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Thiem a gravi l'Everest, il doit maintenant marcher sur la lune

Thiem a gravi l'Everest, il doit maintenant marcher sur la lune

Le 08/06/2019 à 23:27Mis à jour Le 09/06/2019 à 10:35

ROLAND-GARROS - Dominic Thiem confirme un peu plus à chaque édition l'immense terrien qu'il est devenu. A nouveau vainqueur de Novak Djokovic, l'Autrichien a signé là un premier exploit majuscule. Mais ce n'est rien à côté de ce qui l'attend dimanche : Rafael Nadal, l'invincible souverain du Chatrier. Pour Thiem, l'équation est simple : c'est un exploit légendaire ou rien.

Dominic Thiem a peut-être signé samedi et pour vingt-quatre heures au moins la victoire la plus significative de sa carrière. Pour arracher cette demi-finale, il a dû non seulement passer sur le corps de Novak Djokovic, ce qui aurait pu suffire à sa peine des deux jours, mais aussi composer avec le contexte éprouvant des interruptions multiples et du controversé report de vendredi soir, et enfin dompter ses propres nerfs dans une fin de 5e set où il n'a pas été loin de s'autodétruire. Ce triple succès est à mettre à son crédit. Vraiment. Il témoigne une fois de plus que ce garçon de 25 ans continue d'avancer, pas à pas.

Comme Federer dans la seconde moitié des années 2000 ou Djokovic au début de la décennie suivante, l'Autrichien est maintenant confronté à la problématique Nadal, tellement incontournable à Roland-Garros. Or, comme disait l'autre, le problème des gens incontournables, c'est qu'ils bouchent le passage.

Si Rafael de Manacor n'existait pas, Thiem serait déjà le maître des lieux. Au cumul des trois dernières campagnes Porte d'Auteuil, il disputera dimanche son vingtième match. Pour 17 victoires. Dont deux contre Novak Djokovic. Depuis samedi, il est le seul homme à ne pas s'appeler Nadal à avoir battu deux fois le Serbe à Roland-Garros. Cela en dit long sur le client qu'il est devenu sur cette surface. De 2017 à 2019, un seul joueur lui a barré la route ici. Inutile de préciser son nom.

Vidéo - Thiem - Djokovic : Les meilleurs moments d'une demi-finale épique

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Son drame, c'est que le plus dur reste à accomplir

Cette deuxième victoire parisienne sur Djokovic possède une envergure supérieure à la première. Il y a deux ans, lorsque, paré de sa tenue zébrée, il avait bouté hors du tournoi celui qui était alors tenant du titre, c'est un Nole sur la pente descendante que Thiem avait croisé. Rien de tel cette fois. Redevenu le patron du circuit, le Serbe s'avançait à Paris avec comme horizon un nouveau Grand Chelem à cheval sur deux saisons. C'est bien le "vrai" Djokovic qu'il lui a fallu boulotter. Et quand Djoko, invaincu en Grand Chelem depuis un an, est en mode Djoker, il s'apparente à une forme d'Everest. Il l'a donc gravi.

Son drame, c'est qu'en dépit de cette performance majuscule, le plus dur reste à accomplir. Nadal, dans une finale de Roland-Garros, ce n'est plus le sommet de la planète tennis, mais une autre planète à conquérir. Dimanche, Thiem doit marcher sur la lune. S'il abordait ce défi-là, que chacun s'accorde à considérer, à juste titre, comme le plus exigeant qui soit, dans des conditions classiques, la tâche serait déjà monstrueuse. En faisant fi du contexte de cette fin de quinzaine, l'enchainement Djokovic-Nadal, que ni Wawrinka en 2015 et encore moins Federer en 2009 n'ont eu à se coltiner, constitue déjà un monumental accomplissement.

Mais il est impossible d'occulter les circonstances entourant cette finale. Dominic Thiem va aborder l'astre Nadal en ayant joué les trois jours précédents, dont un combat éreintant physiquement et peut-être plus encore nerveusement face à Djokovic. L'Autrichien a assuré que cela ne pèsera pas sur son rendement dominical. La vérité, c'est qu'il n'en sait rien. Son positivisme pourrait bien s'apparenter à de la méthode Coué. De la position à la posture, il pourrait ne pas avoir l'épaisseur d'une feuille.

Deux questions pour un (possible) champion

Pour toutes ces raisons, si Dominic Thiem soulève la coupe des Mousquetaires dimanche soir, ce n'est pas simplement son entrée dans la constellation des vainqueurs en Grand Chelem qu'il faudra célébrer. Il conviendra de saluer cette victoire-là comme un des plus grands exploits de la longue histoire de Roland-Garros. Rien de moins.

En tenant compte de tout ce qui vient d'être évoqué, deux questions se posent à lui et par ricochet à nous. Est-il capable de bousculer Rafael Nadal dimanche ? C'est très possible, mais pas forcément probable. Est-il capable de le battre ? Pas impossible, mais très improbable.

S'il échoue à répondre par l'affirmative, y compris à la première interrogation, il ne faudra pas lui tomber dessus. Outre les légitimes circonstances atténuantes qu'il conviendra d'accorder à Thiem, ce double échec en dirait de toute façon bien plus long sur l'éternel bourreau que sur sa victime. Rafael Nadal n'a jamais perdu une finale à Roland-Garros et il s'en faut de beaucoup. Il n'a même jamais été réellement en position d'y être battu, même lors des trois occasions où il avait perdu la première manche (Puerta 2005, Federer 2006, Djokovic 2014).

Si Thiem, à son tour, arrache ne serait-ce qu'un set, il faudra lui tirer notre chapeau. S'il triomphe là où tout le monde a échoué, y compris les grands Federer et Djokovic, pas sûr que les mots suffiront à quantifier la grandeur de son exploit.

Dominic Thiem

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