Trois sets et un peu plus d’une heure et demie de jeu. Le Fed Express a fait son grand retour, deux ans après sa dernière apparition sur le court Philippe-Chatrier en demi-finale de l’édition 2019 contre Rafael Nadal, et c’était presque comme si rien n’avait changé. Accueilli par des acclamations sonores malgré des tribunes aux rangs clairsemés, coronavirus oblige, Roger Federer a récité sa partition habituelle, serait-on tenté de dire, des premiers tours de Grand Chelem. Difficile en le voyant ainsi de soupçonner qu’il ne jouait que son quatrième match en 16 mois.
Les questions étaient pourtant nombreuses sur la capacité du Suisse à tenir un niveau de concentration assez stable pour gagner et s’éviter de faire trop d’efforts d’entrée. N’avait-il pas à Genève cédé d’entrée face à Pablo Andujar voici deux semaines ? "C’était plus clair dans ma tête, je me suis senti bien mieux en général. Mon adversaire et son style de jeu m’ont clairement permis aussi de gagner le point de plusieurs manières différentes. Je savais que monter au filet était une option. Jouer des amorties aussi, ou encore prendre la balle tôt", a-t-il analysé, lucide, en conférence de presse d’après-match.

"Ce qui m'inquiète, c'est le manque de rythme de Federer"

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Se donner plus de temps entre les points pour se tranquilliser mentalement

Le grand Ouzbek Denis Istomin, 204e joueur mondial issu des qualifications, et ses frappes puissantes à plat, n’avait en effet que peu de points communs avec le terrien espagnol. Plus sûr tactiquement de ce qu’il devait faire, Federer a ainsi eu beaucoup moins de mal à rentrer dans son match. Mais la configuration Grand Chelem l’a aussi bien aidé. Avec le format au meilleur des cinq sets, le Suisse savait qu’il avait plus de temps pour construire sa victoire et a surtout changé son rythme entre les points. Plus pressé à Genève, il s’était parfois involontairement déréglé tout seul.
"La plus grande différence par rapport à mon dernier match, c’est que j’avais joué beaucoup de points très vite. J’avais rarement pris les 2, 3 ou 4 secondes que je prends habituellement en allant chercher ma serviette ou en attendant que le public fasse silence. (…) Je dois parfois me dire : ‘Prends un petit peu de temps, fais quelque chose de différent.’ On peut trouver ça stupide, mais c’est vrai. Je le fais naturellement dans un grand match avec beaucoup de spectateurs : aller chercher la serviette vite parce qu’on transpire ou qu'on on a besoin d’une petite pause pour souffler. On se sent plus dans sa bulle dans cette situation", a-t-il encore expliqué.

"Federer ne vient pas à Paris pour une seule semaine"

Je prends vraiment les choses tour après tour, match après match, je pense que ça va m'aider
Est-ce à dire que le plus dur est fait ? Que le Federer des grands jours est tout proche ? Lui-même ne saurait le dire, puisque son adversaire lui a aussi permis de jouer à sa main. "J’ai plutôt bien bougé aujourd’hui (lundi). J’ai raccourci volontairement les points pour ne pas m’embarquer dans de longs échanges", a-t-il ajouté. Une manière d’expliquer que, s’il a pu sauvegarder de l’énergie, il ne sait pas encore comment il réagira s’il est embarqué dans un long combat. La question de sa capacité à enchaîner les matches et les performances de choix se pose toujours.
Mais le vieux lion ne boude pas son plaisir d’avoir pu retrouver son terrain de jeu favori. "Je ne sais pas comment sera mon prochain match, qui je jouerai au prochain tour. Je prends vraiment les choses tour après tour, match après match. Je pense que cette façon de voir les choses va peut-être m’aider. Je suis très heureux d’avoir gagné. Ça me donne encore une chance de me tester jeudi (pour son match suivant, NDLR). On verra comment je me sentirai demain matin (mardi matin). Toutes ces choses comme les entraînements, venir sur le site du tournoi, voir les gens, tout ce rythme, c’est sympa de le retrouver", a-t-il encore confié.
Face à Marin Cilic au 2e tour, un autre champion en Grand Chelem, Federer aura donc l’occasion de glaner de nouvelles informations précieuses. Ce Roland-Garros qui doit lui servir avant tout de test grandeur nature pour peaufiner sa forme physique en vue du gazon lui offrira donc au minimum deux matches. Mais s’il venait à passer le Croate, l’appétit du champion pourrait bien se réveiller et les doutes le concernant devenir des certitudes.

Roger Federer lors de son match face à Denis Istomin, au premier tour de Roland-Garros, le 31 mai 2021

Crédit: Getty Images

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