Ils ont redonné le sourire et une certaine fierté aux supporters français. Et ce n'était pas une mince affaire dans le contexte de ces derniers mois. En atteignant les quarts de finale respectivement des simples féminin et masculin de cet Open d'Australie 2022, Alizé Cornet et Gaël Monfils ont côtoyé des hauteurs dont le tennis tricolore n'osait plus rêver. En 2021, en Grand Chelem, il y avait ainsi systématiquement deux tournois en un : celui des Français en première semaine, et celui des meilleurs en seconde. La spirale négative a donc été brisée à Melbourne, de quoi espérer des jours meilleurs.
Mieux, cet Open d'Australie 2022 est le premier Majeur depuis plus de six ans et l'US Open 2015 dans lequel au moins un joueur et une joueuse atteignent ce stade de la compétition. A l'époque, Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet et Kristina Mladenovic étaient les heureux élus. Est-ce à dire que le temps des vaches maigres est terminé ? "On était presque en train de s'habituer à une situation anormale, et de se résigner. Et ce qui s'est passé en Australie a remis un coup de fouet à tout le monde. Je crois beaucoup à l'émulation : si certains relancent la machine, ça insuffle un nouvel élan. On attendait ça depuis très longtemps quand même", considère Camille Pin, consultante pour Eurosport.
Open d'Australie
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Cornet entre surprise, régularité récompensée et recul salutaire

Ceux qui ont sonné la révolte à Melbourne ont un point commun : ils ont tous, sans exception, dépassé la trentaine. Est-ce à dire que l'expérience est une qualité fondamentale pour appréhender les quatre monuments du calendrier tennistique ? Peut-être. Mais ces mêmes joueurs étaient déjà dans les tableaux de Grand Chelem l'an dernier et n'avaient pas connu de résultats aussi probants. Difficile donc d'identifier un phénomène structurel, une analyse individuelle semble s'imposer.

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La belle surprise est évidemment venue d'Alizé Cornet qui a atteint son premier quart de finale en Majeur. Enfin, une surprise vraiment ? Peut-être pas étant donné l'homogénéité du tennis féminin. "Alizé est une des joueuses les plus régulières du circuit. Et elle est en train d'en récolter les fruits. Elle n'a pas surjoué. Elle était très difficile à sortir parce que physiquement, elle était super affutée, et que mentalement, elle n'est jamais battue", fait remarquer Camille Pin.
Cornet avait ainsi atteint tous les huitièmes de finale en Grand Chelem, il n'y avait pas de raison pour qu'elle ne brise pas un jour ce plafond de verre. Pourquoi cette année en Australie ? Peut-être parce qu'en se disant que ce pouvait être sa dernière saison, la Niçoise de 32 ans s'est enlevé un poids. "Le fait de se relâcher davantage donne une autre ampleur à son jeu. Son bras partait mieux sur cette quinzaine, ses balles bombées ont eu plus de poids et ses jambes ont mieux fonctionné dans les moments importants. On sent qu'elle a pris beaucoup de plaisir, ce qui n'était pas tout le temps le cas auparavant."

Monfils a retrouvé sa place, Mannarino et Paire sont redevenus des facteurs X

Gaël Monfils, lui, avait donné quelques raisons d'espérer un beau parcours en démarrant l'année par un titre à Adélaïde. Il a assimilé la méthode de travail de Günter Bresnik et a aussi retrouvé la joie de jouer. Profitant à merveille de l'expulsion d'Australie de Novak Djokovic, il a poussé l'aventure jusqu'en quart de finale sans perdre le moindre set. Il semblait même en mesure d'atteindre la demie, mais il n'a pas réussi à se sublimer assez pour faire tomber Matteo Berrettini, finalement vainqueur en cinq sets.

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Le chemin parcouru par rapport à ses deux dernières saisons est malgré tout immense et prometteur. Monfils s'est remis sur les rails. "Compte tenu du contexte, il aurait pu aller chercher plus loin. Mais c'est dans sa façon de s'exprimer sur le court, dans ses choix, qu'il a été très fort. C'est plus structuré et posé qu'avant. Il est en train de passer un cap à mon sens. J'ai été impressionnée par ce qu'il produisait, plus que par le résultat en lui-même parce que les quarts en Grand Chelem (il a atteint ce stade pour la 10e fois, NDLR), il l'avait effectivement déjà fait", considère notre consultante.
D'autres trentenaires ont agréablement surpris. D'abord bien sûr Adrian Mannarino avec des victoires marquantes face à Hubert Hurkacz et Aslan Karatsev. L'atypique gaucher de 33 ans a aussi fait preuve d'une belle résistance face au futur vainqueur du tournoi Rafael Nadal en huitième, dans un tie-break épique perdu 16 points à 14. Le bon parcours de Benoît Paire, battu au 3e tour en quatre manches par Stefanos Tsitsipas mais tombeur au 2e de Grigor Dimitrov, est aussi à souligner. L'Avignonnais, en perdition depuis deux ans et l'émergence de la pandémie de Covid, a eu une belle réaction et une attitude irréprochable sur le court.

Mais la relève reste trop légère

Mais ces quelques résultats encourageants ne sauraient panser toutes les plaies du tennis français. Car si les "papis" (le terme est utilisé ici affectueusement) font de la résistance, que dire de ceux qui sont censés prendre la relève ? Prometteur lors de l'ATP Cup, Ugo Humbert est globalement passé à côté de son 1er tour face à son glorieux aîné Richard Gasquet. Le constat est le même pour Hugo Gaston, dominé d'entrée par le qualifié et 175e mondial, Chris O'Connell, même si affronter un Australien chez lui n'est pas une sinécure.

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Quant à Arthur Rinderknech, qui avait lui réussi à venir à bout d'un autre Aussie, Alexei Popyrin, il a malheureusement été contraint au forfait au 2e tour à cause d'une blessure au poignet. La relève se fait donc toujours attendre. Peut-être le format long est-il plus difficile à assimiler pour la jeune génération qui n'en a pas l'habitude, et ce malgré l'épopée d'un Gaston à Roland-Garros en 2020 ou le huitième de finale à Wimbledon d'un Humbert en 2019.
"Les carrières se prolongent, beaucoup de joueurs ont plus de 30 ans. Ou tu es jeune et au-dessus du lot, ou ce n'est pas le cas et il faut bosser, bosser pour se forger un niveau moyen solide. Ugo Humbert a bien joué à Wimbledon mais quand il est sur un tournoi à 70 % de ses moyens, ça ne passe pas parce qu'il n'a peut-être pas assez de schémas ou de choses très carrées dans son jeu pour s'en sortir. Et ça, c'est de l'analyse : comment gérer ces cinq sets avec son ADN tennistique à bon escient ? Et ça prend du temps. Même un Félix Auger-Aliassime, qui a cartonné très vite, a eu besoin d'assimiler des choses pour franchir un cap en Grand Chelem", explique encore notre consultante.

A défaut de densité, ces résultats peuvent inspirer

Patience donc. Et le mot d'ordre est le même côté féminin où l'état des lieux est toutefois plus préoccupant encore à cause du manque de densité au haut niveau, Caroline Garcia et Kristina Mladenovic ne parvenant plus à retrouver le niveau qui avait fait d'elles des Top 10. Après son quart de finale à Melbourne, Alizé Cornet est ainsi la seule représentante française dans le Top 50 (37e). Mais sa rage de vaincre, son éthique de travail et sa persévérance doivent servir de modèle aux jeunes et prometteuses Diane Parry et Clara Burel, toux deux championnes du monde junior.
Aux antipodes, Cornet et Monfils ont donc été de remarquables premiers de cordée. Mais ils ont pour le moment du mal à entraîner la relève dans leur sillage. Faute de ruissellement, ces deux quarts de finale sont tout de même une bouffée d'air frais. Il convient de s'en réjouir, sans oublier que le chantier reste immense.
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