C'était il y a un mois. Et un jour. Le 6 septembre dernier, à New York, Novak Djokovic offrait malgré lui ce qui restera comme une des images de l'année en tennis. Pour avoir lancé une balle vers une juge de ligne et touché celle-ci au visage, même sans l’avoir voulu, le numéro un mondial était disqualifié. Cet incident l'a peut-être, probablement même diront certains, privé d'un 18e titre du Grand Chelem, qu'il espère conquérir ici à Paris.

Le moment où tout a basculé pour Djokovic : son coup de sang synonyme de disqualification

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A l'évidence, 31 jours plus tard, Djokovic a digéré. Après avoir quitté New York, il a repris son infernale marche en avant, comme si rien ne s'était passé. Vainqueur à Rome de son unique tournoi de préparation avant Roland-Garros, il marche sur ses adversaires depuis son arrivée sur la terre battue française. Bilan depuis sa disqualification, que Boris Becker, son ancien coach, avait qualifié de "pire moment de toute sa carrière" : huit matches, huit victoires, 23 sets joués, 22 gagnés.

Djokovic : "Je n'ai pas le sentiment d'avoir été perturbé"

"Je suis absolument bluffé de voir comment il a tourné la page", avoue Alex Corretja. L'Espagnol, ancien numéro 2 mondial et consultant pour Eurosport, ce n'était pas forcément gagné. Même pour le Djoker : "Il a dû composer avec beaucoup de choses. Les commentaires négatifs, son image abimée, la perte d'un possible nouveau titre en Grand Chelem. Et il revient en Europe, démarre sa préparation sur terre battue et s'impose à Rome dans la foulée. Ça montre que Djokovic est peut-être encore plus fort mentalement que nous le pensions. C'est énorme, vraiment."

"Je n'ai pas le sentiment d'avoir été perturbé émotionnellement par ce qu'il s'est passé à New York, jugeait d'ailleurs le Serbe il y a dix jours en arrivant à Paris. Je ne vais pas m'acharner contre moi-même. Ce qui est fait est fait. Bien sûr, ça a été un choc pour moi mais ça n'impacte pas ma façon de jouer ni même de me comporter. A Rome, je me suis exprimé, j'ai serré le poing, j'ai aussi exprimé ma frustration parfois." Bref, Djokovic a été Djokovic. Comme si de rien n'était.

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Si Djoko a dégoupillé ce jour-là, c'est la faute de Carreno

Même si cet incident lui collera à la peau. Lundi, lors de son huitième de finale contre Karen Khachanov, une de ses balles a à nouveau heurté un juge de ligne. Mais dans la continuité du jeu, cette fois. Il n'y avait évidemment aucune intentionnalité, et aucune matière à sanction. Mais ce micro-incident, parce qu'il y a eu New York, a pris un écho différent. Djokovic lui-même en convient :

C'était un drôle de déjà-vu... Évidemment, les gens vont en faire une histoire à cause de ce qui s'est passé à New York. Mais ça m'est déjà arrivé, à moi et à beaucoup d'autres joueurs, depuis 15 ans que je suis sur le circuit. J'ai vu beaucoup de balles ricocher sur le cadre de la raquette et atteindre quelqu'un dans les tribunes ou un juge de ligne. Mais c'était effectivement une situation étrange.

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L'autre clin d'œil aux évènements du 6 septembre sur le court Arthur-Ashe tient à ces retrouvailles avec Pablo Carreño Busta. L'Espagnol était son adversaire ce jour-là. Le seul, en 2020, à ne pas avoir achevé un match contre Djokovic battu, à défaut d'en être vraiment sorti vainqueur. Pas vraiment une victoire, donc, mais ce premier set à Flushing a tout de même offert à Carreño une base intéressante. On a tendance à l'oublier, mais si Djokovic a dégoupillé ce jour-là, c'est d'abord parce qu'il avait toutes les peines du monde à s'en sortir.

Carreno Busta a retrouvé sa forme new-yorkaise

PCB était certes à des années-lumière d'avoir gagné ce huitième de finale, il n'avait même pas encore le premier set en poche (il allait servir pour le gain de celui-ci quand Djokovic a été disqualifié), mais il y avait match. Et dans ce Roland-Garros, il semble surfer sur sa bonne dynamique américaine, même s'il avoue être arrivé sur la pointe des pieds. "Au début du tournoi, je n'étais pas au meilleur de ma forme, car je ne m'étais pas suffisamment entraîné sur terre, faute de temps, explique-t-il. Mais au fil des matches, j'ai regagné confiance en moi sur le court. Contre Altmaier, j'ai joué à un très bon niveau. Je me sentais très bien."

Novak Djokovic sait donc à quoi s'attendre. Plus que Khachanov, dont il a annihilé la puissance avec aisance au tour précédent, l'équation Carreño Busta, bien que loin d'être insoluble, est peut-être la plus complexe qu'il ait eu à résoudre, à condition que l'Espagnol soit débarrassé de ses maux d'estomac. "C'est un joueur très complet, extrêmement solide, estime le numéro un mondial. Je trouve qu'il a beaucoup progressé au cours de ces 12 ou 15 derniers mois, sur toutes les surfaces. Il relance bien, il met la pression et je pense que les conditions ici lui conviennent car la balle ne rebondit pas très haut, et il joue assez plat des deux côtés. Il aime bien les surfaces plus lentes."

Malgré tout, l'homme aux 35 victoires en 36 matches cette année aura, comme toujours, les clés du débat. Djokovic demeure son principal, si ce n'est son unique adversaire. Ici, c'est Paris. Et New York et ses turpitudes, malgré l'inévitable écho offert par ce quart de finale, semblent déjà bien loin.

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