Le couperet est passé près. Très près, même. Mais Daniil Medvedev, le numéro 2 mondial et joueur le mieux classé du tableau, est toujours en vie dans cet Open d'Australie. Pour la deuxième fois de sa carrière seulement, et six mois après la première d'ailleurs contre Marin Cilic à Wimbledon, il a réussi la performance remarquable de remonter un handicap de deux sets en Grand Chelem avant de s'imposer face à un Félix Auger-Aliassime survolté. Et pour ce faire, le Russe au caractère parfois volcanique a fait preuve d'un sang-froid à toute épreuve.
Breaké deux fois dans les deux premiers sets, il n'a plus lâché son engagement par la suite, et ce malgré les multiples occasions adverses : une en début de troisième set, une autre synonyme de balle de match en fin de quatrième manche et… six dans le dernier acte. A chaque fois (ou presque), Medvedev a sorti l'artillerie lourde au service, ou a fait preuve d'une sacrée audace pour faire la différence en coup droit et refermer la porte avec autorité sur les doigts de son rival. Une telle faculté à sortir son meilleur tennis au moment le plus crucial, c'est la marque des champions. Comme si le numéro 2 mondial était d'une sérénité inébranlable, ce que l'intéressé s'est empressé de démentir.
Open d'Australie
Bruno Kuzuhara, balle de match lunaire, référence nadalesque
03/02/2022 À 13:18

Une première autoritaire et Medvedev a sauvé une balle de match face à Auger-Aliassime

La balle de match ? Si ça avait été un second service, ça aurait été dur...
"Je n'ai pas joué la balle de match aussi librement que ça en avait l'air. J'étais bien sûr tendu, et des pensées me traversaient la tête : 'Et si je perds le point ? Je vais être dans le vestiaire dans 10 minutes pour changer mes billets d'avion et rentrer à la maison.' Mais je me suis juste concentré et je me suis dit : 'Où est-ce que je sers ? Au T ou extérieur ?' J'ai opté pour l'extérieur et j'ai réussi à le mettre dedans", a-t-il analysé.
Avant de préciser sa pensée : "Si ça avait été un second service, ça aurait été dur et les questions, différentes : 'Est-ce que je l'appuie ou est-ce que je l'assure ?' La main tremble un peu plus que sur une première balle où on frappe et on prie pour qu'elle rentre. Il y a eu tant de points sous pression, pas seulement cette balle de match, et je les ai bien gérés à partir du troisième set, c'est vrai." Et à partir de ce troisième acte seulement, parce qu'au cours des deux précédents, ce n'était pas la même chanson.
De son propre aveu, Medvedev n'a pas pu jouer à son meilleur niveau au cours de la première partie du match, tout simplement parce que Félix Auger-Aliassime l'en a empêché. D'une précision remarquable au service et dans ses offensives, tout en limitant son déchet à la portion congrue, le Canadien, également très à l'aise au filet - 41 points marqués sur 48 montées, soit 85 % de réussite -, l'a d'abord totalement étouffé.

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La résilience de Djokovic comme phare dans la tempête, pas une provocation

"Il jouait incroyablement, mieux que je ne l'ai jamais vu jouer, en tout cas contre moi ou à l'entraînement. Il a peut-être déjà évolué à ce niveau sur un autre match que je n'ai pas vu parce que je ne peux pas tous les voir. C'était irréel. Et je ne parvenais pas à jouer à mon meilleur niveau, je ratais juste un peu trop. Donc dans le 3e set, je n'avais vraiment aucune confiance en moi, ou quant au résultat du match. J'étais sur un fil, j'ai juste essayé de me battre", a confessé le numéro 2 mondial.
Peu habitué à ne pas contrôler les événements à ce point, le Russe a trouvé un allié de circonstance inattendu dans le grand absent de cette quinzaine, Novak Djokovic. Au-delà du clin d'œil qui n'a pas plu à une partie du public de la Rod Laver Arena lors de son interview d'après-match, Medvedev a assuré qu'il ne s'agissait pas d'une provocation gratuite, mais de ce à quoi il avait honnêtement pensé quand il était dos au mur. Il faut dire qu'il y a de pires exemples de résilience que celui du numéro 1 mondial.
"Je dois prendre ce que je peux des meilleurs. Et je pense à Rafa et Roger aussi, parce qu'ils l'ont fait tant de fois. Mais j'ai davantage joué contre Novak quand j'ai commencé à être bon. Je l'ai vu gagner des matches en Grand Chelem alors qu'il était mené deux sets à rien, par exemple contre Tsitsipas et Musetti à Roland-Garros. Je me disais : 'Sois juste comme Novak. Montre-lui que tu es meilleur'", a-t-il développé en conférence de presse.

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La récupération, un autre défi à relever avant le dernier carré

Pour la suite et la fin de son tournoi, le credo sera d'ailleurs le même pour Medvedev. Le numéro 2 mondial a beau avoir signifié à la caméra, lors de sa signature rituelle d'après-match, qu'il n'était "pas fatigué". Il ne sait pas, dans les faits, s'il sera capable d'aller au bout de cet Open d'Australie après ces presque cinq heures de combat livrées sur la Rod Laver Arena. D'autant qu'avant de défier Stefanos Tsitsipas, il ne bénéficiera pas, lui, d'un jour de récupération supplémentaire comme les demi-finalistes du haut du tableau. Mais les monstres Nadal et Djokovic l'ont fait avant lui, respectivement en 2009 et 2012. Alors pourquoi pas lui ?
"Je me sens assez confiant. Bien sûr, je ne sais pas comment je me sentirai demain physiquement, mais jusqu'ici ça va. J'espère pouvoir bien récupérer et être prêt pour les demies. Je n'ai jamais eu cette expérience. J'ai joué de longs matches dans ma carrière, mais jamais de plus de quatre heures pour rejouer deux jours après. Il est bien plus de minuit, donc je verrai. Mais quand on regarde les meilleurs, ils ont été capables de le faire d'une manière ou d'une autre. Je ne sais pas comment. Et je veux faire partie de ce groupe, même si j'en suis vraiment loin encore."
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