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Wawrinka, le miroir qui fait mal aux Bleus

L'oeil de Roland : Wawrinka, le miroir qui fait mal aux Bleus

Le 05/06/2017 à 20:53Mis à jour Le 05/06/2017 à 22:54

ROLAND-GARROS 2017 – Bourreau de Gaël Monfils après avoir été celui de Richard Gasquet ou Jo-Wilfried Tsonga ces dernières années à Paris, Stan Wawrinka peut toujours rêver à une quatrième couronne en Grand Chelem. Le Suisse s'est construit un palmarès et nourrit aujourd'hui des ambitions qui échappent aux leaders tricolores.

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Il y a des coups d'œil dans le rétro qui font plus mal que d'autres. Plaçons-nous quatre années en arrière, juste avant Roland-Garros. A cette époque, Stan Wawrinka vient de fêter ses 28 ans. Comme Jo-Wilfried Tsonga. Richard Gasquet et Gaël Monfils sont à peine plus jeunes. 28 ans, plus vraiment l'âge d'être un espoir. Le Suisse est 15e mondial. Son palmarès reste maigrichon. Il vient tout juste d'y ajouter un quatrième titre. Quatre ATP 250, la plus petite catégorie de tournois. A Umag, Casablanca, Chennai et Estoril. En Grand Chelem, sa carte de visite est tout aussi anecdotique : en 32 participations, il n'a jamais atteint le dernier carré et ne compte que deux quarts de finale.

Bref, Stanislas, pas encore Stan the man, est un excellent joueur. Mais tout sauf un grand champion. Qui aurait imaginé que, 48 mois plus tard, il serait solidement installé sur le podium du classement ATP avec 12 titres de plus au compteur (soit une moyenne de quatre par an sur la période), une Coupe Davis et, surtout, avec trois victoires en Grand Chelem ? Pas grande monde, probablement. Pas moi, en tout cas. Pas même lui, sans doute. A ce niveau, ce n'est plus une mue, mais bien une véritable métamorphose.

Stanislas Wawrinka, vainqueur de Roland-Garros 2015

Stanislas Wawrinka, vainqueur de Roland-Garros 2015AFP

Un gigantesque "Mais"

En 2013, avant l'envol de Wawrinka, Tsonga, Monfils et Gasquet avaient tous accompli davantage que lui. En Grand Chelem, notamment, où tous avaient déjà goûté au dernier carré et même à une finale dans le cas de JWT. C'est cela qui a fait dire au Manceau après le premier sacre majeur de Wawrinka lors de l'Open d'Australie 2014 que le Suisse, à ses yeux, Wawrinka "méritait moins" que lui de gagner un Grand Chelem. C'était beaucoup plus maladroit que sournois. Ce que Tsonga voulait dire, en le disant si mal, c'est que lui, comme d'autres (un Berdych, au hasard) tournaient autour du pot depuis des années. Wawrinka en était bien plus éloigné, avant de foncer dessus brusquement.

L'immense réussite de Wawrinka tranche avec, disons, la stagnation des leaders tricolores. Stagnation à un très haut niveau, certes. Tous ont joué des demi-finales majeures ces dernières années, Tsonga a (re)gagné un Masters 1000 et claqué des victoires significatives. Mais il subsiste un gigantesque "Mais" sur leur carrière. Celui qui fait que Yannick Noah, 34 ans après, attend toujours un successeur en Grand Chelem.

Jo-Wilfried Tsonga serre la main de Stan Wawrinka après leur demi-finale - Roland-Garros 2015

Jo-Wilfried Tsonga serre la main de Stan Wawrinka après leur demi-finale - Roland-Garros 2015AFP

Contraste saisissant et cruel

En réalité, Tsonga ne s'est pas posé la bonne question. Plutôt que "pourquoi lui?", la vraie interrogation c'est : "pourquoi pas moi? Oui, pourquoi eux ont échoué là où lui a magistralement réussi ? Est-ce tennistique ? Physique ? Psychologique ? Un peu de tout cela, probablement. Le fait est qu'ils n'ont jamais franchi cette dernière marche, la plus grande et la plus abrupte, qui séparent les grands joueurs des grands champions.

C’est d'autant plus saisissant et, d'une certaine manière, cruel que Wawrinka a surtout appuyé là où ça fait mal : en territoire français. En finale de la Coupe Davis à Lille, en 2014. Et plus encore ici, à Roland-Garros, en mettant fin au parcours de Richard Gasquet en 2013, Jo-Wilfried Tsonga en 2015 et Gaël Monfils pas plus tard que lundi. Ils ont longtemps été son égal, ils avaient même pris de l'avance, mais aujourd'hui, il n'y a plus photo.

L'exemple de Wawrinka doit certes inciter à éviter les verdicts trop tranchés et définitifs. Mais Tsonga a 32 ans, Gasquet 31 et Monfils 30. Leur chance est probablement passée, même s’il ne faut jamais dire jamais. S'ils ne mettent pas dans le mille avant de tirer leur révérence, il leur restera de réelles satisfactions. "Jo a quand même une carrière incroyable", a d’ailleurs dit Wawrinka de Tsonga en janvier dernier. C'est vrai. Mais il subsistera aussi ce sentiment que certains potentiels n'ont pas été exploités jusqu'au bout. Contrairement à d’autres. En cela, Wawrinka s'impose comme l'éblouissant contraste du tennis français.

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