Une claque. Une bonne grosse claque. Alexander Zverev avait beaucoup parlé ces dernières semaines. Depuis sa fin de saison en trombe avec ce titre au Masters en battant successivement Djokovic puis Medvedev, l'Allemand se sentait fort. De son évocation du "Nouveau Big 3" qu'il compose à ses yeux avec le Serbe et le Russe à son ambition clairement affichée de décrocher à Melbourne son premier Majeur et si possible la place de numéro un mondial, le champion olympique avait mis carte sur table. Mais dimanche, balayé par Denis Shapovalov (6-3, 7-6, 6-3), il a disparu dès les huitièmes de finale de cet Open d'Australie.
Un nouvel échec en Grand Chelem qui, sur le fond comme sur la forme, le ramène loin en arrière. "C'est peut-être mon pire match depuis Wimbledon", a-t-il estimé, consterné par sa propre performance. "Franchement, je ne peux rien retirer de positif de ce match, c'est dur, a admis le numéro 3 mondial. Bravo à Denis. Il le mérite. Il a beaucoup travaillé, son jeu a beaucoup progressé. Mais moi, je dois me regarder en face. Aujourd'hui, c'était juste... horrible de mon côté."

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Le retour des démons

Mais comment expliquer un tel écroulement ? Tactiquement, Shapovalov a surpris Zverev en se tenant loin de sa ligne sur ses jeux de retour. "Je n'y attendais pas, c'est la première fois que je le vois faire ça. Il a beaucoup plus relancé que d'habitude", relève l'Allemand, qui n'a servi que trois aces, pour huit doubles fautes. Comme si ses démons s'étaient réveillés. Il a également pointé la chaleur, étouffante dimanche : "C'est différent de jouer en journée ou le soir. Ça ne m'a pas aidé. Mais il n'y a aucune excuse. Je dois faire mieux, c'est tout."
Peut-être avait-il senti venir le coup. Malgré ses trois victoires en trois sets en première semaine, Sascha Zverev n'était pas satisfait de son jeu. "C'est O.K." avait-il dit quand on lui avait demandé de juger son niveau lors de ses trois premiers tours. "Pour être honnête, a-t-il confirmé après ce naufrage dominical, je ne pense pas que je jouais très bien dans ce tournoi. A part peut-être le match contre John Millman, où j'avais fait un bon match, mais les deux autres n'étaient pas terribles." Malgré cela, on pouvait espérer de lui, et sans doute l'attendait-il aussi, qu'il soit capable de hausser le ton à partir des huitièmes. Ce ne fut (vraiment) pas le cas.

Alexander Zverev

Crédit: Getty Images

Je n'avais pas vu Zverev aussi passif depuis très longtemps
Pourtant, il l'assure, sa préparation "a été très bonne, l'intersaison aussi." Alors, quoi ? Le retour du complexe du Grand Chelem ? Une pression excessive qu'il se serait infligée lui-même après le forfait contraint et forcé de Novak Djokovic ? Pour l'instant, à chaud, c'est surtout l'incompréhension qui prédomine. Zverev répète en boucle "Je n'ai pas d'excuses, je dois faire mieux, je dois faire mieux. C'est aussi simple que ça." Pas si simple, non, de trouver les raisons de cet échec colossal, alors que toutes les pièces du puzzle semblaient en place.
Boris Becker ne comprend pas, lui non plus. "Sascha est arrivé débordant de confiance. Quelque chose s'est passé ces dernières semaines. C'est très décevant, a jugé l'ancien numéro un mondial sur Eurosport. Sascha n'a jamais trouvé son jeu, il n'était pas dynamique, pas agressif. Dès le début, on a senti que Shapovalov avait toujours une longueur d'avance. Il y avait plus de vie chez lui."
Au-delà de la défaite, c'est ce côté amorphe qui a surpris, et déçu, notre consultant : "Je n'avais pas vu Zverev aussi passif depuis très longtemps. Vous pouvez perdre, mal jouer, mais vous devez quand même faire l'effort de laisser votre âme sur le terrain. Ce n'était pas le cas aujourd'hui." Un constat sévère mais juste. Alexander Zverev a presque donné le sentiment de ne pas être là dimanche.
Je suis numéro 3 mondial, je dois prendre mes responsabilités et je ne l'ai pas fait
Et maintenant ? Les prochaines semaines vont être compliquées à gérer pour lui. Il n'a toujours pas de titre du Grand Chelem dans sa besace. C'était déjà le cas avant cet Open d'Australie mais, facteur aggravant, sa spirale ascendante s'est brisée à Melbourne. Depuis cet été, son titre olympique, son sacre au Masters, et surtout l'évolution dans son jeu, son attitude, il semblait avoir laissé de côté tous ses travers de jeunesse. Que reste-t-il de tout ça ? Pas grand-chose, après une telle gifle. Zverev vient de reculer de plusieurs mois. C'est encore plus grave que de ne pas gagner cet Open d'Australie.
Désormais, il n'est plus question de place de numéro un ou de quoi que ce soit de ce genre. "Ce serait complètement idiot de parler de tout ça maintenant", admet Zverev, qui a visiblement pris un gros coup derrière la tête. Au moins, il assume. "Ce n'est pas la faute de mon coach, de mon équipe ou de qui que ce soit d'autre. C'est simplement la mienne. Je suis numéro 3 mondial, je dois prendre mes responsabilités et je ne l'ai pas fait", dit-il. La fin de l'hiver va être longue pour l'Allemand. Il sait que les critiques vont revenir s'abattre sur lui. Il sait aussi qu'il les mérite.
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