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Boucherie, chef-d'oeuvre, abandon mythique : Notre Top 50 des matches marquants de Roland

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Top 50 Roland-Garros

Crédit: Eurosport

ParEurosport
03/06/2020 à 22:30 | Mis à jour 04/06/2020 à 13:19

ROLAND-GARROS - Suite de notre classement des 50 matches les plus marquants de l'ère Open à Roland-Garros, que ce soit pour leur esthétisme, leur suspense, leur force émotionnelle ou encore leur portée historique. Ce jeudi, nous voilà parmi les vingt premiers. Découvrez les matches classés de la 20e à la 11e place. Avec, notamment, une double ration de Stan Wawrinka.

Dossier réalisé par Maxime BATTISTELLA, Rémi BOURRIERES et Laurent VERGNE

  • 1re partie : De la 50e à la 41e place
  • 2e partie : De la 40e à la 31e place
  • 3e partie : De la 30e à la 21e place
Roland-Garros

Tout jouer sauf le double mixte et le tournoi des légendes : Forget dévoile son plan

04/07/2020 À 09:49

20. Sergi Bruguera - Jim Courier

Edition 1993
Finale
Vainqueur : Sergi Bruguera (Espagne)
Adversaire : Jim Courier (Etats-Unis)
Score : 6-4, 2-6, 6-2, 3-6, 6-3

"Dès l'âge de six ans, j'ai rêvé gagner un jour Roland-Garros. Je livre ce secret aujourd'hui : tous les ans c'était mon vœu d'anniversaire le plus cher, gagner Roland-Garros !" Ce dimanche 6 juin 1993, Sergi Bruguera a donc été exaucé, et ce, en déboulonnant celui qui était alors le maître des lieux, Jim Courier. Double tenant du titre et numéro 2 mondial, l’Américain était l’homme à battre à Paris et s’avançait comme le grand favori à sa propre succession.

En quête d’un fabuleux triplé – plus réalisé depuis Björn Borg –, Courier semblait avoir toutes les cartes en main dans cette finale. Car il connaissait bien Bruguera : il l’avait déjà croisé sur le circuit à quatre reprises pour… quatre victoires sans perdre le moindre set. La dernière en date ? En quart de finale à Rome (6-3, 6-4) en préparation du Majeur parisien. Oui mais voilà, quelques semaines voire quelques jours peuvent parfois faire bien des différences. Et les Français en font l’amère expérience en début de tournoi : le Catalan balaie Henri Leconte au 1er tour (7-6, 6-1, 6-0), et surtout Thierry Champion au 2e (6-0, 6-0, 6-0, un épisode raconté précédemment).

En quart de finale, Bruguera s’offre le nouveau numéro 1 mondial Pete Sampras (6-3, 4-6, 6-1, 6-4), ce qui lui fait prendre une nouvelle dimension. Et Andrei Medvedev, qui l’avait pourtant battu à Estoril puis Barcelone, ne pèse pas bien lourd en demie (6-0, 6-4, 6-2). C’est donc sans peur que le 11e joueur mondial se présente face à Courier sur le Central. Dans la pure tradition espagnole des spécialistes de terre battue – il a d’ailleurs remporté 13 de ses 14 titres sur cette surface –, il use parfaitement de son lift pour neutraliser les coups de boutoir de l’Américain et mène rapidement un set à zéro puis deux sets à un.

Mais Courier a un rendez-vous avec l’Histoire et la partie rebascule en sa faveur : il revient à deux sets partout et fait le break d’entrée de cinquième dans cette finale haletante. Plus expérimenté, plus habitué à gagner, l’Américain a le vent en poupe et dicte le jeu avec son coup droit. Pourtant, la balle revient inlassablement et, au moment où il semblait tenir le bon bout, il craque. Bruguera aligne alors quatre jeux, avant de l’emporter finalement 6-3. Il réalisera même son rêve Roland une seconde fois l’année suivante, faisant à nouveau tomber Courier, en demi-finale cette fois. L’ancien élève de Bollettieri, lui, ne goûtera plus au moindre titre en Grand Chelem.

19. Yannick Noah - Ivan Lendl

Edition : 1983
Quart de finale
Vainqueur : Yannick Noah (France)
Adversaire : Ivan Lendl (Tchécoslovaquie)
Score : 7-6, 6-2, 5-7, 6-0

Historiquement, sa finale contre Mats Wilander reste bien évidemment le sommet du parcours de Yannick Noah en 1983, et même de toute sa carrière sportive. Mais quelques jours plus tôt, le Français avait peut-être gagné sa véritable finale personnelle, en quarts, contre Ivan Lendl. Lendl, son ennemi juré, l'antithèse de son jeu, de son personnage et de sa conception de ce métier. Ils ont le même âge. 23 ans. S'affrontent depuis l'adolescence. Et ne s'aiment pas beaucoup. Enfin, Noah n'aime pas Lendl, en tout cas. Il veut le battre presque autant qu'il veut gagner le tournoi, c'est dire.

Ce mercredi de la seconde semaine, en fin d'après-midi, il règne une ambiance électrique sur le court central. D'abord parce que Christophe Roger-Vasselin vient de battre le numéro un mondial, Jimmy Connors. Immense et invraisemblable exploit. Si Noah sort Lendl, il y aura une demi-finale 100% française. Du jamais vu à Roland-Garros depuis 1946. La victoire de son pote Roger-Vasselin galvanise Noah, qui ne s'imagine pas une seconde perdre contre CRV.

Sur le court, Noah a envie de bouffer Lendl. C'est palpable. De fait, il le bouffe. 7-6, 6-2, 5-2. Lendl adopte alors cette attitude détestable qui pouvait parfois être la sienne dans la première moitié de sa carrière. Sur le point de s'incliner, il "balance", sourit ironiquement, joue nonchalamment. Comme s'il s'en foutait. Comme pour dire à son adversaire "vas-y, je m'en fous, ce n'est pas toi qui gagne ce match, c'est moi qui le perds, je le fais exprès, tu n'as aucun mérite".

Attitude quasi-puérile mais, du je-m'en-foutisme au relâchement, il n'y a parfois qu'un pas. A 5-3, 40-15, Noah a deux balles de match sur son service. Il se crispe, ne sort plus de premières balles, délivre des secondes molasses et Lendl, en dilettante, lui donne du retour-volée. Et fait le point. Deux fois. Décontenancé, Noah perd son service, puis un autre, Lendl aligne cinq jeux et empoche le set 7-5. Roland a pris un coup sur la tête et son héros n'est pas loin de s'écrouler. La suite, il l'a raconté dans les colonnes du journal Le Monde en 2013, pour les 30 ans de son titre :

"Je devrais avoir gagné et je me retrouve embarqué dans un 4e set. Je sers. Et je panique complètement. 0-15. 0-30. 0-40. Si je perds ce jeu, je perds le match. Je sens le public, je sens que les gens ont peur. Il y a une espèce de brouhaha, une ambiance pesante qui s'installe. Il commence à faire nuit et je me mets à stresser à l'idée d'aller me coucher en me disant qu'il faudra refaire un set le lendemain. Heureusement, j'arrive à retrouver mes esprits et je gagne le jeu. 1-0, changement de côté. Je suis apaisé, je retourne dans ma bulle, et je lui mets 6-0. C'est la seule fois que je lui ai mis une roue de bicyclette. J'explose de joie. Lendl, je l'aime pas."

18. Stan Wawrinka - Novak Djokovic

Edition : 2015
Finale
Vainqueur : Stan Wawrinka (Suisse)
Adversaire : Novak Djokovic (Serbie)
Score : 4-6, 6-4, 6-3, 6-4

"Je crois que jamais de ma vie je n'ai aussi bien joué au tennis que ce jour-là." Stan Wawrinka a quelques matches références au compteur mais il l'a souvent dit : cette finale de Roland Garros, c'est probablement sa référence tennistique absolue.

Ce jour-là, toutes les étoiles sont alignées pour le Suisse. Pour sa première finale à Roland Garros – la première également sans Nadal depuis 2009 –, il retrouve un adversaire qu'il a toujours apprécié, à tous les sens du terme. Novak Djokovic, alors en quête de son premier sacre parisien, est certes légèrement favori, mais il est le premier à craindre un rival qui lui a souvent posé de gros problèmes par le passé.

Le début de la rencontre, sans round d'observation, est toutefois favorable au n°1 mondial qui remporte le 1er set. Mais Stan est monté en puissance au fil des jeux. Mis en confiance, il met la main sur le match et breake enfin au meilleur moment pour revenir à un set partout.

C'est là que le Vaudois prend littéralement feu. A partir de 2-2 au 3e set, il aligne 10 points avant de réussir, à 5-2, le coup le plus mémorable de cette finale, avec cette cinglante accélération de revers qui contourne le filet pour atterrir dans la lucarne opposée.

Djokovic fait le dos rond et mène encore 3-0 au 4e set. Mais Wawrinka se remet à pratiquer son tennis d'humanoïde. Il revient et place un nouveau contre meurtrier à 4-4. Puis fait preuve d'une grande solidité mentale en sauvant de nouvelles balles de break au moment de servir pour le match.

C'était le jour de Stan the Man, clairement. Nadal mis à part (hors concours), jamais sans doute n'a-ton vu un homme jouer aussi bien en finale de Roland Garros. Djokovic perd une troisième finale à Paris mais il n'a pas tout perdu. Ses larmes, lors de la cérémonie, touchent le cœur du public qui lui offre une vibrante ovation. Et le Serbe reviendra l'année suivante pour gagner...

2015 : Le chef-d'oeuvre de Wawrinka en finale contre Djokovic

00:03:06

17. Michael Chang - Jimmy Connors

Edition : 1991
3e tour
Vainqueur : Michael Chang (Etats-Unis)
Adversaire : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Score : 4-6, 7-5, 6-2, 4-6, ab.

Le dernier fait d’armes à Roland d’un vieux lion. Quand on associe Jimmy Connors et l’année 1991, on se souvient avant tout de son ultime grande aventure en Grand Chelem qui l’avait conduit jusqu’en demi-finale de l’US Open à 39 ans, après ce fabuleux huitième contre Aaron Krickstein. Mais "Jimbo" avait auparavant fait le spectacle à sa manière du côté de la Porte d’Auteuil où il avait vécu un amour contrarié en début de carrière.

Banni par le président de la Fédération française de tennis Philippe Chatrier en 1974 parce qu’il jouait sur un circuit concurrent, Connors avait ensuite boycotté l’événement jusqu’en 1978. Mais avec les années, le sale gosse s’était assagi. En tout cas, il avait réussi à se remettre le public français dans la poche. Sur sa fin de carrière, chacune de ses apparitions attirait les foules et ce fut évidemment le cas lors de ce 3e tour qui présentait le double avantage d’être un duel entre vainqueurs de Grand Chelem et un choc de générations.

Vainqueur à la surprise générale du tournoi deux ans plus tôt, Michael Chang n’avait alors encore que 19 ans, soit la moitié de l’âge de son adversaire. Presque tout sépare les deux Américains mais le si discret Chang et Connors, le roi de la provoc’, ont un point commun fondamental : le goût du combat. Retombé à la 324e place mondiale, "Jimbo" s’arrache comme à ses plus belles heures pour tenir la dragée haute à son jeune adversaire et lui prendre le premier set. Mais il avait déjà beaucoup puisé dans ses réserves au tour précédent contre Ronald Agenor (6-4, 6-2, 3-6, 0-6, 6-4) et son corps touche à ses limites.

Bloqué au dos, Connors subit dans les deux manches suivantes mais met un point d’honneur à lancer ses dernières forces dans la bataille en fin de quatrième set. Il revient ainsi à égalité et remporte même le premier point de l’ultime acte avant de jeter l’éponge, épuisé. Comme un pied de nez final, Connors éclipse Chang par sa sortie pleine de panache : on n’apprend pas au vieux singe à faire la grimace. Emu, le public parisien lui réserve alors un sublime hommage. En coulisses, "Jimbo" sera soutenu pour monter les escaliers après avoir fait illusion en saluant la foule à sa sortie du court. "Je n’ai jamais vu en 35 ans de carrière une telle ovation pour un abandon", témoigne Ion Tiriac qui était au premier rang sur le Central. Le privilège d’un grand qui a tout donné à son sport.

16. Stan Wawrinka - Stefanos Tsitsipas

Edition : 2019
8e de finale
Vainqueur : Stan Wawrinka (Suisse)
Adversaire : Stefanos Tsitsipas (Grèce)
Score : 7-6(6), 5-7, 6-4, 3-6, 8-6

En qualité pure, c'est l'un des plus beaux matches de l'année 2019 et même de l'histoire de Roland Garros. C'est en tout cas le 4e match le plus long jamais joué à Roland-Garros (5h09), le 47e de l'ère Open à dépasser les 5h de jeu.

D'ordinaire, ce genre de marathon est fait de hauts et de bas. Ce qui rend ce Wawrinka-Tsitsipas exceptionnel, c'est que, malgré une chaleur de plomb, il conserve une qualité et une intensité absolument époustouflantes durant quasiment l'intégralité de ces cinq heures.

Dès les premiers échanges, les deux hommes se rentrent dedans avec une violence inouïe. Tsitsipas dispute une partie d'une bravoure héroïque, faisant souvent visiter le terrain à son adversaire avec sa créativité exquise. Son seul tort est de rater un grand nombre d'occasions, à l'image de cette balle de 1er set bien sauvée toutefois d'un passing de revers.

Mais c'est surtout dans le 5e set set que Tsitsipas pourra nourrir le plus de regrets. Il gâche un total de 8 balles de break dont 3 cruciales à 5-5. Sur la première, le Grec s'offre un plongeon désespéré, aussi magnifique que vain, symbole d'un match homérique qui aurait mérité un meilleur sort.

Mais en face, Wawrinka est un roc. Pour son retour aux affaires depuis sa finale ici en 2017 (et deux opérations du genou entre-temps), le Suisse a le soutien du court Suzanne-Lenglen. Bien que cramoisi, il produit une résistance extraordinaire. Et c'est lui qui finit par conclure sur une balle de match qui ne l'est pas moins, un passing de revers slicé long de ligne qui flirte avec celle-ci.

Tsitsipas proteste, probablement dans une forme de déni passager : la victoire est pour Stan Wawrinka mais c'est le tennis en général, dans son expression la plus belle et la plus cruelle, qui sort gagnant de cet affrontement de titans.

15. Björn Borg - Ivan Lendl

Edition : 1981
Finale
Vainqueur : Björn Borg (Suède)
Finaliste : Ivan Lendl (Tchécoslovaquie)
Score : 6-1, 4-6, 6-2, 3-6, 6-1

Paradoxalement, une finale en forme de fin d'époque et de nouvelle ère. Le dernier match entre une ère qui s'achève et une autre qui s'amorce. Ce 7 juin 1981, Björn Borg affronte Ivan Lendl en finale de Roland-Garros. On ne le sait pas encore, mais ce sera l'ultime apparition du champion suédois sur les courts de la porte d'Auteuil. A l'inverse, il s'agit de la toute première finale majeure de Lendl. Il en disputera 19 au total (dont 5 à Paris), pour 11 titres.

Arrivé à Roland-Garros sous le feu des critiques, Borg fait taire tous les doutes dans cette quinzaine. Même s'il se montre moins dominateur que par le passé, à l'image de cette finale où il doit batailler pendant trois heures et quarts et cinq sets face au jeune Tchécoslovaque, avant que celui-ci n'explose complètement dans le 5e set. Toujours devant au score, et avec ce 6-1 dans le dernier acte, Borg n'a jamais vraiment tremblé. Mais la concurrence s'aiguise à mesure que sa propre motivation s'amenuise. On ne le reverra plus sur sa terre chérie.

Plus que pour sa qualité (Borg, comme Lendl, aura livré ses plus grands matches face à des attaquants, et le mariage de leurs deux jeux ne pouvait donner d'étincelles), c'est bien pour son soupçon d'incertitude et, surtout, sa portée symbolique et historique que ce match a pris place dans le gotha du tournoi. C'était le match du 6e sacre à Roland-Garros de Björn Borg. Record absolu et, croyait-on, inégalable pour longtemps. Qui aurait pu imaginer que, près de quatre décennies plus tard, un champion aurait non seulement surpassé le Suédois au palmarès mais, en prime, doublé son total de victoires ?

1981 : Le 6e sacre de Borg

00:01:11

14. Pete Sampras - Jim Courier

Edition : 1996
Quart de finale
Vainqueur : Pete Sampras (Etats-Unis)
Adversaire : Jim Courier (Etats-Unis)
Score : 6-7(4), 4-6, 6-4, 6-4, 6-4

Pete Sampras et Roland-Garros, c’est l’histoire d’un rendez-vous manqué. La Coupe des Mousquetaires, dernier trophée du Grand Chelem qui manquait à sa collection, s’est toujours refusée à lui, la faute à une terre battue que "Pistol Pete" n’a jamais su vraiment apprivoiser. Mais le Californien était un joueur trop talentueux pour ne pas marquer quand même de son empreinte l’ocre parisien. Et c’est un immense combat face à son compatriote et rival Jim Courier qui lui a permis d’atteindre sa seule demi-finale dans le tournoi en 1996.

Cette belle aventure sort pourtant un peu de nulle part. Eliminé au 1er tour l’année précédente, Sampras a perdu sept de ses dix derniers matches sur terre quand il lance sa quinzaine. Lors de ses 2e et 3e tours, il est poussé aux cinq sets par Sergi Bruguera et Todd Martin. Quand il arrive en seconde semaine, il a déjà pas mal puisé dans ses réserves. Et il retrouve donc en quart de finale Jim Courier qui l’avait battu deux ans auparavant au même stade.

Après deux sets bien menés au cours desquels il pilonne le revers adverse, "Battling Jim" voit se profiler le dernier carré. Oui mais voilà, le public parisien a choisi son camp et pousse "Pistol Pete", touché par le décès de son ex-coach Tim Gullikson un mois plus tôt, à se sublimer. "Les Parisiens étaient bien au courant que j’avais perdu mon ancien coach et leur sympathie à mon égard était évidente. Tim venait de mourir, et pourtant à cause de ces questions à n’en plus finir de la presse, il était plus vivant que jamais dans mon esprit", estime d’ailleurs l’intéressé dans son autobiographie.

Malgré la fatigue, Sampras parvient à augmenter son pourcentage de premières, redirige le jeu vers le revers adverse, et fonce vers le filet. Petit à petit, la dynamique s’inverse et le numéro 1 mondial s’adjuge finalement les trois derniers sets sur le même score (6-4), avec un 28e et dernier ace sur la balle de match pour faire bonne mesure. Déjà victime d’une pareille remontée un an et demi plus tôt lors de l’Open d’Australie et dans des circonstances aussi tragiques – Gullikson avait alors eu sa première attaque qui avait profondément choqué Sampras –, Courier l’a mauvaise.

"Vous savez, Pete est un bon acteur. Certains font semblant d'être durs. Pete préfère montrer qu'il est blessé", assène le malheureux perdant. Mais Sampras avait bien tout donné ou presque ce jour-là sur le Central. En demi-finale, il n’existera qu’un set face au futur vainqueur du tournoi Yevgeny Kafelnikov (7-6, 6-0, 6-2). Le point final de la seule odyssée de "Pistol Pete" à Roland où il n’atteindra plus la seconde semaine par la suite.

13. Rafael Nadal - Roger Federer

Edition : 2008
Finale
Vainqueur : Rafael Nadal (Espagne)
Adversaire : Roger Federer (Suisse)
Score : 6-1, 6-3, 6-0

Soyons honnête, tennistiquement parlant, ce match ne présente pas un intérêt délirant. C'est une boucherie, plus qu'un match. Mais c'est précisément son scénario qui l'impose à nos yeux comme une rencontre particulièrement marquante. Sur les 143 derniers tournois du Grand Chelem chez les hommes, c'est la plus grosse raclée vue en finale. Et nous la devons aux deux joueurs les plus titrés de l'histoire. 6-1, 6-3, 6-0. Rafael Nadal n'a laissé que quatre jeux à Roger Federer. Surréaliste.

L'issue du débat n'avait pas constitué à l'époque une surprise. L'Espagnol était presque invincible sur terre battue, a fortiori dans un format en trois sets gagnants. Nadal n'avait jamais semblé aussi fort que dans cette quinzaine, quand Federer y était apparu plus fragile que les années précédentes.

Mais quand même. Lors de leurs trois précédents duels à Roland-Garros, il y avait eu match. Une demie et deux finales, de 2005 à 2007, pour trois succès en quatre manches du Majorquin. Les quatre sets ont laissé place aux quatre jeux, le maigre butin de Federer, jusqu'à l'humiliation finale, ce 6-0. La seule "bulle" de Nadal sur les 71 sets remportés face au Suisse par le joueur de Manacor.

Plus qu'une victoire, il s'agit de l'apogée de la suprématie de Nadal sur sa surface fétiche. Un an plus tard, il s'inclinera pour la première fois à Roland-Garros, contre Robin Söderling. Il regagnera huit fois à Paris, mais ce tournoi 2008, avec cette apothéose contre son plus grand rival historique, marque bel et bien le paroxysme de sa domination sur terre. A l'inverse, pour Federer, c'est un traumatisme, dont les effets se feront sentir quatre semaines plus tard dans une autre finale majeure, beaucoup plus mémorable, à Wimbledon.

Dans l'histoire du tournoi, dans leur histoire commune comme dans leur cheminement personnel, cette finale 2008 tient donc, pour le meilleur ou pour le pire, selon le point de vue, une place d'importance pour Rafael Nadal et Roger Federer.

12. Fabrice Santoro - Arnaud Clément

Edition : 2004
1er tour
Vainqueur : Fabrice Santoro (France)
Adversaire : Arnaud Clément (France)
Score : 6-4, 6-3, 6-7(5), 3-6, 16-14

On dit toujours que les affrontements franco-français à Roland sont tendus. Lors de ce 1er tour de l'édition 2004, Fabrice Santoro et Arnaud Clément, qui ne s'apprécient guère à l'époque depuis une campagne de Coupe Davis houleuse un an plus tôt, vont pousser le concept jusqu'à l'extrême. Santoro, qui a déjà battu Clément un mois plus tôt en finale du Challenger d'Aix-en-Provence, part pour une nouvelle victoire lorsqu'il se détache 2 sets à rien. Mais ça n'aurait pas été drôle. Ni fidèle à la légende de l'un des plus grands combattants tricolores de son époque. " La Clé " revient à 2 sets partout.

Dans un 5e set qui va durer 2h50, Arnaud se détache 3-0 puis obtient une première balle de match à 5-4, 30-40. Effacée d'un service gagnant, avant que l'obscurité ne renvoie tout le monde aux vestiaires, à 5-5. La pendule indique 4h38. Alors que cette fin de premier acte s'est jouée en soirée devant une chambrée aussi raréfiée que conviviale, la suite, le lendemain, va se finir en plein " cagnard " sur un court Suzanne-Lenglen plein comme un œuf. L'odeur du sang est là.

Les deux hommes enchaînent les jeux comme les marathoniens les bornes, avec toutefois une bonne dose d'imprévu en plus. Les deux hommes, qui ne peuvent se surpasser en puissance, rivalisent en revanche de malice et de roublardise tactique. A 13-14, Clément obtient une deuxième balle de match, cette fois manquée d'une attaque de coup droit dans le filet.

Mais, à défaut d'être le meilleur des deux, Santoro apparaît comme le plus détendu. Il se tire à chaque fois du piège et finit par conclure sur son service, à 15-14, alors qu'il est encore mené 0-40. La pendule, cette fois, indique 6h35. Les deux Français, dont la poignée de mains est aussi fraîche que le match a été chaud, viennent de disputer le match le plus long de l'histoire. Et, accessoirement, le match le plus long de Roland Garros en termes de jeux (71), à égalité avec un Agenor-Prinosil dix ans plus tôt.

Ces deux records seront battus quelques années plus tard (avec la complicité de John Isner), pour le plus grand soulagement d'Arnaud Clément, dont on se demande aujourd'hui encore s'il est tout à fait remis de cet épisode. A chaud, en tout cas, il ne fallait pas le titiller. "Le record, je m'en fous. C'est sur deux jours, ça ne compte pas. Et puis, on gagne, quoi, une médaille ?"

Quelques minutes plus tôt, Fabrice Santoro, lui, était en pleurs sous sa serviette...

11. Adriano Panatta - Björn Borg

Edition : 1976
Quart de finale
Vainqueur : Adriano Panatta (Italie)
Adversaire : Björn Borg (Suède)
Score : 6-3, 6-3, 2-6, 7-6

En 51 matches à Roland-Garros, Björn Borg n’a perdu qu’à deux occasions. Et à chaque fois contre le même homme : Adriano Panatta. Si lors de sa défaite en huitième de finale en 1973, le Suédois n’avait que 17 ans et découvrait la terre battue parisienne, trois ans plus tard, ce n’est plus la même chanson. Double tenant du titre déjà, le phénomène a imposé sa loi et on ne voyait alors pas très bien qui pouvait le déloger.

Ce sera donc Panatta, encore lui, qui aura tout vécu lors de cette édition 1976. Passé à un rien de la sortie précoce contre Pavel Hutka comme nous vous le racontions précédemment, le Transalpin, spécialiste de l’ocre et victorieux à Rome avant Roland, avait ensuite trouvé son rythme de croisière, ne lâchant plus qu’un set en route vers les quarts de finale et ce rendez-vous majuscule. Motivé comme jamais, il n’a alors qu’une envie : prendre sa revanche sur Borg qui l’avait battu en demi-finale en 1975. Surtout, contrairement à la plupart des joueurs du circuit, il se sent à l’aise contre le Suédois.

"J'étais allé voir son huitième de finale au Café de Flore, à Saint-Germain-des-Prés, devant la télé. Moi, j'étais déjà qualifié pour les quarts et j'allais rencontrer le vainqueur du match entre Borg et François Jauffret. Le jeu de François me gênait (Panatta avait notamment perdu contre lui en 1970 à Roland-Garros et en Coupe Davis en 1975) parce qu'il attaquait beaucoup. Pendant tout le match, j'ai prié pour que Borg gagne. Surtout parce que je voulais jouer contre lui en quarts ! Finalement, Borg a battu Jauffret en cinq sets (10-8 au dernier), un match terrible, une dramaturgie terrifiante", racontait d’ailleurs l’Italien à nos confrères de L’Equipe voici quelques années.

Sûrement un peu entamé physiquement malgré ses qualités exceptionnelles dans ce domaine, Borg a du mal à rentrer dans ce quart de finale. Bousculé par un adversaire qui prend le filet et qui n’hésite pas à jouer sur son coup droit, il est rapidement mené deux sets à rien. Mais il refuse la défaite en élevant son niveau dans le troisième et en sauvant deux balles de match à 5-4, 15/40 sur son service dans le quatrième. L’opposition de styles entre l’élégant Panatta et le phénomène suédois donne alors sa pleine mesure jusqu’à ce que l’Italien s’impose au tie-break. Tombeur de l’ogre, il confirmera en demie contre Eddie Dibbs et en finale contre Harold Solomon pour conquérir son seul titre du Grand Chelem. Une année 1976 décidément bénie pour Panatta également vainqueur de l’unique Coupe Davis de l’histoire de l’Italie.

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