"J’ai reçu quelque chose comme 200 messages sur WhatsApp, et je pense qu’il y en aura plus." Si Aslan Karatsev ne se rendait peut-être pas compte jusqu’à ce mardi de la portée de son exploit, son téléphone s’en est chargé pour lui. A 27 ans, le Russe vit un véritable conte de fées dans cet Open d’Australie, lui qui vient donc d’enchaîner 5 victoires (8 en comptant les qualifications) en 9 jours, soit deux de plus que ce qu’il avait réussi à faire sur le circuit ATP en huit ans de carrière professionnelle.

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Open d'Australie
Karatsev a une bonne étoile
16/02/2021 À 06:48

Karatsev vit donc un véritable rêve éveillé. Abonné aux Challengers, il n’était que 293e mondial au début de la saison dernière, le voici assuré de figurer dans le Top 50. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, il gagnera plus sur ce seul tournoi que depuis qu’il a fait du tennis son métier. Un destin hallucinant auquel le principal intéressé lui-même a du mal à croire, même s’il garde en lui ses émotions. "Bien sûr, c’est fantastique d’arriver en demi-finale d’un Grand Chelem quand on sort des qualifications, j’essaie de profiter du moment et de prendre match après match. Il y a un an, je n’aurais jamais imaginé ça, je voulais juste rentrer dans le Top 100 fin 2020 et ça ne s’est pas produit (112e à la fin de l’année, NDLR). C’était aussi mon premier objectif cette année", confie-t-il.

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J'ai trop voyagé, mais j'ai fini par trouver la bonne personne pour moi : mon coach m'a beaucoup aidé à croire davantage en moi

Tout a changé pour lui à la reprise des compétitions en août dernier après cinq mois de suspension à cause du coronavirus, quand il a atteint trois finales d’affilée (dont deux titres consécutifs) en Challenger à Prague et Ostrava. Ce fut la récompense inattendue d’années de galère et de persévérance sur lesquelles Karatsev est un peu revenu, sortant légèrement du mutisme qui le caractérise. "J’ai trop voyagé dans la première partie de ma carrière et j’ai fini par trouver la bonne personne pour moi, mon coach Yahor Yatsyk avec lequel je m’entraîne depuis trois ans à Minsk en Biélorussie. Il m’a beaucoup aidé, surtout sur le plan mental, à davantage croire en moi et en mon jeu."

Né en Russie à Vladikavkaz, Karatsev a commencé le tennis en Israël où il a vécu de 3 à 12 ans. Puis, c’est le retour au pays avec un passage à Rostov où il trouve un premier sponsor, avant d’aller s’entraîner à Moscou à l’âge de 18 ans. Il y rencontre Dmitry Tursunov qui décide de l’emmener avec lui à Halle en Allemagne pendant deux ans. Le jeune Russe change encore de cadre et décide d’aller travailler à Barcelone, avant de rencontrer enfin son entraîneur actuel lors d’un Future. Malgré les difficultés de la vie sur le circuit secondaire, il n’a jamais renoncé à son rêve.

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Le sang-froid pour aller au bout ? "On verra, un match à la fois"

Pourtant, voici quatre ans, il a été tenté de mettre fin aux galères. "J’ai connu une période très difficile. Je revenais de blessure en 2017, j’ai commencé à rejouer et mon genou a fait des siennes. J’ai dû m’arrêter à nouveau encore presque trois mois", raconte-t-il encore. Mais sa persévérance a donc fini par payer jusqu’à cette épopée australienne où, après avoir corrigé Diego Schwartzman et être revenu de l’enfer face à Félix Auger-Aliassime, il n’a pas paniqué contre un Grigor Dimitrov diminué malgré un départ difficile.

"Dans le premier set, j’étais très tendu même si quand je suis entré sur le court, je me sentais bien. Je faisais trop de fautes, je me précipitais trop. Dans le 2e, j’ai essayé de rester à son contact et de tenter un peu moins. Puis dans le 3e, j’ai remarqué qu’il était blessé. Le plus dur, c’est de rester concentré sur son jeu dans ces cas-là. Dans le 4e set, il y a eu un moment où je donnais trop de points sur son service, au lieu de m’appliquer à juste remettre la balle dans le court, parce qu’il ne bougeait plus du tout", observe-t-il très lucide dans l’analyse de la performance.

On l’aura compris, ce n’est pas parce qu’il est l’invité surprise du dernier carré à Melbourne que Karatsev va s’enflammer. Et c’est peut-être pour cela qu’il restera potentiellement dangereux pour Novak Djokovic ou Alexander Zverev. Croit-il pouvoir gagner le tournoi ? Il ne l’écarte pas en tout cas. "On verra. Un match à la fois", pondère-t-il dans son style sobre caractéristique. Il aurait bien tort de changer ses habitudes. Elles lui ont plutôt bien réussi jusqu’ici.

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