Elle le savait : en s'en prenant au double, Marion Bartoli allait inévitablement s'attirer quelques inimitiés. Pour aider les joueuses et les joueurs professionnels de simple hors top 100 à mieux gagner leur vie sur le circuit, la Française avait émis l'idée de redistribuer une partie des dotations des tournois de double vers les qualifications des compétitions de simples ou même le circuit Challenger.

Pour appuyer sa proposition, elle avait fait part de son expérience personnelle, dénonçant en quelque sorte l'incongruité d'une certaine aisance financière de certaines paires - capables selon elle de voyager avec "six personnes" dans leur staff (coach, préparateur physique, etc.) - par rapport aux "galériens" du circuit en simple.

Tennis
Bartoli : "Pourquoi ne pas donner une partie de l'argent des doubles aux Challengers ?"
27/05/2020 À 10:13

L'argument a visiblement fait bondir Nicolas Mahut sur Twitter. "Je suis jaloux !!! Moi qui pensais avoir un staff étoffé, peux-tu me présenter le joueur de double qui voyage avec six personnes s'il te plaît Marion ?", a-t-il posté ironiquement sur le réseau social. Sacré notamment dans les quatre levées du Grand Chelem et au Masters avec son compère Pierre-Hugues Herbert, l'Angevin, joueur de simple aussi, connaît parfaitement le circuit de double. Le voir défendre une discipline dans laquelle il a eu un tel succès n'a rien d'étonnant. Le contraire reviendrait à se tirer une balle dans le pied.

"Les femmes ne devraient pas gagner autant que les hommes parce qu'elles ne jouent pas cinq sets en Grand Chelem ?"

Pour justifier l'idée d'une suppression de certains tableaux de doubles ou la réaffectation des gains de ces épreuves vers les petits tournois de simples, Bartoli s'est attaqué à l'investissement physique moindre réclamé la discipline. De fait, un double nécessite moins de préparation athlétique qu'un simple pour la bonne et simple raison qu'il y a deux fois moins de terrain à couvrir pendant un match. L'argument est de bon sens, mais il a une faiblesse que Mahut n'a pas manqué de souligner dans un deuxième tweet. "Si je suis ton raisonnement jusqu'au bout concernant la notion d'effort, tu penses alors que les femmes ne devraient pas avoir le même 'prize money' que les hommes parce qu'elles ne jouent pas au meilleur des cinq sets en Grand Chelem !? Moi si, je pense que tu te trompes de cible."

Il n'en demeure pas moins que le double, bien que spectaculaire, n'attire pas les foules, à l'exception de quelques stars de la discipline comme les frères Bryan qui vont d'ailleurs tirer leur révérence. Le sujet du double est un tabou sur le circuit, comme l'expliquait le directeur de l'Open 13 Jean-François Caujolle à Rémi Bourrières il y a de cela quelques mois. "Il est clair que le double tel qu'il est organisé sur le circuit aujourd'hui ne veut plus dire grand-chose. On en parle depuis des années, c'est un serpent de mer. Mais que faire ? On ne peut pas dire aux joueurs de double : 'vous sortez du circuit, parce que vous n'êtes plus rentables.' Parce que la réalité, elle est là… Mais faire ça, c'est envoyer toute une population au chômage. Et ces joueurs-là font aussi partie de la famille du tennis", soulignait-il.

Entre la réalité financière des circuits en ces temps de crise et l'histoire du jeu, doit-on choisir ? C'est tout le débat du moment. A moins d'opter pour une répartition plus équitable des gains dans les tournois de simple comme le proposait Grégoire Jacq, et ainsi éviter de paupériser une discipline à part entière du tennis en réduisant les tableaux de doubles. Les prochaines semaines et les choix qui seront faits à la reprise des circuits seront plus que jamais décisifs pour l'avenir de bien des spécialistes de la discipline.

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