Allongé sur son lit d'hôpital en Suisse le 25 novembre dernier, Stefanos Tsitsipas affichait un sourire de circonstance. Et pour cause, le Grec venait tout juste de se faire opérer d'un coude droit qui lui avait gâché sa fin de saison 2021 avec un abandon d'entrée à Paris-Bercy et un forfait au Masters de Turin après avoir joué un match. Le voir en état de disputer l'Open d'Australie 2022 était donc tout sauf une garantie. Mais il a tout fait - y compris se vacciner - pour y être, et mieux, il est même toujours en course à mi-tournoi. Un minimum pour un joueur de son standing, mais une indéniable réussite compte tenu des circonstances.
Car si Tsitsipas a connu une récupération-éclair - il était de retour à l'entraînement (progressif) deux à trois semaines après l'intervention chirurgicale -, il n'a tout de même pas eu une préparation idéale. Remis sur pied pour l'ATP Cup, il avait fait l'impasse sur le premier simple contre Hubert Hurkacz, avant de se tester en double. Deux jours plus tard, il s'était incliné face à Diego Schwartzman, avouant avoir souffert du coude en fin de partie et révélant ne quasiment pas avoir servi lors de ses séances à l'inter-saison pour se préserver.
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Sa blessure au coude dans les rétros ? Les faits semblent le confirmer

Tennistiquement, le Grec avait retrouvé des repères mais allait-il tenir la distance des cinq sets à l'Open d'Australie ? La première semaine a apporté quelques éléments de réponse. S'il n'a pas été d'une régularité exceptionnelle et a abandonné deux sets, Tsitsipas s'est globalement rassuré. "Je sens que je vais de mieux en mieux physiquement après chaque match. Mon coude ne me dérange plus depuis Sydney (où se jouait l'ATP Cup, NDLR). Je constate une très bonne progression et je suis heureux de mon jeu", a notamment déclaré l'intéressé après sa victoire au second tour sur l'Argentin Sebastian Baez (7-6, 6-7, 6-3, 6-4) après 3h22 de combat.

Sans briller, Tsitsipas a éteint la promesse Baez : le résumé de sa qualification

A la suite de son 3e tour contre Benoît Paire, il a même coupé court aux questions d'un laconique : "Mon coude va très bien." Volonté de ne donner aucune information à la concurrence ou constat simple que le problème est derrière lui ? Seul Tsitsipas le sait. Mais ses statistiques tendent à confirmer que les choses vont dans le bon sens. En moyenne, il a ainsi servi 63 % de premières balles sur cette première semaine, un pourcentage honnête à défaut d'être exceptionnel. Et il a surtout trouvé son rythme en fond de court, notamment côté revers : après un 1er tour à 38 fautes directes en trois manches, il n'en a fait que 14 et 26 lors de ses deux matches suivants.
Dans le même temps, les coups gagnants pleuvent : le numéro 4 mondial en a frappé pas moins de 47 contre un Benoît Paire pas connu pour permettre à ses adversaires de se régler. Mais le plus important est peut-être à chercher autre part pour Tsitsipas. Au-delà de sa blessure au coude l'an dernier, il semblait ne jamais s'être vraiment remis de sa défaite en finale de Roland-Garros face à Novak Djokovic. Numéro 1 à la Race avant cette finale en 2021, il avait clairement accusé le coup en seconde partie de saison. A tel point que la thèse d'un burn-out le concernant a pris de l'ampleur, surtout après sa sortie au 3e tour de l'US Open malgré un superbe duel contre Carlos Alcaraz.

"Je suis heureux de la façon dont je me suis battu" : Tsitsipas a rallumé la flamme

Englué dans la polémique sur ses pauses prolongées aux toilettes en cours de match, Tsitsipas avait quelque peu perdu la flamme. Or, lors de cette première semaine de l'Open d'Australie, il a clairement montré qu'il avait retrouvé la gnaque, à défaut de pratiquer un tennis parfait. "C'est bien de jouer et d'être en huitièmes de finale, Je suis heureux de la façon dont je me suis battu à la fin. J'ai été constant et patient quand il le fallait et ça a payé", a-t-il encore noté après avoir disposé de Benoît Paire.

Surréaliste : Quand Tsitsipas, à fond dans son match, ne réalise pas qu'il vient de gagner

Au cours de ce 3e tour accroché, le Grec s'est ainsi souvent encouragé avec vigueur dans les fins de set, ne laissant aucun doute sur sa motivation. Il a surtout fait preuve d'une concentration de tous les instants. Tsitsipas était même tellement dans sa bulle qu'il en a oublié que son ultime break dans le quatrième set était aussi synonyme de victoire. Une séquence insolite qui peut aussi être interprétée comme un état de fébrilité certain. Quoi qu'il en soit, elle prouve qu'il a envie de bien faire, peut-être même un peu trop.
En tout cas, le numéro 4 mondial ne manque pas de confiance en lui. Interrogé en conférence de presse, il a désigné Daniil Medvedev, Alexander Zverev (sorti en huitième de finale) et Rafael Nadal comme "les meilleurs sur dur". Puis interrogé sur son cas, il s'est empressé d'ajouter : "Je ne savais pas que je pouvais me citer aussi. Quand on me pose des questions comme celle-ci, je pense toujours aux autres. Mais bien sûr que je m'y inclus, à 100 %." Voilà qui a le mérite d'être clair.

Variations en revers et jeu au filet : des pistes pour bousculer la hiérarchie

D'autant qu'il considère avoir des atouts que certains de ses rivaux n'ont pas pour réussir sur cette surface. "J'ai un super jeu au filet, et la plupart des joueurs n'ont pas la capacité de monter à la volée de la même manière que moi et d'y gagner beaucoup de points. Ils n'ont tout simplement pas cet atout. Donc je pense que c'est quelque chose qui joue en ma faveur, et j'ai travaillé toute ma vie pour perfectionner cet aspect de mon jeu."

"Tsitsipas a progressé en revers" : Justine Hénin analyse le coup du Grec

Force est de constater que les chiffres lui donnent raison. Toujours lors de sa victoire contre Paire, Tsitsipas a conclu victorieusement 34 de ses 47 montées au filet (72 % de réussite). Contre un gros frappeur comme Taylor Fritz en huitième de finale, ce genre de prise d'initiative pourrait s'avérer payant, histoire de perturber la cadence de l'Américain qui est venu à bout d'un maître en la matière au 3e tour : Roberto Bautista Agut.
Tsitsipas a aussi davantage utilisé son slice de revers en alternance avec des frappes plus recouvertes dans ce début de tournoi. Il a incontestablement utilisé ce début de tournoi pour se rassurer, mais aussi travailler certains aspects de son jeu, faute de temps à leur consacrer lors de sa préparation hivernale raccourcie. S'il n'évolue pas encore à son meilleur niveau, le Grec accumule des victoires, du temps sur le court et donc de la confiance. Peut-être assez pour devenir une menace crédible en fin de tournoi.
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