Getty Images

Chang : "Avec Ivan, nous n’avons jamais reparlé de Roland-Garros 1989"

Chang : "Avec Ivan, nous n’avons jamais reparlé de Roland-Garros 1989"
Par Eurosport

Le 05/06/2019 à 10:11Mis à jour Le 05/06/2019 à 16:20

ROLAND-GARROS – Il y a tout juste trente ans, le 5 juin 1989, Michael Chang, gamin de 17 ans plein de talent, mais aussi de roublardise, remportait un des plus célèbres matches de l’histoire en battant Ivan Lendl, alors numéro un mondial. C’est le fameux match du service à la cuillère. Pour Eurosport, l’Américain revient sur cette inoubliable rencontre, et sur son sacre à Paris cette année-là.

Que ressentez-vous chaque année en revenant à Roland-Garros ?

Michael CHANG : C'est toujours spécial pour moi de revenir à Roland-Garros. Encore plus cette année, pour les trente ans de ma victoire. Je suis toujours bien accueilli par la Fédération française, je prends beaucoup de plaisir à jouer le tournoi des légendes et à accompagner Kei (Nishikori, dont il est l’entraîneur, NDLR) le plus loin possible.

Vous souvenez-vous de votre état d'esprit avant d'aborder le tournoi en 1989 ?

M.C. : C'était mon deuxième Roland-Garros. La FFT avait eu la gentillesse de m'accorder une invitation l'année précédente. Ça avait été une superbe opportunité et une bonne expérience pour moi. Du coup, quand je suis revenu en 1989, je me sentais comme quelqu'un qui avait déjà découvert tout l'environnement du tournoi. Je me sentais prêt à affronter les meilleurs.

Michael Chang

Michael ChangGetty Images

Arnaud Deleval, votre sparring-partner à l'époque, nous a confié qu'une partie de votre entourage, votre entraîneur notamment, José Higueras, ne croyait pas à une possible victoire, mais que vous, vous étiez persuadé de pouvoir faire quelque chose…

M.C. : En fait, ce n'était pas tant moi que ma mère. C'est bizarre, parce qu'elle n'est pas tout du genre à faire des prédictions. Elle ne dit pas ce genre de choses mais là, pour une raison que j'ignore, avant le tournoi, elle a dit à mon père qu'elle avait cette conviction étrange que j'allais gagner le tournoi. Mon père lui disait : "Oui, oui, écoute, on va juste prendre match par match."

Votre mère vous en avait fait part avant ou pendant le tournoi ?

M.C. : Non, mon père et ma mère ne m'ont pas parlé de tout ça avant la fin du tournoi. Je ne sais pas pourquoi elle était convaincue que je remporterais ce Roland-Garros. C'est la seule fois où elle a dit ça. Elle a eu une intuition incroyable.

Vidéo - "Ma mère avait l'étrange conviction que j'allais gagner Roland-Garros"

01:37
" Ce n'était plus seulement une bataille physique mais une lutte psychologique"

Mais étiez-vous, de votre côté, convaincu de pouvoir gagner ce Roland-Garros ?

M.C. : Je savais que je jouais du bon tennis... Mais, ce tournoi, c'est un peu comme une histoire que tu racontes à tes enfants le soir, comme si c'était plus un conte de fées plus qu'une histoire vraie. Une belle histoire qui se finit bien.

Pour beaucoup, l'image qui reste de votre tournoi, c'est votre service à la cuillère contre Lendl. C'est l'image de votre carrière…

M.C. : Les gens me demandent souvent si c'était prémédité, mais pas du tout. C'est dû aux circonstances. J'avais des crampes. Mon premier service avançait à 120 km/h. Je me suis juste dit "de quelle manière je peux gagner le prochain point ?". Alors j'ai fait un service à la cuillère. Mais j'ai dû y penser une ou deux secondes avant de le faire. J'ai mis de l'effet dedans. Ivan a dû rentrer dans le court parce qu'il était loin. J'ai tiré un passing shot qui a ricoché sur le bord de sa raquette. Ce n'était plus seulement une bataille physique mais une lutte psychologique. Mais je ne l'ai jamais refait dans toute ma carrière.

Vidéo - Chang : "Je n'oublierai jamais ce que m'a dit Lendl droit dans les yeux"

01:43

Avez-vous reparlé avec Lendl de ce match au cours des 30 dernières années ?

M.C. : C'est drôle parce qu'on s'entend très bien avec Ivan. On est plutôt copains. On parle de beaucoup de choses ensemble. De nos enfants, de tennis, de golf. Mais nous n’avons jamais reparlé de Roland-Garros 1989. Jamais. J'ai un immense respect pour Ivan, en tant que champion et en tant que personne. J'ai fait appel à ses conseils à divers moments de ma carrière. Mais la première fois que je l'ai revu après notre match à Roland-Garros, ce n'était pas dans le vestiaire à Paris. Il était déjà parti.

C'était où ?

M.C. : A Wimbledon, quelques semaines plus tard. J'étais sur un court d'entraînement, il arrivait, on allait se croiser, il n'y avait qu'un chemin possible. Je me suis dit "bon, nous y voilà". Je pensais que, peut-être, il allait faire celui qui ne m'avait pas vu. Il m'a vu, il est venu vers moi, il m'a regardé droit dans les yeux, m'a serré la main et m'a dit : "Michael, félicitations pour ton incroyable Roland-Garros. Bien joué". C'est quelque chose que je n'ai jamais oublié. Quand je dis que j'ai un immense respect pour lui comme joueur et comme personne, ça l'illustre bien.

Le plus étonnant, dans votre sacre, c'est que vous ne semblez jamais avoir été rattrapé par tout ce qui était en train de vous arriver...

M.C. : Pour être honnête, être aussi jeune, c'était un avantage. Parfois, vous ne comprenez pas, vous ne réalisez pas que vous êtes peut-être en train d'écrire l'histoire. Curieusement, et heureusement pour moi, en conférence de presse, personne ne m'a dit au fil du tournoi : "Michael, vous vous rendez compte que si vous gagnez le tournoi, vous deviendrez le plus jeune vainqueur de l'histoire du Grand Chelem ou le premier Américain à gagner Roland-Garros depuis 34 ans ?" Je n'ai pas eu une seule fois à répondre à ces questions et tant mieux pour moi. J'étais excité mais pas nerveux du tout. Même le jour de la finale. Je suis entré sur le court simplement heureux de jouer une finale contre un champion comme Stefan Edberg.

Comme contre Lendl, vous gagnez en cinq sets…

M.C. : Je n'aurais probablement pas dû gagner ce match. Je sauve dix ou onze balles de break dans le 4e set, et j'ai une seule balle de break que je convertis (alors qu'Edberg menait deux manches à une, NDLR). Ça devait arriver, c'est tout.

Michael Chang et Stefan Edberg lors de la cérémonie après la finale.

Michael Chang et Stefan Edberg lors de la cérémonie après la finale.Getty Images

Paradoxalement, c'est votre seul titre majeur. Vous avez perdu trois finales de Grand Chelem par la suite. Vous ne nourrissez aucun regret ?

M.C. : On me demande souvent si j'aurais préféré gagner plus tard. Mais pas du tout. Il y a une certaine pureté dans ce titre remporté à 17 ans. Je suis passé près d'autres fois mais toujours pensé que si j'avais gagné un autre Majeur, ça aurait été de toute façon difficile d'égaler ça, l'émotion, le contexte. J'ai tout fait pour gagner un autre, j'ai été N°2 mondial, suis passé tout près, à un point, de devenir N°1 mondial. J'aurais pu en gagner d'autres mais d'une certaine manière, je n'aurais peut-être pas dû gagner celui-là. Dieu l'a voulu ainsi. Mais c'est vrai qu'il fallait que je me pince un peu. C'était dingue.

Au fond, que reste-t-il de votre victoire, de ce tournoi ?

M.C. : Pour beaucoup de gens, Roland-Garros 1989, c'est l'histoire d'un gamin de 17 ans qui devient le plus jeune vainqueur de l'histoire en Grand Chelem. Mais je dis souvent aux gens que, pour moi, ce n'était pas ça. Avec tout ce qui se passait en Chine, dans mon esprit, dans mon cœur, le plus important, c'était donner le sourire aux Chinois à travers le monde. Parce que c'était mon histoire, mon héritage. C'était cela, la vraie signification de mon titre à Roland-Garros.

Propos recueillis par STEPHANE FLORICIEN

Michael Chang avec Jean Borotra et René Lacoste.

Michael Chang avec Jean Borotra et René Lacoste.Getty Images

Pariez sur le Tennis avec Winamax
1
N
2
Jouer comporte des risques : endettement, isolement, dépendance. Pour être aidé, appelez le 0974751313
0
0