On lui en parle encore. "Beaucoup" même avoue l'intéressé, qui aujourd'hui s'en amuse. Robin Söderling est maintenant un homme apaisé. Le Suédois reste à jamais pour le grand public le premier à avoir battu Rafael Nadal à Roland-Garros. Certains croient même à tort qu'il est le seul. Une autre bonne raison pour l'ancien N.4 mondial de sourire. "Je suis toujours obligé de dire aux gens 'oui, oui, mais vous savez, il a perdu un autre match plus tard' et ils sont surpris. Ils disent 'vraiment ?'" Tout n'a pourtant pas toujours été rose dans la carrière du droitier. Il y a eu les hauts, cette victoire historique de 2009 et ses deux finales à Roland-Garros. Et les bas, tout aussi intenses, que Söderling avaient évoqués il y a quelques mois seulement. Des failles mentales qui ont plombé la fin de sa vie de tennisman. Et qui prennent un peu plus encore d'écho dernièrement, en particulier autour de Naomi Osaka.
La santé mentale, l'anxiété, l'incapacité d'être soi-même, tout du moins celui que les spectateurs voient, Robin Söderling a connu tout ça. Dans une longue interview passionnante publiée par Prolongation, la série sportive de Ouest-France, l'ex-tennismen n'a éludé aucun sujet, avec une franchise, et une dignité, presque désarmante. En 2011, il contracte une mononucléose, le déclencheur d'une cascade de pépins d'un autre genre, toujours tabous dans le monde du sport. "En tant qu’athlètes, tu dois traverser des blessures, des pépins physiques. Là, c’était encore autre chose. Quand tu es blessé, tu es blessé mais tu peux vivre ta vie. Là, je n’ai pas pu vivre ma vie pendant plusieurs années, je ne faisais que survivre, tous les jours."
"Je dirais que ça concerne 50 à 70 % des athlètes, à différents degrés"
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Burn-out, dépression, Robin Söderling traverse une phase noire. Dans un sport individuel en mouvement permanent comme le tennis, les périodes de doutes sont communs. Et les moyens d'en sortir sont loin d'être évidents comme l'explique le Suédois. "Le tennis est un sport individuel où les jeunes se mettent beaucoup de pression. Et en plus, il n’y a jamais assez de temps pour se reposer mentalement entre les tournois et les saisons. Quand j’ai parlé de mes problèmes (ndlr : en juillet 2020), beaucoup de joueurs m’ont appelé en me disant qu’ils prétextaient les blessures pour ne pas parler de leur anxiété et de leur dépression. […] Quand tu es sportif de haut niveau, tu es censé être heureux d’en être arrivé là, tu n’as pas à te plaindre. Mais pourtant, ça arrive à tellement d’athlètes… Je pense que personne ne réalise à quel point ils sont nombreux. Je dirais même que ça concerne 50 à 70 % des athlètes, à différents degrés."
Ces démons ont accompagné Söderling pendant des années, les dernières de sa vie parmi les pros, mais aussi les mois qui ont suivi l'annonce de sa retraite presque anonyme. Même personnels, ils semblent aller de pairs avec ceux qu'ont pu évoquer Gilles Simon et Alizé Lim dans leurs livres respectifs, ou encore Naomi Osaka, qui a expliqué son retrait de Roland-Garros par les "vagues d'anxiété" qui l'ont submergé au moment de son arrivée à Paris. Comme Söderling, la Japonaise a connu des épisodes dépressifs au long terme, "depuis l'US Open 2018" expliquait-elle dans son post annonçant sa décision de quitter le tournoi. Si ces traumatismes et la manière dont ils peuvent être vécus sont propres à chaque individu, les mots du vainqueur du tournoi de Bercy en 2010 n'en sont que plus poignants.
"C’était horrible. Je me demande encore comment j’ai pu vivre comme ça. Ce n’est pas que je voulais mourir, mais j’avais l’impression que je ne pouvais pas m’en sortir et que je n’avais pas d’autre option, car chaque jour semblait être une année, chaque minute semblait être une heure. Tu te réveilles le matin et tu ne sais pas comment tu vas survivre aujourd’hui. Et parfois, tu te dis que tu ne peux plus endurer ça. Les gens voient ça comme une maladie, mais ça ne l’est pas. Quand tu sollicites un muscle tous les jours, un jour ou l’autre, tu auras une blessure. Le cerveau, c’est pareil. Et comme pour une blessure, si tu prends le temps de bien récupérer, tu guériras. […] En tennis, les coaches t’apprennent à frapper en coup droit ou en revers, mais personne ne t’apprend comment vivre une longue et belle carrière. Certes, pour être tennisman professionnel, il faut s’entraîner très dur et savoir gérer la pression, mais pas 365 jours dans l’année."

Ne pas être le seul à avoir battu Nadal à Roland, "dans un sens ça soulage"

Robin Söderling n'en veut pourtant pas à ce sport qui lui a beaucoup apporté. Pour preuve, il reste encore très impliqué, bien que plus en coulisses, que ce soit comme entraîneur d'Elias Ymer, sélectionneur de la Suède en Coupe Davis, ou dirigeant de sa propre marque d'équipements de tennis. Il garde de sa carrière des souvenirs à peine teintés d'une légère amertume, mais surtout d'une admiration pour les monstres qu'il a un temps regardé dans les yeux. Comme Novak Djokovic, vainqueur de l'ogre Nadal sur le Chatrier six ans après lui. "Les gens me disaient : 'Vous devez être triste, vous n’êtes plus le seul à l’avoir battu à Roland-Garros'. Non, je n’étais pas triste. Dans un sens, ça soulage, on se dit que les gens en parleront peut-être moins."

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Du soulagement, c'est aussi ce que Söderling a préféré retenir de sa défaite en finale en 2009, quelques jours après avoir fait flancher le roi Nadal, avant de tomber sur un autre grand parmi les grands en finale, Roger Federer. "Bien sûr, j’étais très déçu après cette finale. Mais pour me consoler, je me dis que si j’avais battu Roger, il n’aurait pas remporté les quatre tournois du Grand Chelem. Et je pense qu’un joueur comme Roger mérite de les avoir tous remportés, comme Agassi, Nadal et Djokovic l’ont fait."
"Si on m’avait dit que Novak, Roger et Rafa seraient encore tout là-haut il y a dix ans, je l’aurais cru, poursuit-il. C’est tellement impressionnant. Tous les trois ont tout gagné et, pourtant, ils ont toujours la motivation de faire plus. Je pense aussi qu’ils se poussent entre eux. Ils n’auraient probablement pas continué si l’un ou l’autre n’avait pas existé. Je pense qu’ils veulent tous être celui qui aura gagné le plus de Grand Chelem à la fin." Si la carrière de Robin Söderling se résumera principalement à cet exploit - "il y a tellement d’autres choses que j’ai réalisées dans ma carrière et dont je suis très fier" corrige-t-il toutefois -, c'est bien pour être tombé sur un de ces monstres comme tant d'autres. Söderling a heureusement connu d'autres victoires, bien plus grandes que le tennis.
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