Entrer dans l’enceinte de Roland-Garros en ce printemps 2021 quand on n’y a plus mis les pieds depuis près de deux ans, c’est un peu comme redécouvrir une personne passée par les mains expertes du chirurgien esthétique et de son bistouri. Cette personne dont le lifting et le botox auraient gommé les petits signes de vieillissement qui faisaient pourtant son charme.
On est d’abord surpris, on apprécie le travail, car le chirurgien de la Porte d’Auteuil n’est pas un charlatan, mais on ressent un pincement au cœur de nostalgie en repensant au charme suranné du Roland d’avant.
1982. Pour ma grande première dans le temple du tennis français, après une longue et pénible attente dans l’interminable queue qui mène aux portes d’entrée du stade, me voici sur le court numéro 2 avec mes parents ainsi que mon oncle et ma tante. En ce beau week-end de milieu de tournoi, nous possédons des billets pour les courts annexes uniquement. S’y déroule un double mixte opposant la française Sophie Amiach et son partenaire uruguayen Hugo Roverano à la paire américano-australienne composée de Susan Mascarin et… Pat Cash, alors âgé de 17 ans ! Roverano a un "look", cheveux longs frisés, barbe. En plus il joue avec une Tricolore. Je me prends de suite au jeu et les encourage avant de connaître ma première déception en "live" avec une défaite en trois sets accrochés.
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Être à Roland-Garros "en vrai", enfin, représente une joie immense pour l’enfant débarqué de province à Paris un an plutôt seulement. Et le coup de foudre avec ce court 2 est immédiat. Il devient de suite et pour toujours mon court préféré, tout juste contesté par le numéro 1, arène beaucoup plus récente désormais envolée, également.
Le 2, c’est l’un des pionniers de ce stade construit en 1928. Son charme ne peut qu’opérer : la vigne vierge embellit ses murs extérieurs, la tribune couverte qui jouxte le court 3 permet de se réfugier à l’ombre les jours de forte chaleur et la proximité des acteurs du jeu offre la possibilité de découvrir au mieux la réalité du tennis de très haut niveau.
Vivre sa première à Roland hors des grands courts, c’est un peu frustrant, certes, mais c’est finalement "le tennis vrai". Le Central, ce sera pour plus tard. En attendant, on peut toujours suivre l’évolution du Higueras-Teltscher sur le tableau d’affichage qui le surplombe, visible de l’extérieur.
Bien des années plus tard, devenu journaliste, ce sera à mon tour d’inviter mes parents pendant la quinzaine du tournoi et de les installer parfois pour la journée entière sur ce court 2, à l’ombre, pour profiter des joutes des premiers tours et de potentielles surprises. Car si le 2 de Roland ne peut être comparé au réputé "cimetière" que fut le 2 historique de Wimbledon, on y assiste quand même à quelques révolutions, à l’image du Robert-Berdych remporté 9/7 au 5e par le Français en 2011.

Vue sur le Stade Roland-Garros.

Crédit: Getty Images

Pour les journalistes, venait s’ajouter la minuscule et si mignonne tribune de presse, aux places chères, car rares, mélangée à celle des joueurs. On y était au bord du court, presque dessus. J’y ai deux souvenirs particulièrement marquants : d’abord le service de Magnus Larsson. En se plaçant pile à l’extrémité de cette tribune, au premier rang, on pouvait s’enivrer de la puissance de l’engagement du géant suédois. Les parpaings vous arrivaient pleine poire. Et si par malheur vous n’étiez pas concentré, ça pouvait se terminer avec un œil en moins. Ce qui s’appelle apprécier la vitesse de la balle. Quelques années plus tard, en 2003, c’est là que j’ai assisté au début de l’épopée du "Hollandais volant" Martin Verkerk, surgi de nulle part pour atteindre la finale. Il affrontait au 3e tour l’Américain Vince Spadea et ce zébulon des courts avait mis le feu en faisant le show devant une colonie batave survoltée. Il allait enchaîner derrière Schuettler, Moya puis Coria…
Aujourd’hui, cet historique et vénérable court a rendu l’âme. Les bistouris étaient des pelleteuses, elles ont emporté avec lui son voisin le court 3 et bien sûr le tant regretté court 1. A la place, une statue de Roland Garros accueille les spectateurs derrière une multitude de portiques d’entrée. On devrait y faire moins la queue mais une partie de l’âme du stade s’est envolée pour toujours.
Un peu plus loin, derrière la nouvelle Place des Mousquetaires, ont fleuri à l’emplacement de l’ancien Village deux nouveaux courts : le 2 et le 3… A l’instar de certaines institutions sportives ayant pour toujours supprimé le numéro de maillot d’un joueur légendaire, la FFT aurait dû les nommer autrement. Il n’y a et n’y aura toujours qu’un seul et unique Court 2 à Roland-Garros.
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