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Murray bientôt poussé à la retraite : La sale blague de Sir Andy

La sale blague de Sir Andy

Le 11/01/2019 à 11:13Mis à jour Le 11/01/2019 à 18:12

C'était une crainte, c'est maintenant une réalité : la carrière d'Andy Murray, déréglée il y a un an et demi par une sale blessure à la hanche, touche à sa fin. L'Ecossais à l'humour si fin n'avait pas le cœur à rire vendredi en annonçant la nouvelle. Nous non plus, à vrai dire. C'est un champion rare qui s'apprête à tirer sa révérence.

Il y a des mauvaises nouvelles auxquelles on se prépare. Ce n'est pas pour autant que, quand elles surviennent, elles sont plus simples à accepter. Pour Andy Murray, l'optimisme n'était plus de rigueur depuis un bon moment déjà. On a vu bien des champions se relever de blessures. Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic, les trois plus illustres champions du siècle, ont tous regagné des tournois du Grand Chelem après des arrêts prolongés à l'infirmerie. L'Ecossais, après avoir cherché pendant des années à se hisser à la hauteur de ce trio majuscule sur le court, n'a malheureusement pas pu les imiter sur ce point.

Bien sûr, il sera là en début de semaine prochaine pour disputer son premier tour à Melbourne, mais personne n'imagine sérieusement qu'il puisse jouer un rôle majeur en Australie. En réalité, Andy Murray est à peine un joueur de tennis depuis maintenant un an et demi. Dans son malheur, il n'a pas eu de chance. La hanche, ce n'est pas le genou, le poignet, ou même le dos. La hanche, c'est la plaie ultime du tennisman. Il n'est pas le premier à payer cette note. Je pense à Gustavo Kuerten, doublement opéré de la hanche droite en 2002 et 2004 et qui, plus jamais, n'a retrouvé l'éclat de sa jeunesse parisienne. Ou Lleyton Hewitt, lui aussi contraint de rentrer dans le rang de façon accélérée pour les mêmes raisons.

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Il peut encore jouer, plus enchainer

Pour un sportif de haut niveau, la retraite est une petite mort. Métaphorique, évidemment. Il y a des choses plus graves dans la vie et Andy Murray, confronté à l'âge de neuf ans à la tuerie de Dunblane, traumatisme enfantin sur lequel il n'a jamais levé le voile de sa pudeur, l'a appris plus tôt que beaucoup d'entre nous. Cela ne l'empêche pas d'être dévasté aujourd'hui, et nous un peu tristes avec lui. Car le seul luxe qui reste au champion à l'heure de raccrocher, c'est de choisir l'heure de sa sortie. Pour Murray, elle lui est imposée. Il n'a que 31 ans et il avait à coup sûr encore beaucoup de choses à montrer, à donner.

Mais c'est donc tout sauf une surprise. Depuis des mois, tous les échos que nous pouvions avoir sur le circuit laissaient transparaitre un pessimisme croissant. A chacune de ses tentatives de retour, la douleur était encore là. Andy Murray peut encore jouer au tennis. Il peut encore frapper la balle. Mais il n'est plus capable d'enchainer les jeux, les sets et encore moins les matches et les tournois sans souffrir. A partir de là, la messe était dite. Sans doute le Britannique l'avait-il lui-même compris depuis quelque temps. A Melbourne, il a fini par se l'avouer, et nous avec.

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Wimbledon 2008, ce moment fascinant

D'Andy Murray, je dirais que le joueur comme l'homme ont gagné à être connus. On ne peut qu'admirer la mue du premier en champion. Un chemin complexe. Il aurait pu ne jamais devenir "Sir Andrew Barron Murray", ce héros anobli par la Reine pour avoir mis fin à l'invraisemblable disette du tennis britannique. Il aurait pu rester ce bon jeune joueur dont le mental ne fut pas initialement à la hauteur de cette main sublime, la plus belle de sa génération. Il lui a fallu du temps, Andy, pour se convaincre qu'il n'avait rien à envier aux autres.

Nous reviendrons, tranquillement, en temps voulu, sur les moments forts de sa carrière. Sur ses matches qui ont compté. Pas aujourd'hui, parce qu'il est encore avec nous, au moins jusqu'à la semaine prochaine. On ne lit pas la nécro du moribond. On attend. Mais si je ne devais retenir qu'un match, qu'une image de Murray, ce serait probablement celui contre Richard Gasquet en huitième de finale à Wimbledon en 2008. C'est à peine croyable au regard de la décade suivante mais, à l'époque, le Français, guère plus vieux que lui, était en avance sur l'Ecossais.

Ce jour-là, Murray aurait dû perdre en trois sets. Il a gagné en cinq, montrant son biceps au public du Centre Court comme pour lui dire, "je suis devenu costaud". Ces moments-là sont fascinants pour ce qu'ils disent de ces champions. De ce qu'ils sont, de ce qu'ils deviennent ou ne seront jamais. Ce n'est sans doute pas la plus grande victoire de Murray, mais c'est peut-être la plus importante. Comme la première pierre d'un édifice futur.

Andy Murray à Wimbledon en 2008.

Andy Murray à Wimbledon en 2008.AFP

A la grande table du banquet

La suite s'est enchainée. A son rythme, toujours. Il lui a fallu perdre quatre finales de Grand Chelem avant de goûter à la victoire suprême. A force de talent, de travail et d'auto-persuasion, Andy Murray a fini par s'inviter à la grande table du banquet, quand tant d'autres, les Berdych, les Tsonga, ont dû se contenter de miettes au fond de la salle.

Je n'ai jamais été totalement à l'aise avec la notion de Big Four, même si, pour son impressionnante constance au plus haut niveau (Murray a plus de demies majeures que McEnroe ou Edberg et autant de finales qu'eux ou Wilander...), elle pouvait avoir du sens. Mais il n'était pas de la trempe de Fed, Rafa ou Nole. On parle là de trois des dix plus grands champions de l'histoire du tennis. Murray n'en fait pas partie.

Mais il ne faudra pas non plus s'arrêter à la relative maigreur de son palmarès majeur eu égard à son potentiel, à l'heure de juger sa carrière. Trois tournois du Grand Chelem. Comme Stan Wawrinka. Comme Gustavo Kuerten. Moins que Jim Courier. Mais il serait injuste de le limiter à ça. Il est bien au-dessus de ces champions-là, eux même non négligeables. Dans sa propre galaxie intermédiaire, entre les extra-terrestres et les grands champions "normaux". Murray a tout gagné. Des Grands Chelems. Le Masters. La Coupe Davis. Le titre olympique. Il a gagné quand et où il le fallait. Surtout chez lui, à Wimbledon. Là où il voudrait que tout s'arrêter l'été prochain. Pour le symbole, effectivement, ce ne serait pas vilain.

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Tout l'inverse du faux-gentil

Il faudra aussi se souvenir d'un champion anticonformiste, sinon par son jeu, au moins par ses choix. Quand il est allé chercher Ivan Lendl pour en faire son coach, tout le monde a rigolé. Quand il a décidé de s'associer avec Amélie Mauresmo, le scepticisme, pour d'autres raisons, n'était pas moins grand. Dans les deux cas, il avait vu juste, contre les médisants.

Le bonhomme manquera aussi. Tous ceux qui l'ont côtoyé de près louent sa gentillesse et son humour. Il y a parfois de faux gentils, rois de leur propre com', impeccables devant la caméra mais qui, une fois loin de celles-ci, s'avèrent être des personnages beaucoup moins avenants. Murray était tout le contraire. Sur le court, son attitude a parfois pu être fatigante, voire détestable. Toujours à râler, à jurer. Il donnait l'impression d'avoir besoin de se maudire tous les trois points. Mais le bonhomme, en dehors du court, n'est pas celui-ci.

Bien sûr, dans ces circonstances, il est de bon ton de louer celui qui part. Mais l'unanimité des réactions ce vendredi dans le milieu du tennis n'est pas feinte. Andy Murray a même réussi à rendre Nick Kyrgios d'une rare justesse. Je vous conseille de lire son message en forme d'hommage sur Instagram. Toutes et tous regrettent déjà un joueur pas comme les autres et un type attachant, à l'humour so british, discret mais dévastateur, d'autant plus appréciable qu'il donnait sa pleine mesure dans l'autodérision. Mais cette blague-là n'en est pas une et on a déjà connu Sir Andy plus drôle que ce vendredi matin...

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