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"Ma grand-mère était sous la douche, je lui ai dit 'on va à Paris' !"

"Ma grand-mère était sous la douche, je lui ai dit 'on va à Paris' !"

Le 28/05/2018 à 18:02Mis à jour Le 28/05/2018 à 23:19

ROLAND-GARROS 2018 – Par un improbable concours de circonstances et un voyage plus improbable encore, Marco Trungelliti, éliminé en qualifications, a pu jouer le premier tour dans le grand tableau lundi. Mieux, l'Argentin a gagné. Son histoire, sa simplicité et… sa grand-mère, ont fait de lui la vedette inattendue de ce début de Roland-Garros.

C'est sans aucun doute l'histoire de ce début de quinzaine. Entre road movie et conte de fées, Marco Trungelliti a vécu 24 heures complètement dingues, de celles qui peuvent difficilement ne pas toucher. Eliminé au dernier tour des qualifications jeudi dernier, l'Argentin n'avait a priori aucune chance de bénéficier d'un statut de lucky loser.

Samedi, il avait d'ailleurs quitté Paris, direction Barcelone, "pour visiter, parce que c'est très joli", comme il l'a dit. Mais le nombre anormalement élevé de forfaits au cours du week-end, et notamment le dernier en date, celui de Nick Kyrgios, lui a ouvert les portes du grand tableau. Dimanche, il a donc remis le cap sur Roland-Garros et lundi, il a battu Bernard Tomic pour se hisser au deuxième tour. Dingue ? Oui, complètement.

Lundi après-midi, sur les coups de 16h30, Trungelliti a donc eu droit aux honneurs de la principale salle de conférence de presse. Pas un siège n'est resté vide pour l'entendre raconter sa folle épopée. Un quart d'heure plus tôt, il n'y avait pas autant de monde pour écouter Stan Wawrinka. Tout sourire, le 190e joueur mondial a peut-être alors pris la mesure de l'impact de ce qu'il venait de vivre. S'il avait eu quelques échos par sa femme, il n'imaginait pas l'ampleur de l'intérêt que tout le monde lui portait. "Moi, je ne suis sur aucun réseau social. Donc je ne savais pas à quoi m'attendre. En tout cas, je n'avais fait une conférence de presse avec autant de monde", a-t-il avoué.

Dix heures de route entre Barcelone et Paris

Il ne s'est toutefois pas fait prier pour raconter les détails de son histoire. "Dimanche matin, mon coach m'a dit 'Safwat (L'Egyptien, qui le devançait sur la liste des lucky losers) va jouer', alors tu devrais garder un œil sur les forfaits", a-t-il expliqué. Et quand Kyrgios a renoncé, il était donc le bénéficiaire suivant. Il a eu "cinq minutes pour décider" s'il acceptait ou non. Mais ça ne se refuse pas. "On se préparait pour aller à la plage. On a fait les bagages en une demi-heure. Et on avait besoin de grand-mère, c'est sûr ! Elle était sous la douche, et je lui ai dit 'on va à Paris' !".

Voilà donc la famille embarquée pour un long voyage de dix heures en voiture. "Il y avait déjà eu des vols annulés quand je suis parti vendredi, je n'avais pas confiance, et en ce moment il n'y a pas de trains en France", a poursuivi Trungelliti, déclenchant l'hilarité de la salle. Avec son frère, Andre, sa maman, Suzanne et donc sa grand-mère de 89 ans, Daphné, voilà toute la famille en route.

"Nous sommes partis à 13 heures, arrivés vers 23h30, donc plus de dix heures de voiture, raconte-t-il. Mais vous savez, en Argentine, si vous n'habitez pas à Buenos Aires, dix heures, ce n'est rien du tout. Vous pouvez rouler dix heures sans voir une seule ville. On a l'habitude. Puis on a eu que de l'autoroute, ça nous change de l'Argentine. Chez nous, on ne sait jamais qui on va croiser sur la route, si le gars qui arrive en face est saoul ou s'il est sous l'emprise de la drogue, donc l'espérance de vie ne dépasse pas deux heures."

" Ma grand-mère ne sait même pas comment on compte les points"

Marco le bienheureux dit avoir conduit environ deux heures, laissant le volant à son frère le reste du temps, et avoir "bu beaucoup de café". Une fois rendu à Paris, le lucky loser le plus improbable de l'histoire du Grand Chelem est allé se coucher. "J'ai dû dormir cinq heures, pas plus. A 7h30, on était à Roland-Garros", dit-il. Car, en prime, il était programmé en tout premier match sur le court numéro 9. "Mais ça allait, c'était bien. C'est beau. Mentalement, j'étais prêt à jouer. Physiquement, je n'en avais aucune idée." Mais deux heures et cinquante-quatre minutes plus tard, il s'imposait en quatre sets face à Tomic, avec un public tout acquis à sa cause.

Marco Trungelliti est sans conteste la star de ce début de tournoi. La seule personne qui arrive à lui voler la vedette, c'est sa grand-mère. "Elle m'a toujours dit qu'avec son mari, ils aimaient planifier les voyages à la toute dernière minute, donc ça lui allait bien !", rigole l'Argentin. Lundi, mamy Trungelliti était très prisée des médias argentins, elle aussi. Mais ne lui demandez pas d'analyser la victoire de son petit-fils : "Elle ne connait rien au tennis, assure ce dernier. Elle ne sait même pas comment on compte les points. Après ma victoire, elle m'a dit qu'elle n'avait aucune idée de ce qui était en train de se passer, jusqu'à ce qu'elle voie tout le monde se lever pour applaudir. Elle est géniale. Géniale."

Marco Trungelliti à Roland-Garros.

Marco Trungelliti à Roland-Garros.Getty Images

" Je voudrais dormir une journée et demie"

En se hissant au deuxième tour de Roland-Garros, Trungelliti est assuré de récolter au moins 79000 euros. Soit largement plus du double de ses gains en 2018. Pas anodin pour ce joueur de 28 ans qui n'a jamais mis les pieds dans le Top 100. Maintenant, il aimerait ne pas s'arrêter là. Mais la suite sera sans doute plus difficile à gérer. "Il y avait tellement d'adrénaline et je n'avais aucune pression, alors je ne ressentais pas la fatigue", dit-il à propos de son match face à Tomic. Mercredi, ce sera peut-être différent. "J'aimerais dormir pendant une journée et demie", s'amuse le héros.

D'une certaine manière, il sera attendu. Tout le monde va vouloir connaître la suite de l'histoire sans en perdre une miette. Opposé à l'Italien Marco Cecchinato, 72e mondial, Trungelliti rêve de franchir pour la première fois le cap du deuxième tour en Grand Chelem. Pour l'aider, il pourra toujours compter sur sa grand-mère, qui n'a pas l'intention de quitter Paris. Le reste de la famille non plus. Quoi qu'il arrive maintenant, ils n'auront pas fait tout ce chemin pour rien.

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