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On refait l'Histoire : Quelles sont nos finales les plus marquantes de Roland ?

On refait l'Histoire : Quelles sont nos finales les plus marquantes de Roland ?
Par Eurosport

Le 08/06/2019 à 23:14Mis à jour Le 09/06/2019 à 11:39

ON REFAIT L'HISTOIRE - Deuxième épisode de notre rubrique débat. Dernier dimanche de la quinzaine oblige, Bertrand Milliard et Laurent Vergne se penchent sur les trois finales masculines de Roland-Garros qui leur ont laissé le souvenir le plus fort.

A l'occasion de Roland-Garros, Eurosport.fr vous propose une nouvelle rubrique, co-alimentée par Bertrand Milliard, commentateur du tennis sur nos antennes depuis vingt ans, et Laurent Vergne, qui contribue à la rubrique tennis sur notre site. Un principe, simple : une question, deux points de vue.

Ici, plus que d'actualité, il sera question de la grande et de la petite histoire du jeu. Ici, personne n'aura tort ou raison. Tout sera affaire de goûts, de choix, de souvenirs ou de points de vue. Et parce que cette rubrique sera aussi celle des lecteurs, nous comptons évidemment sur vous pour partager les vôtres.


Tout le monde a des souvenirs forts des finales de Roland-Garros. Selon ses goûts, sa génération, sa sensibilité, chacun d'entre nous a ses finales préférées, parfois autant pour sa qualité intrinsèque, sa portée historique ou encore l'écho personnel qu'elles éveillent en nous. Il ne s'agit donc pas ici de déterminer les trois plus "grandes" finales de tous les temps.

D'abord parce que nous nous basons sur nos souvenirs qui, même si nous ne sommes plus tout jeunes, ne couvrent qu'une petite partie de la longue histoire de ce tournoi. Surtout, nous nous appuyons ici sur le ressenti subjectif, non sur l'analyse objective. Pour finir, promis, l'an prochain, nous nous consacrerons aux dames.

Bertrand Milliard

1. Lendl - McEnroe 1984 : 3-6, 2-6, 6-4, 7-5, 7-5

Ce sont souvent les souvenirs les plus anciens qui s’accrochent le mieux à la mémoire et paraissent dans notre esprit - qui fait le tri - plus merveilleux ou légendaires. La finale 1984 entre Ivan Lendl et John McEnroe n’a pourtant pas besoin d’appartenir au lointain passé pour se classer en première position de celles m’ayant le plus marqué. Unanimement, le monde du tennis s’accorde à en faire l’une des plus mythiques de l’ère Open, tous tournois du Grand Chelem confondus. En toute logique puisqu’il y a tout eu ce fameux 10 juin : l’opposition des deux meilleurs joueurs du monde, de deux styles radicalement opposés, le talent offensif et la main de l’Américain face au tennis solide et plus besogneux du Tchécoslovaque. Et surtout le scénario incroyable du match.

Le petit plus personnel, c’est que mon favori est le mal-aimé, Lendl, qui avec ses 4 finales déjà perdues en Grand Chelem, est censé se faire croquer par son rival pour le plus grand plaisir de la plupart des observateurs et commentateurs. Ainsi un an après Noah, le tennis d’attaque serait de nouveau couronné. D’ailleurs pendant deux sets, Big Mac se promène, jusqu’aux balles de break qu’il ne convertit pas dans le 3ème.

Les commentaires sont dithyrambiques mais ce scénario ne me plaît pas, l’attitude de l’Américain m’agace, notamment son manque de respect envers le reste du monde, y compris le matériel. Et l’improbable se réalise : Lendl renverse peu à peu la situation pour remporter son 1er titre majeur, en 5 sets. Il en gagnera 7 autres, dont 2 à Paris où McEnroe ne s’imposera jamais. Sa joie est mesurée, la mienne un peu moins, me sentant privilégié de "gagner" cette finale face à tous les amoureux déçus du gaucher new yorkais.

Inconsolable John McEnroe lors de la finale de Roland-Garros en 1984.

Inconsolable John McEnroe lors de la finale de Roland-Garros en 1984.Getty Images

2. Bruguera - Courier 1993 : 6-4, 2-6, 6-2, 3-6, 6-3

Jusqu’à Federer (et encore, en 1999 quand je l’adoube, on ne connaît pas son brillant futur), j’ai souvent soutenu les outsiders en finale de Grand Chelem (Pernfors en 86, Leconte en 88, Gomez en 90…). Pour diverses raisons, c’est encore le cas en 1993 lorsque Sergi Bruguera, 22 ans, affronte l’ogre Jim Courier, numéro 2 mondial et double tenant du titre Porte d’Auteuil. Certes le Barcelonais est tête de série 10, vient de gagner Monte-Carlo et compte déjà 7 lignes à son palmarès sur terre battue, mais il ne part pas favori face au cogneur floridien qui détient les clés du Central parisien depuis deux ans.

L’Espagnol représente le terrien typique, accrocheur, difficile à déborder, "limeur", terminant ses matches dans un mélange de sueur et de terre ocre accrochée au maillot. Son parcours a été impeccable : un seul set perdu avant la finale, en quarts contre Sampras. Leconte, Larsson, Meligeni et Medvedev n’ont rien pu faire. Pire, Thierry Champion a vécu le cauchemar ultime au 2ème tour en ne marquant pas un seul jeu face à l’impitoyable crocodile. Pour moi il mérite le titre et il va aller le chercher au terme d’une belle finale à rebondissements. Rejoint deux fois (à un set partout, puis deux sets partout), le jeune Sergi finit par l’emporter 6/3 au 5e face au vainqueur du dernier Open d’Australie.

L’image marquante de cet exploit est celle du jeune champion s’effondrant sur le dos juste après la balle de match tandis que son père Luis, aux allures de conquistador du XVIe siècle, affiche la mine extatique de celui qui a trouvé l’Eldorado. Très fair-play, Courier passe le filet pour aller relever son adversaire et vainqueur. Sans le savoir, Bruguera ouvre la voie au tennis espagnol qui s’y engouffrera en force dans les années à venir, de Moya à Costa en passant par Ferrero et…. un certain Nadal.

3. Wawrinka - Djokovic 2015 : 4-6, 6-4, 6-3, 6-4

Beaucoup plus récent, mon 3e choix touche une époque où j’ai fait du tennis mon métier, en tant que commentateur. Mais cette finale entre Djokovic et Wawrinka, je m’apprête à la vivre tranquillement en tribune de presse, puisque, justement, je ne suis pas censé la commenter. La veille du match, on me prévient qu’il va falloir la couvrir – depuis les studios d’Eurosport – pour la 4K, une nouvelle technologie dont sont équipés certains téléviseurs, et qui nécessite un commentaire différent de celui proposé à l’antenne.

Avec Jean-Paul Loth, nous nous y collons donc et voyons d’abord le Serbe – toujours en quête du seul titre majeur manquant à son palmarès – dominer le 1er set. Vainqueur expéditif du maître des lieux Rafael Nadal en quarts de finale, il est immensément favori. C’est alors que la partie sombre dans l’irréel : le Suisse frappe dans la balle plus fort que jamais, il saoûle de coups son adversaire. Ses revers surpuissants le long de la ligne, balancés parfois de trois mètres derrière la ligne de fond, nous arrachent des hurlements à répétition, dont je ne me savais pas même capable…

Le niveau de jeu est monstrueux et nous vivons ce commentaire dans une sorte de transe permanente, transportés par la beauté du tennis proposé. Wawrinka s’impose en quatre sets, provoquant la détresse de son adversaire, encore en échec à Roland. Longuement ovationné par le public, Djokovic, très ému, ne peut retenir ses larmes. Tout est beau dans cette finale, la qualité de tennis, la surprise du résultat, jusqu’à la cérémonie protocolaire. Nous avons pris un plaisir fou. Merci à l’inventeur de la 4K !

Laurent Vergne

1. Lendl – McEnroe : 3-6, 2-6, 6-4, 7-5, 7-5

Vous connaissez tous ça par cœur : avoir une idole pousse à des réactions parfois extrêmes. La mienne s'appelait Ivan Lendl (oui, je sais, drôle d'idée). En 1983, quand Yannick Noah a battu Lendl en quarts de finale, j'étais si furieux du haut de mes presque huit ans que j'ai souhaité la perte de Noah. J'ai soutenu Roger-Vasselin en demie puis Wilander en finale. Sur la balle de match, j'étais déjà reparti dans ma chambre quand Noah étreignait son père, Zacharie.

Plus tard, plus raisonnable, je suis devenu rétroactivement heureux pour Noah. Parce que j'avais grandi, sans doute, mais surtout parce que l'édition suivante m'avait apaisé : en 1984, Ivan Lendl remportait enfin un titre du Grand Chelem. Il faut mesurer ce qu'impliquait alors d'être supporter du Tchécoslovaque, "choker" (comme on ne disait pas alors) d'exception dès qu'une possible victoire en Grand Chelem s'approchait. Avec Ivan, on morflait. Les réseaux sociaux n'existaient pas. C'était donc une douleur solitaire. Cette finale 1984, face à un John McEnroe alors au sommet de son art et dominateur comme jamais, a été pour nous, la confrérie des fans de Lendl (nous devions être une demi-douzaine en France), une libération.

D'habitude, avec le croque-mort d'Ostrava, comme l'appelaient les perfides insensibles à son charme si particulier, j'y croyais (beaucoup) puis je pleurais (beaucoup). Là, j'ai pleuré puis j'y ai cru. Un improbable et brutal alignement des planètes. C'est sans doute une des finales les plus célèbres de l'ère Open. Une des plus impactantes, aussi, au plan historique. McEnroe ne gagnera jamais Roland-Garros et il n'en aura même plus jamais l'opportunité. Lendl, lui, cessera d'être un loser. Mais pour moi, c'était plus que cela : la fin d'une "souffrance" enfantine.

2. Kuerten – Norman 2000 : 6-2, 6-3, 2-6, 7-6

Pour son dénouement absolument inégalable. Pour être franc, je ne me rappelle quasiment pas des trois premiers sets. Gustavo Kuerten s'est promené pendant deux manches face à un Magnus Norman éteint, avant de connaitre un coup de pompe dans la troisième. Jusqu'à son extraordinaire quatrième acte, cette finale n'avait donc rien pour rester mémorable. Mais à lui seul, ce dernier set la place parmi celles qui me viennent spontanément à l'esprit.

Il m'arrive fréquemment de me repasser la dernière heure. Le changement de dimension de la rencontre a alors quelque chose de fascinant. A quoi ça tient, d'ailleurs ? A 5-4, 15-40, Guga obtient une première balle de match. Le revers de Norman semble dehors. Le Brésilien croit alors avoir gagné, mais l'arbitre, descendu de sa chaise, signifie que la balle a accroché la ligne. S'il avait fini là, jamais cette finale n'aurait effleuré le souffle épique qui allait l'envelopper les trois quarts d'heure suivants.

Si longtemps étranger à son propre match, Magnus Norman va alors refuser de mourir. Guerrier magnifique, il sauve un total de sept balles de match sur son service, à 4-5 et 5-6, avec un jeu de 24 points pour arracher le tie-break. Dans celui-ci, il en écarte trois de plus à 6-3. Kuerten va finalement achever la bête à sa 11e balle de titre. Guga était le plus fort et un authentique champion depuis un moment. Mais c'est à Norman, à son absence de renoncement, et à ses folles prises de risques dos au mur que l'on doit la dimension de cette finale. Il fallait saluer Kuerten, et remercier Norman.

3. Nadal – Puerta 2005 : 6-7, 6-3, 6-1, 7-5

Un choix qui pourra peut-être étonner. Des 11 finales victorieuses de Rafael Nadal, ce n'est pas forcément celle qui vient à l'esprit du plus grand nombre spontanément. Les quatre contre Federer et les deux face à Djokovic possèdent une aura et un glamour bien supérieurs. Puerta, lui, a été relégué aux oubliettes de l'histoire. Finaliste surprise en 2005, l'Argentin a ensuite disparu des radars lorsqu'on a appris qu'il avait été contrôlé positif au soir même de cette finale de Roland-Garros.

Alors, pourquoi cette finale-là ? D'abord pour son caractère historique. Cette victoire de Rafael Nadal, à 19 ans et 2 jours, reste la seule d'un joueur de moins de 20 ans en Grand Chelem depuis 1990. Il y avait une forme d'évidence : nous venions d'entrer dans une nouvelle époque. Ce genre de jugements est toujours risqué. Quand Becker a remporté son deuxième Wimbledon à 18 ans, tout le monde pensait qu'il pouvait en gagner dix. Il s'est arrêté à trois. Je mentirais en disant que j'étais convaincu que Nadal affolerait à ce point les compteurs, mais ce 5 juin 2005, on le sentait, un évènement d'importance venait de se produire.

Surtout, je garde de cette finale un souvenir fort. Particulièrement du premier set. Peut-être la plus belle entame d'une finale de Roland au XXIe siècle. Une formidable baston de deux bulldozers gauchers. Pas vraiment Rimbaud-Verlaine cette affaire, mais elle avait son charme, surtout que les deux ont dû battre un record d'amorties sur une manche. Puerta l'avait arrachée au tie-break. C'était du brutal, comme disait Blier dans les Tontons. A l'usure, comme souvent, Rafa finira par ramener à la raison l'homme de la pampa, parfois rude dans ce match. Tant mieux, vu ce qu'on a appris par la suite. Cela reste le point de départ d'une Histoire toujours en train de s'écrire.

Voilà pour nos choix et nos souvenirs. N'hésitez pas à partager les vôtres, nous prendrons plaisir à les lire autant qu'à livrer les nôtres.

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