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Federer et la deuxième plaie de Roland

Federer et la deuxième plaie de Roland

Le 05/06/2019 à 23:53Mis à jour Le 06/06/2019 à 11:25

ROLAND-GARROS - Il est donc revenu pour ça. Roger Federer, 37 ans bien tassés, s'attaque pour la 6e fois au monstre de la terre battue, Rafael Nadal, à Roland-Garros. Dix ans après avoir comblé un manque immense en soulevant la Coupe des Mousquetaires, le Suisse va tenter de relever ce défi plus complexe encore.

On les aime bien, Roger et Rafa. Mais avec eux, c'est le coup de vieux permanent assuré. La longévité de leur rivalité, au sommet du tennis mondial s'entend, n'en finit plus de nous ramener en arrière. Toujours plus loin. Huit ans qu'ils ne s'étaient plus croisés à Roland-Garros. Rajoutez-en six de plus pour revenir à leur tout premier duel en Grand Chelem. A Paris, déjà. Une demi-finale, déjà. Le Suisse et l'Espagnol affichaient alors 23 et 19 années au compteur. Il n'était pas raisonnable d'envisager que près d'une décennie et demie plus tard, leur tandem incarnerait encore l'affiche la plus glamour, et probablement la plus excitante qui soit. Rien n’est raisonnable avec eux.

Un peu à l'image de leurs retrouvailles lors de la finale de l'Open d'Australie en 2017, qui portait en elle un goût de paradis perdu, la demi-finale de vendredi a au moins autant un parfum de nostalgie que d'actualité. C'est cette dualité qui rend unique une rencontre en Grand Chelem entre les deux hommes. Parce que chacune ne peut exclure d'être la dernière. Cette pensée occupera tous ceux qui la regarderont.

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Mais au-delà de son aura et de ses particularismes, la rivalité Nadal - Federer ou Federer - Nadal, selon que vous souhaitez privilégier le bilan ou l'âge, ce sont d'abord des matches. Les 39 matches, en comptant celui qui arrive. Pas sûr pour autant que le suspense hitchcockien s'invite au rendez-vous. Pour un peu, imaginer un thriller s'apparenterait à de la science-fiction. A Paris, les scripts "fedaliens" ont toujours été cousus de fil blanc. Cinq duels, cinq dénouements inévitablement identiques. Sur sa terre, Rafael Nadal ne laisse place à aucune surprise scénaristique.

Leur bilan commun Porte d'Auteuil ? Une boucherie, la finale 2008, et quatre matches presque symétriques : quatre sets à chaque fois, avec un Federer maniant l'illusion via des fulgurances de quelques jeux, d'un set entier parfois (le premier de la finale 2006, la seule fois où il a effectué la course en tête) mais au fond une forme d'évidence quant à l'issue du film. Dès lors, comment imaginer que ce lointain remake des précédents épisodes ne suive la même trame ?

La présence de Roger Federer dans le dernier carré prouve que le vieil homme de Bâle, tant qu'il peut s'exprimer physiquement à 100%, demeure compétitif en tout temps, et en tous lieux. Comme je me rangeais plutôt du côté des sceptiques, je m'incline. Certes, son tableau a longtemps été taillé sur mesure, mais on ne bat pas ce Wawrinka-là sans mériter un vrai crédit. Il avait donc encore quelque chose à dire sur terre battue. Reste à savoir si le prochain dialogue tournera encore au monologue. Quand le Suisse croise Rafael Nadal sur terre battue, l'Espagnol a l'habitude faire les questions et les réponses.

Certes, Federer reste sur cinq victoires contre Nadal, qui ne l'a plus dominé depuis cinq ans et demi. Mais ici, c'est Paris. Roland-Garros. La terre battue. Trois sets gagnants et à gagner. Tout, absolument tout, incite à croire en une copie conforme de 2008, au pire, ou de la tétralogie 2005-2006-2007-2011, selon l'option la plus optimiste, pour Federer et pour l'intérêt. Tout. Les stats, le passé, leurs jeux sur terre. Bref, la raison.

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Si Roger Federer devait s'imposer vendredi, ce serait un accomplissement hors normes. Un des plus grands de sa carrière, ce qui en dit long. A côté, son improbable retour victorieux à Melbourne relevait de l'évidence. Rien ne vaut un titre pour ces compétiteurs de compétition. Pourtant, même s'il devait s'incliner en finale après avoir dompté l'ogre de l'ocre, Federer quitterait Paris en ayant colmaté le vide le plus béant, non de son palmarès, mais de sa carrière. Oui, même si la nature, plus que l'ampleur de la performance, est difficilement comparable, battre Nadal sans gagner Roland-Garros serait presque plus fort que gagner Roland-Garros sans battre Nadal, comme ce fut son cas en 2009.

Federer a longtemps trainé deux plaies pleines de terre. La première a cicatrisé le 7 juin 2009. La seconde peut-elle cautériser dix ans plus tard, jour pour jour, le 7 juin 2019 ? Parce qu'il a près de 38 ans, parce qu'il n'a pas mis un pied sur terre pendant trois années entières, parce qu'il résoudrait si tardivement une équation jusqu'alors insoluble pour lui, la chose a quelque chose d'invraisemblable. Comme si l'on demandait à un profane de manier couramment une langue étrangère en une poignée d'heures. Je le croirai quand je le verrai.

Roger Federer lors de la finale 2007 de Roland-Garros, une des quatre perdues par le Suisse contre Nadal à Paris.

Roger Federer lors de la finale 2007 de Roland-Garros, une des quatre perdues par le Suisse contre Nadal à Paris.Getty Images

Mais il l'a dit au micro de Cédric Pioline, c'est bien la raison profonde de son retour. Sa phrase était à prendre au pied de la lettre. Il n'a pas dit : "peut-être que si je suis revenu sur terre, c'est pour gagner un deuxième Roland-Garros", mais bien "peut-être que si je suis revenu, c'est pour jouer Rafa." Il a un compte à régler avec Nadal et plus encore avec lui-même.

Reste une donnée collatérale mais tout sauf anodine : pour une raison majeure, le 6e Federer-Nadal version Roland-Garros se distingue significativement des cinq autres. Quelle qu'en soit l'issue, ce duel ne détient pas forcément la clé du tournoi. Ce fut le cas lors des quatre finales et, si le duel inaugural de 2005 n'en fut pas une, cette demie, dans l'esprit de chacun, avait réglé le sort de cette édition. Sans faire injure à Mariano Puerta. Cette fois, le gagnant sera encore loin du sacre, surtout si le dernier obstacle doit s'appeler Novak Djokovic. Il n’aura peut-être pas fait le plus dur. Mais peu importe, au fond. Ce 39e Federer-Nadal se suffira à lui-même. Comme tous les autres.

Roger Federer et Rafael Nadal

Roger Federer et Rafael NadalGetty Images

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