Lorsque nous avions rencontré Daniil Medvedev pour la première fois, à la fin de l'année 2016, il flirtait avec le top 100. Mais le Russe savait déjà une idée assez claire de ce qu'il ambitionnait. "A terme, je veux devenir un joueur régulier dans le Top 10, c'est ma véritable ambition", disait-il alors. Le propos pouvait sembler gonflé de la part d'un joueur de 20 ans sans références et au jeu que l'on qualifiera d'atypique, dont le potentiel ne sautait pas forcément aux yeux.
Celui qui était déjà sous la houlette de Gilles Cervara dans le sud de la France s'apprêtait aussi à disputer son tout premier tournoi du Grand Chelem, quelques semaines plus tard, en Australie. Sa première entrée directe dans un grand tableau majeur. "C'est forcément une étape importante pour moi, confiait-il. J'aimerais bien passer un tour, peut-être deux. Je pense que je suis prêt. Mais évidemment, ça dépend du tirage. Si je prends Djokovic au premier tour..."
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Ce n'est pas Djokovic, mais le bien moins réputé Ernesto Escobedo, qui l'attendait d'entrée à Melbourne. Mais le résultat fut le même. Une défaite. Quatre ans plus tard, plus personne n'oserait sourire des ambitions de Daniil Medvedev. Il est bien ancré dans le Top 10, et même mieux que ça. Il a gagné des Masters 1000, le Masters, joué une finale de Grand Chelem et s'apprête en à disputer une autre, dimanche. Contre Novak Djokovic. En quatre ans, tout a changé. Une ascension par étapes mais avec un petit côté irrésistible. En quatre ans, il est passé de la crainte de tomber sur un Djokovic au premier tour, à l'envie de le défier en finale. Il n'y a plus de craintes.

Daniil Medvedev

Crédit: Getty Images

Djokovic : "Il a tellement progressé"

Il y a quatre ans, il est raisonnable de dire que Novak Djokovic ignorait probablement l'existence de Daniil Medvedev. Aujourd'hui, on ne parlera pas de crainte chez le Serbe. Ce n'est pas le genre de la maison, et surtout pas ici, "chez lui", dans cet Open d'Australie dont il est l'unique recordman des victoires et où personne ne l'a jamais battu une fois le cap des quarts de finale franchi. Disons qu’il sait ce qu'il attend. Dans l'absolu et plus encore en ce moment. "Daniil Medvedev, c'est l'homme à battre", assure même le numéro un mondial.
Le battre, personne n'y est parvenu au cours de ses vingt dernières rencontres et tout le gratin mondial s'y est pourtant essayé, Djokovic compris. "Il a fini la saison de la meilleure manière, insiste le Belgradois. Je veux dire, battre tous les meilleurs joueurs du monde, et souvent assez confortablement, comme il l'a fait, y compris contre moi à Londres en deux sets (lors du Masters, NDLR) , c'est très fort. Il a tellement progressé."

Comment Medvedev a déferlé sur Djokovic

Sur la route d'un 9e sacre aux Antipodes, Medvedev est peut-être le test le plus difficile pour le Djoker. Oui, peut-être plus encore que ne l'aurait été un Nadal, dans le contexte de cette quinzaine. Sans forcer le trait, "Nole" n'a que du bien à dire de son prochain et dernier adversaire ici : "Jim Courier a dit qu'il était comme un grand joueur d'échecs par la façon qu'il a d'utiliser le court tactiquement et c'est très vrai. Il a un grand service. Pour sa taille, il bouge très bien. Son coup droit est peut-être son coup le plus faible, mais il a beaucoup progressé. Il ne vous donne presque rien. Il est tellement solide... Puis il n'a plus peur d'avancer, d'être agressif."
Jamais, depuis qu'un joueur de la génération "post Big 3" affronte un de ses membres en finale, un joueur n'avait eu une telle cote. Il y a bien sûr l'impression laissée ces derniers mois par Daniil Medvedev. Le fait, aussi, que Novak Djokovic ait pu sembler parfois en difficulté dans ce tournoi. Ou le rapport de forces direct entre les deux hommes, plutôt équilibré. En sept confrontations, Djokovic ne mène que quatre victoires à trois.

Medvedev face à Djokovic : "une finale de rêve"

J'ai déjà joué une finale de Grand Chelem, je sais à quoi ça ressemble
"J'aime jouer Novak, confirme le Russe. Même la première fois, j'étais 60e mondial, ça avait été une bonne bagarre, physiquement et mentalement. En Grand Chelem, je ne l'ai affronté qu'une fois, ici, à Melbourne et je l'avais accroché alors que je n'étais pas au niveau où je suis aujourd'hui." C'était il y a deux ans. Depuis, il a battu le Serbe trois fois sur quatre. Pour autant, il refuse d'endosser une étiquette trop grande pour lui : "Il est le favori, il n'a jamais perdu ici. Huit fois il est allé en demi-finales, huit fois il a gagné. Moi, je suis… comment appeler ça ? Pas un outsider, mais le challenger. C'est ça. Je suis le gars qui vient challenger celui qui a joué et gagné huit finales. Et ça me va très bien."
Mais il n'est plus question de redouter qui ou quoi que ce soit pour Daniil Medvedev. Il a trop grandi pour cela. Il a désormais ce luxe de pouvoir s'avancer dans une finale de Grand Chelem en pensant au moins autant à lui qu'à l'autre. Ou à s'inquiéter du contexte, de l'environnement. "L'expérience est déterminante, rappelle-t-il. J'ai déjà joué une finale de Grand Chelem. Je sais à quoi ça ressemble, je sais à quoi m'attendre dimanche. Ça doit m'aider à être moins tendu, et à pouvoir jouer mon jeu."
En dehors de Rafael Nadal à Roland-Garros, Daniil Medvedev s'attaque au plus grand défi que l'on puisse imaginer dans le tennis actuel. Il le sait. Mais il n'a jamais eu autant d'armes pour y faire face. Cela aussi, il le sait. Et Novak Djokovic aussi.

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