Le pourquoi du comment

"Avec tout le respect du monde, ils ont encore beaucoup de travail. Je ne vais pas rester ici et leur passer le titre comme ça. Ils vont devoir se casser le cul s'ils veulent le titre." Trois jours plus tard, ces propos tenus par Novak Djokovic sur Eurosport en réponse à une question de Mats Wilander prennent tout leur sens.

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Oui, ils ont encore beaucoup de travail, y compris le plus éminent d'entre eux. Daniil Medvedev avait tout pour bousculer le champion serbe et rendre cette finale intéressante, dimanche à Melbourne. Si déception il y a, elle tient dans le scénario de cette finale, totalement à sens unique.

Plus proche du visage de sa finale 2019 contre Nadal que de celui de la finale 2020 contre Thiem, Djokovic a fait du Djokovic. Il a été presque parfait. Medvedev, lui, n'a été que le fantôme du joueur dominant des derniers mois. Ses certitudes ont volé en éclats sous le poids conjugué de sa propre tension et de la maestria de son adversaire.

Novak Djokovic a été impérial dans les entames de points, que ce soit au service ou au retour. La qualité de ses deux premiers coups de raquette, sur sa mise en jeu comme à la relance, a complètement frustré le Russe. En la matière, il ne fut pas loin du chef-d'œuvre.

En réalité, ce fut une finale en un set gagnant. Même lors d'un premier set accroché, on sentait Daniil Medvedev crispé. Son manque de lucidité sur certains points, certaines frappes, certains choix, en témoignait. Pour se libérer, il lui aurait fallu cette première manche. A tout prix. A partir du moment où il l'a perdue, il s'est retrouvé dans une impasse dont Djokovic ne le laisserait plus sortir. Pire, après cela, Medvedev a semblé perdu par moments sur le court. Et ça, c'est une vraie déception.

Même pour Medvedev, Djokovic est dans une autre galaxie en finale à Melbourne

La fiche

STATSDJOKOVICMEDVEDEV
Points gagnés8768
Aces36
Doubles fautes24
Pourcentage 1re balle67%64%
Réussite 1re balle73%69%
Réussite 2e balle58%32%
Balles de break7/112/4
Coups gagnants2024
Fautes directes1730

Le moment-clé

Comme en 2016 contre Murray, en 2019 face à Nadal ou opposé à Thiem l'an dernier, Novak Djokovic a démarré pied au plancher sa finale pour mener 3-0. Mais cet uppercut d'entrée, Daniil Medvedev l'a surmonté en recollant à 3-3, ce qui laissait espérer une vraie finale. Puis tout a basculé dans le 12e jeu de ce premier acte. Une volée de revers mal maitrisée, un passing non tenu... A 0-40, le Russe a écarté deux balles de set, mais pas la troisième. Même s'il a breaké d'entrée de deuxième manche, ce ne fut qu'une illusion. Tout s'est joué dans cette fin de premier set.

La décla

Novak Djokovic : "Ces deux dernières semaines ont été des montagnes russes pour moi. Je veux remercier la Rod Laver Arena, l'histoire d'amour continue."

La stat : 7

Daniil Medvedev s'attendait à ce que sa tâche soit plus complexe que d'habitude sur ses jeux de service. Mais peut-être pas à ce point. Le protégé de Gilles Cervara a été breaké sept fois dans cette finale. En 14 jeux de service. Une fois sur deux. Comme un symbole, Djokovic a débuté cette finale par un break, et l'a achevé sur un autre. Laminé sur sa seconde balle (32% de points gagnés), Medvedev a même vu sa première balle revenir dans des proportions intenables et n'a remporté que 69% des points sur celle-ci. Il n'avait aucune chance de s'en sortir.

Daniil Medvedev.

Crédit: Getty Images

La question : Est-ce davantage le triomphe de Djokovic ou l'échec de Medvedev ?

La vérité, bien sûr, est une zone grise. Personne ne pourra contester que Daniil Medvedev est passé au travers. Dans les deux dernières manches, on a même vu resurgir un visage qu'on ne lui connaissait plus depuis longtemps, celui d'un joueur qui est à deux doigts de faire un peu n'importe quoi quand il est dépourvu de solutions. Mais il faut se demander pourquoi. Et à cause de qui. Si le Russe a manqué de lucidité dès le début de cette finale avant de flirter avec le n'importe quoi, c'est d'abord à Novak Djokovic qu'en incombe la responsabilité.

Oui, Medvedev était tendu. Mais au moins autant par l'imposante présence de l'autre côté du filet que par le poids de l'évènement. Il est même apparu plus stressé que lors de sa première finale majeure il y a un an et demi à New York face à Rafael Nadal. Parce que, cette fois, il sentait, il savait qu'il avait une vraie chance. Paradoxalement, c'est cet espoir qui a contribué à le tendre. Pour sortir de cet état de fait, il aurait eu besoin de respirer. Or Djokovic ne lui en a jamais laissé l'opportunité.

Le rapport de force psychologique, tactique et tennistique imposé par le numéro un mondial est tel que la confiance cumulée pendant quatre mois et vingt matches par Medvedev s'est écroulée comme un château de cartes. Mais il faut mesurer ce qu'implique de défier un champion comme Djokovic à Melbourne (ou ailleurs, mais surtout ici). Si Medvedev est passé au travers, c'est bien parce que le Serbe l'y a poussé. Cette finale, au fond, a confirmé tout ce qu'est Djokovic et révélé au grand jour tout ce que n'est pas encore Medvedev.

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