Le pourquoi du comment

Aslan Karatsev naviguait en plein rêve depuis dix jours mais jeudi, le réveil a sonné à Melbourne et c'est Novak Djokovic qui l'a activé. Malgré le formidable parcours du Russe, la qualité de son tennis et sa confiance presque inconsciente, et en dépit des doutes, d'ailleurs de moins en moins grands, sur la condition physique du numéro un mondial, il était difficile, presque impossible, d'imaginer que le 114e mondial réussir là où tant d'autres ont échoué à Melbourne. Novak Djokovic n'a jamais perdu un match en Australie après les quarts de finale et c'est presque d'un miracle dont Karatsev avait besoin. Face à Djokovic, les miracles n'existent pas.
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Il n'a pourtant pas été ridicule. A le voir par séquences tenir la cadence à l'échange ou trouver des zones parfois formidables, on comprend aisément comment il a pu se frayer un chemin jusqu'au dernier carré. Il n'a pas non plus semblé tétanisé ni par le poids de l'évènement ni par la stature de son adversaire. Par moments, il a même réussi à bousculer Djokovic. A chaque fois que le Djoker a ouvert la porte, qu'il a raccourci à l'échange, qu'il a baissé d'un ton, Karatsev s'est engouffré. Dans ces moments-là, il a été épatant.
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Mais sur la distance d'un match en trois sets gagnants, la tâche était trop complexe. Il faut pouvoir tenir une densité et une intensité constantes sur chaque jeu, sur chaque point. Cette exigence-là était trop élevée pour lui. L'octuple vainqueur du tournoi, lui, a eu le mérite de faire simple, et de remettre le pied sur l'accélérateur chaque fois qu'il a senti que l'outsider russe pouvait se rapprocher. Résultat, une victoire logique en trois manches (6-3, 6-4, 6-2). Un match de gestionnaire plus qu'une démonstration de force, mais Djokovic n'avait pas besoin de plus pour rallier sa 9e finale australienne.

Escudé : "Karatsev a eu en face de lui un joueur sûr de ses forces et extrêmement concentré"

La fiche

Novak Djokovic bat Aslan Karastev 6-3, 6-4, 6-2
Durée : 1h53
StatsDjokovicKaratsev
Points gagnés 8859
Aces176
Doubles fautes 22
1re balle 68%52%
Réussite 1re balle 71% 65%
Réussite 2e balle 62%34%
Coups gagnants3024
Fautes directes 1430

Le moment-clé

Que se serait-il passé si Aslan Karatsev avait recollé à 5-5 dans le 2e set ? On ne le saura jamais. Rien ne dit que le qualifié russe aurait remporté cette 2e manche, et encore moins le match. Mais ce fut clairement le moment le plus tendu à gérer pour Djokovic qui avait mené tranquillement 5-2 et double break dans ce set.
Un peu de relâchement, un zest de tension, un adversaire, à l'inverse, plus menaçant, et le numéro un mondial a lâché son engagement une première fois à 5-2 avant de faire face à deux balles de débreak à l’heure de servir pour la seconde fois pour le set. Là, il a sorti deux énormes premières balles pour éteindre ce début de rébellion. Comme souvent. Mais il s'en est fallu d'un rien pour que ce set, dans un premier temps, ne devienne très intéressant. Djokovic a finalement conclu dans ce 10e jeu. Et le match était terminé.

Djokovic met fin au conte de fée

Crédit: Eurosport

La stat : 34%

Face au meilleur relanceur du monde, pour éviter de se prendre une pression permanente sur ses jeux de service, Aslan Karatsev avait à tout prix besoin d'un pourcentage de premières balles élevé. Malheureusement, il n'a jamais pu trouver son rythme dans ce domaine. Peut-être parce qu'il a forcé davantage compte tenu du personnage de l'autre côté du filet.
Mais avec à peine plus d'une première sur deux en jeu (52%), le Russe s'exposait à de sérieux problèmes. Ça n'a pas loupé. Il n'a gagné que 34% des points derrière sa seconde balle sur l'ensemble de la demi-finale (11 sur 32). Et comme il n'a pas été impérial non plus derrière sa première (65%), le fait de servir a constitué un avantage très relatif. Sur 66 points disputés sur la mise en jeu de Karatsev, les deux joueurs en ont d'ailleurs gagné 33 chacun.

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La décla

Novak Djokovic va mieux. Il a six jours, lors de son interview sur le court après sa victoire laborieuse contre Taylor Firtz, il avait confié qu'il pensait souffrir d'une déchirure musculaire et ne savait pas s'il pourrait continuer le tournoi. Jeudi soir, au micro de Jim Courier, il s'est montré beaucoup plus rassurant : "Je me suis vraiment bien senti. Je n'ai pas eu de douleur et je suis vraiment très heureux de me sentir comme ça. C'était mon meilleur match du tournoi aujourd'hui." Cette histoire de blessure aux abdominaux semble appartenir au passé.

La question : Karatsev, miracle d'une quinzaine ou début d'une histoire ?

Cette demi-finale a donc marqué la fin d'une des épopées les plus incroyables de l'histoire du Grand Chelem. Aslan Karatsev, 27 ans, disputait à Melbourne le premier tournoi majeur de sa carrière. C'est peu dire qu'il a capitalisé sur cette opportunité en devenant le premier débutant en Grand Chelem à atteindre le dernier carré. Battre Novak Djokovic, c'était beaucoup lui demander. Beaucoup trop. La grande question est maintenant de savoir si son aventure restera sans lendemain... ou si elle peut marquer le début d'une nouvelle carrière.
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Lui dont le meilleur classement était une 111e place fin 2020 va se retrouver 42e lundi prochain. Ce bond de géant va lui ouvrir des portes. Il n'aura plus à bourlinguer sur les challengers à longueur d'année. Son capital points de Melbourne (720) lui garantit à lui seul une place confortable au classement ATP. Il suffit de le regarder pour comprendre qu'il n'était sans doute pas à sa place en dehors du Top 100. Est-il pour autant à la sienne en demi-finales de Grand Chelem. La gestion des attentes, celles des autres mais plus encore les siennes, seront sans doute complexes à gérer dans les prochaines semaines.
A lui désormais de faire fructifier cette inattendue explosion pour s'ancrer durablement au plus haut niveau. Si l'histoire nous a appris quelque chose, c'est que s'il est compliqué de percer comme il vient de le faire, s'installer sur le long terme l'est encore plus. Sa chance, c'est peut-être son âge. La "gloire", quand elle vous tombe dessus, est sans doute plus difficile encore à appréhender à 19 ou 20 ans qu'à 27. Aslan Karatsev a le cuir épais de ceux qui ont bourlingué.

Dur pour Karatsev

Crédit: Eurosport

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