On ne devient pas spécialiste de terre battue en une semaine. S’il fallait trouver une conclusion au quart de finale disputé ce mardi entre Stefanos Tsitsipas et Daniil Medvedev, on ne chercherait pas plus loin. Dans un Central qui aurait mérité d’être rempli pour assister à ce choc de styles, le Grec a prouvé que son passé récent sur ocre pesait bien plus lourd qu’une simple adhésion nouvelle aux clubs des amoureux de l'ocre. Défait en trois sets inégaux mais durant lesquels la tête de série numéro 6 aura systématiquement trouvé la clé, le Russe n’a pu que constater la supériorité de son adversaire.
"Honnêtement, je me suis battu, j’ai ajusté ma tactique en cours de route mais il était meilleur que moi, a admis le numéro 2 mondial qui abandonne au passage son ambition de ravir le trône à Novak Djokovic à l’issue de cette quinzaine. Il a gagné un grand match de tennis". Un grand match, disputé dans un grand stade et surtout dans un grand silence. Un choix qu’a déploré Daniil Medvedev dès sa première réponse.
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"Cash is king"

"C’est marrant car j’ai commencé la dernière saison de Drive to Survive [série diffusée par Netflix consacrée au monde de la F1, NDLR] et le premier ou deuxième épisode s’appelle "L’argent est roi", a-t-il détaillé, énigmatique. Je me demandais pourquoi et j’ai fini par comprendre. Juste au début de la pandémie, quand ils sont en Australie, prêts à courir, ils demandent à Lewis Hamilton ce qu’il pense de faire la course dans ces conditions. Et il répond 'Cash is king'. C’est pareil ici. Notre match était évidemment l’affiche du jour donc Roland-Garros a préféré Amazon au public, c’est aussi simple que ça". Une fois ce message délivré, et des questions laissées en suspens sur un prize-money en baisse face à des sponsors qui paient plus, Medvedev a accepté de revenir plus en détail sur un match qu’il n’a jamais su contrôler totalement.

Daniil Medvedev

Crédit: Getty Images

"J’ai même été surpris dès le premier set, a-t-il avoué. C’est pour ça que ça a basculé rapidement de son côté, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si bon. J’ai joué des supers joueurs comme Bublik, Garin, Paul, qui étaient super bons depuis leur ligne mais j’avais le sentiment de les dominer dans les rallyes, donc j’avais la sensation que je pourrais faire de même aujourd’hui. Ça n'a pas été le cas donc j’ai dû m’adapter, jouer plus agressif. J’ai le sentiment d’avoir fait beaucoup de bonnes choses aujourd’hui mais pas assez pour gagner, c’est juste dommage".
Des tribunes, l'impression était flagrante. Avec son jeu plein d’intensité, de variations et d’initiatives, Tsitsipas n’a finalement jamais perdu le fil, même quand Medvedev a tenté son coup de poker au milieu du deuxième set, en se rapprochant de sa ligne pour couper encore un peu les trajectoires et agresser le Grec. Sans conséquence majeure.
"Honnêtement, la grande différence était la surface, a-t-il estimé. Mais quand je dis ça, je ne me plains pas. C’est simplement que ces coups sont meilleurs sur terre battue. Il met beaucoup d’effet, ce qui lui permet de jouer près des lignes. Sur les courts en dur, je peux prendre ces balles plus tôt et lui prendre du temps. Je l’ai tenté aujourd’hui mais vous avez parfois des faux rebonds et, de toute façon, vous ne serez jamais aussi bien en place".

Daniil Medvedev lors de son quart de finale contre Stefanos Tsitsipas à Roland-Garros 2021

Crédit: Getty Images

Ca ne deviendra pas un combat contre Tsitsipas et c'est dommage parce que ça pourrait être plus drôle
Reste que sa quinzaine parisienne a tout pour lui remonter le moral. Arrivé à Paris sans grande intention, Medvedev s’est découvert une ambition. Lui qui pensait resté fâché ad vitam aeternam avec l’ocre s’est rabiboché plus vite que prévu. Alors, forcément, difficile de faire complètement la tronche. "Avant de venir ici, si quelqu'un m’avait dit que j’allais perdre en quart de finale après un gros match contre Tsitsipas, j’aurais signé tout de suite", s’est-il marré. Il n’empêche, l’identité de son bourreau n’aura échappé à personne, à l’heure où le tennis se cherche la rivalité de demain. Le Russe en est conscient et a bien l’intention d’en jouer jusqu’au bout. "Il faudra surveiller le face à face quand j’aurais 35 et lui 33 ans, ça sera intéressant", a-t-il expliqué avant de revenir plus en détail sur ce duel à distance que se livre les deux hommes.
Peut-il devenir encore plus épicé ? "Ça pourrait mais, surtout avec le Big Three, le tennis est désormais considéré comme un sport super conservateur. Donc, nous les jeunes, on doit suivre cette voie-là sinon on se fait détruire par les médias, par le public. Dans d’autres sports, on peut voir des rivalités où les acteurs font monter la sauce, parfois sans même se détester mais se disent des trucs pendant les matches, ce genre de choses. Mais le tennis n’est pas comme ça donc je ne pense pas que ça deviendra un combat entre nous deux. C’est dommage parce que ça pourrait être plus drôle". L’avantage avec Medvedev, c’est qu’il se passe toujours quelque chose. Sur le court mais aussi derrière les micros. Non, décidément, il n’est pas venu pour rien à Paris cette année.

Stefanos Tsitsipas et Daniil Medvedev après leur quart de finale à Roland-Garros 2021

Crédit: Getty Images

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