener à relativiser.
Comment qualifiez-vous votre relation ?
R.R. : Je suis son coach, son mentor parfois, un père de substitution de temps en temps (sourire). Je suis aussi son ami. Je pense qu’on se connaît bien maintenant. Le contrat est clair avec moi. S’il veut être le meilleur qu’il peut être, il faut bosser. Il n’a peut-être pas le "package" pour être N.1 mondial. Mais il doit faire partie du top 5, sans problème.
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